Métaphysique sentimentale

Avis sur Abyss

Avatar Clara_Gamegie
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Abyss est un émerveillement : cette odyssée aquatique nous entraîne, le temps de trois heures (version longue), dans les eaux profondes de la fosse des Caïmans. Les films de James Cameron ne m'ont jamais laissés indemne : je les vis avec mon âme d'enfant, car le cinéaste est, avec Christopher Nolan et Steven Spielberg, le prince sacré du divertissement : ses films sont de grands spectacles immersifs, nous donnant l'occasion de toucher du doigt des mondes qui nous sont inconnus.
Mais il ne s'arrête pas là : comme Nolan et Spielberg, c'est un visionnaire avec un savoir-faire tel qu'il fait de ses divertissements des œuvres réflectives résonnant toujours avec le temps et les mœurs.

Abyss pourrait être étudié sous la forme d'une arborescence : il part d'un point unique et se déploie majestueusement, révélant tour à tour tout ce qui le façonne.
D'une part, le couple. En visionnant le film, je ne pouvais m'empêcher de penser à un autre grand film amoureux, La dame du vendredi de Howard Hawks, ou un couple divorcé se déchire pour au final mieux se comprendre et s'aimer de nouveau. Il en est de même ici et Abyss pourrait presque passer pour l'antichambre de Titanic tant certaines actions de Bud et Lindsey ressemblent à celles de Jack et Rose. Car pour James Cameron, toute aventure se vit à deux et vaincre la mort est possible, non pas par la vie, mais par l'amour. Cette métaphysique sentimentale prend tout son sens lors de la scène centrale, d'une beauté absolue, presque mythologique, où Lindsey est littéralement ramenée d'entre les morts, James Cameron clouant le bec à certains grands mythes amoureux tel que celui d'Orphée et Eurydice.

Pendant trois heures, nous sommes bercés par cette douce et profonde bleuté qui ne désemplit pas, certains plans du scientifique Bud au milieu de cet horizon infini évoquant 2001 de Kubrick, comme si Abyss n'était en fait que son contrepoint aquatique. La beauté visuelle du film s'enrichit avec la découverte de cette vie sous-marine, antagoniste bienveillant symbolisant l'espoir et la réunion : réunion du couple et par extension de tous les êtres humains. La parabole utilisée à la fin du film est si forte que j'en fus personnellement clouée sur mon siège avec les larmes aux yeux.

Un dernier mot pour les acteurs principaux : Ed Harris et Mary Elizabeth Mastrantonio - si le tournage du film fut épouvantable pour eux, le visionnage fut le strict contraire pour moi. Leur performance d'acteurs est magistrale et se reflète à chaque moment, d'autant plus lorsque la tension culmine. Rien ne pourra dépasser l'expérience d'Interstellar mais c'est grâce à James Cameron que j'ai eu la sensation, le temps de trois heures, de faire de la plongée sous marine, d'étouffer, d'en perdre mon souffle, de voir des merveilles et au final d'être secouée par une myriade de sentiments que seuls les visionnaires sont capables de donner.

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