On est tous le con de quelqu'un

Avis sur Adieu les cons

Avatar Mr Purple
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Honnêtement, je n'ai jamais été client du cinéma de Dupontel. Je garde un plutôt bon souvenir de Bernie avec son mauvais esprit et son côté trashouille qui m'avait bien fait marrer, mais ça s'arrêtait là. Mais voilà que les dieux des algorithmes me mettent dans la gueule ses interviews promo où il est visiblement considéré par mes contemporains comme une sorte de génial observateur de la condition humaine et de nos-sociétés-déshumanisées-par-l'inhumanité-de-nos-sociétés-un-conseil-pour-les-futures-générations? alors que pour moi c'était juste le mec qui a fait Bernie quoi. Bon.

Le film se veut critique sociale en forme de fable, genre qui dispense apparemment de la moindre vraisemblance, et qui excuse d'avoir des personnages caricaturaux, d'utiliser des facilités scénaristiques grotesques, une mise en scène outrée et cartoonesque, voire kitsch. A la limite pourquoi pas, mais tout ça est au service d'un propos gentillet et même démago en mode "Ah la la qu'elle est pas bien la société" avec des personnages blancs comme neige qui n'ont pas la moindre ambivalence (on est loin des frères Coen là), un sentimentalisme agaçant et un humour "rassembleur" à la con à base de blagues sur les aveugles qui, à ma grande surprise dans la salle, ne font pas rire que les enfants. Le tout dans une absence totale d'ironie ou de mauvais esprit (alors qu'il y avait clairement matière !) et en gommant tout ce qui aurait pu avoir de malaisant ou de choquant pour le spectateur qui aura eu son heure et demi de révolte contre le système à 10 euros la place.

La mise en scène de Dupontel se charge éventuellement de faire comprendre aux quelques mal-comprenants largués de quoi il retourne : le regard du spectateur est constamment dirigé, j'ai l'impression que tous les plans n'ont que pour stricte fonction de montrer ce que le metteur en scène veut bien qu'on voit au moment t, d'où cette impression de facticité des personnages qui n'ont pas l'air d'exister au delà de leur fonction scénaristique. C'est quand même un comble de vouloir filmer des personnages opprimés par le système et de leur refuser soi-même la moindre liberté dans son cinéma. Quant à la liberté de l'œil du spectateur, elle est inexistante, je ne me rappelle pas d'un plan qui soit un peu ambivalent ou un peu mystérieux et qui ferait appel à l'intelligence et la sensibilité du public.
Et vu que même ça ne suffit pas, on a droit à une musique insupportable qui vient surligner chaque moment d'émotion, ce qui a comme toujours pour effet immédiat de me gâcher ledit moment. Je suis même venu à me demander si le con dans l'histoire c'était pas le spectateur, mais j'ai immédiatement réprimé cette idée saugrenue.

La dernière séquence (pas inintéressante visuellement d'ailleurs) est parfaitement représentative du gâchis qu'est le film : sur le papier, c'est quand même une mère qui n'a jamais vu son fils de 28 ans et son premier réflexe est d'agir de manière incroyablement intrusive dans sa vie sentimentale et professionnelle, lui valant un moment de malaise monumental dans l'ascenseur. Voilà qui aurait pu être un grand moment d'humour noir et de satire du rôle parental, mais non, tout est bien qui finit bien. En voilà une belle morale non seulement ridicule mais aussi assez douteuse, mais pas d'inquiétude tant que ça reste enrobé de bons sentiments on n'y verra que du feu.

Adieu les cons, ai-je pensé donc moi aussi en quittant la salle et en me promettant de me fier davantage à mes préjugés dorénavant, eux qui m'ont si rarement déçu.

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