La vie est (presque) belle

Avis sur Adieu les cons

Avatar Paul Pnlt
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Avec BernieLe créateurEnfermés dehorsLe vilain ou encore 9 mois ferme, Albert Dupontel a su construire rapidement une filmographie singulière et aisément identifiable, conjuguant tant bien que mal la folie d’un Terry Gilliam avec une sensibilité plus européenne. La parenthèse Au revoir là-haut aura tôt fait de trouver un terrain d’entente entre ces deux approches et marqua une légère transformation du style Dupontel, l’assagissant pour laisser plus de place à l’émotion, autrefois mineure. Cependant, après une œuvre plus sage et équilibrée, on pouvait légitimement se demander comment l’auteur allait orchestrer son prochain projet. Retour aux sources et à sa fougue d’antan ou, au contraire, avancée vers une patte plus calme, mesurée ? Adieu les cons, sa nouvelle comédie dramatique portée par Virgine Efira, Nicolas Marié et lui-même, marque un juste entre-deux entre ces deux propositions.

Sur son titre provocateur, Adieu les cons cache bien son jeu. Dupontel y reprend la vision dénonciatrice de Enfermés dehors ou 9 mois ferme pour suivre un nouveau une bande de marginaux. Seulement, alors que ses précédents préféraient une approche plus brutale, le nouveau-né de Dupontel substitue cette dernière pour une forme de naïveté, déjà aperçue dans Au revoir là-haut. La musique Mala Vida qui revient plusieurs fois dans le long-métrage en témoigne plutôt bien la démarche. À l’inverse des mélodies de Enfermés dehors ou Bernie, dont l’agressivité était tout à fait primaire, l’énergie de celle de Mano Negra cache surtout la mélancolie générale qui accompagne chacun des héros de Adieu les cons et résonne comme un dernier élan de vie.
Ce dernier élan se traduit aussi par l’approche esthétique du film. La caméra de Dupontel, bien que plus contrainte qu’auparavant, essaye ainsi de briser cette monotonie dans laquelle s’enferme la société (et les personnages), mais paraît plus que jamais emprise d’une tristesse inexplicable. Les quelques moments où la mise en scène s’emballe ne sont alors plus galvanisants, mais, au contraire, sont emplis d’une sorte d’énergie du désespoir, qui tend à repousser l’inéluctable. Grâce à cette limitation des effets, Dupontel parvient à la fois à questionner sa patte et à trouver un nouveau rythme de croisière, sachant à quel moment calmer le jeu pour faire valoir les émotions de son trio.

La « mala vida » (mauvaise vie) évoquée précédemment, thème central de l’œuvre, n’est pas créée par les personnages principaux, mais par tous ces « cons » qui les entourent. Ainsi, la société que dépeint le cinéaste n’a jamais paru aussi violente et factice. Des violences policières à l’urbanisation exponentielle jusqu’à la disparition des contacts humains, le point de vue profondément pessimiste et teintée d’amertume de Adieu les cons ne se fait jamais sans une douceur et un humour bienvenu, qui permet de tempérer un propos profondément nihiliste, où l’échappatoire semble toujours inatteignable.
L’omniprésence du numérique vient justement marquer au fer rouge cette fable que le réalisateur cherche constamment à bâtir. Tourné quasi-intégralement en studio, l’œuvre troque les effets pratiques des anciens longs-métrages du cinéaste pour et une image laiteuse et faussement accueillante, qui embrasse donc le sujet même du récit et assume ses inspirations, du travail de Jean-Pierre Jeunet . De fait, jamais l’univers de Dupontel n’a paru aussi froid et désincarné et c’est uniquement dans les souvenirs que les personnages retrouvent la beauté tant recherchée.

Heureusement, tout comme Au revoir là-haut, la beauté de Adieu les cons réside justement dans sa capacité à mettre toujours l’espoir et la bienveillance au premier plan, pour rendre la fatalité encore plus foudroyante lorsqu’elle intervient. La marche des trois protagonistes a beau être funèbre, Dupontel parvient toujours à y déceler la poésie et la mélancolie qui en ressort. Leurs vies, leurs amours et leurs emmerdes ont beau avoir été emportés, il reste toujours ce bel espoir que tout cela pourrait se réanimer miraculeusement et c’est justement dans cette dernière lueur que Adieu les cons décèle une émotion unique.

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