Tuer le Père

Avis sur Ad Astra

Avatar Dustinette
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Ad Astra est, à mon avis, une réussite magistrale et ce pour deux raisons.

D'abord pour sa qualité sensorielle éblouissante. Elle est selon moi encore supérieure à tous les autres films avec lesquels on fait naturellement le rapprochement, tels que Gravity et Interstellar.

Le spectateur est littéralement happé, dès les premières secondes, au coeur d'une verticalité implacable dans un irrésistible mouvement ascensionnel. Là où, avec Percy Fawcett dans "The Lost City of Z", on était entraîné dans une dynamique exploratoire elliptique à la surface de la Terre, on est ici captif de la cadence inquiétante d'une voiturette de montagne russe. Elle grimpe et grimpe encore, inexorablement, accompagnant en nous la montée d'une suffocation, à mesure que le héros s'éloigne de la Terre et se rapproche de son objectif.

Il y a aussi le puissant contraste en miroir, superbement mis en scène, entre le confinement carcéral qui oppresse le héros, physiquement et psychologiquement, et l'infinitude, l'immensité, inhumaine et inhospitalière qui forme la toile de fond de son périple. On étouffe avec lui de la dépendance vitale à l'appareillage technologique et du harcèlement des évaluations psychologiques auxquelles il doit constamment se soumettre.

Ensuite, il y a l'habileté avec laquelle la narration confond et superpose le micro et le macro, la relation somme toute banale entre un père et de son fils et l'essence tragique de la destinée de notre espèce. Le jeu d'échelle propose une porte d'entrée à taille humaine qui facilite la possibilité d'identification et nous amène ensuite à des considérations plus métaphysiques sur le sens et la frénésie de "la Quête" - celle du père et, par transposition, celle de l'Humanité - et du prix à payer pour l'incapacité à y renoncer. Là, dans cet appétit inextinguible est la clé de notre perdition semble nous dire James Gray en nous traitant de "dévoreurs de mondes".
Il est bien difficile de lui donner tort, et sans doute encore plus aujourd'hui qu'hier...

Brad Pitt est remarquable (mon Dieu, quelle tristesse ses yeux sont-ils capables de dégager.....)
Enfin, Ad Astra échappe de justesse à la note de 10 à cause de la fin, qui aurait pu/dû à mon sens être plus cryptique, ainsi que pour un léger surdosage du procédé consistant à notre raconter l'état d'esprit de Roy par monologues en voix off.

En résume, je conseille vivement de prendre place dans la voiturette.

Merci de m'avoir lue.
Amitiés,
Dusinette

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