Faut-il être un peu con pour regarder les films d’Albert Dupontel ?

Avis sur Adieu les cons

Avatar Zoé SQD
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Cela semble être le cas lorsque l’on découvre le titre de son nouveau film, Adieu les Cons.
Albert Dupontel est, en plus d'être un acteur d'exception, un des réalisateurs français actuel à nous offrir une imagination visuelle surprenante dans Au revoir là haut par exemple. Il offre également un message politique toujours aussi intarissable, c’est après Désirée son premier court- métrage ou Bernie ,son premier long métrage, qu’on le retrouve avec un nouveau drame burlesque.

Il n’échappe pas à sa marque de fabrique, une histoire sur des « petites » gens. Deux destins croisés, Virginie Efira (Suze Trappet) jouant une coiffeuse mourante à la recherche de son fils et Dupontel (JB) en informaticien suicidaire, ils seront accompagnés le long de leur odyssée par Nicolas Barié l’aveugle loufoque ayant une peur irrationnelle de la police.
En 1996, lorsque Bernie sort, Dupontel s’intéressait déjà aux marginaux, on peut voir ici une évolution dans cette obsession qu’a le réalisateur. Suze et JB ne sont pas des marginaux mais ils vont se retrouver en marge par une anecdote sociale ou un fait divers. Cette position sociale leur permet de se trouver l’un l’autre, mais également eux-mêmes. Ce qui rend leur histoire d’autant plus touchante ; n’est pas seulement leur caractéristique beaucoup plus identifiable qu’à l’époque de Bernie, c’est que l’on peut replacer leurs histoire dans le contexte actuelle. 
Décidé par arrêté administratif à subir leur sort et se trouvant dépendant de mots, nous pouvons alors nous demander si Adieu les cons ou Brazil de Terry Gilliam avait bien compris que leurs film serait l’histoire de dommages collatéraux miroitant de la société actuelle. Satyre de l’administration et de la police dans une « société triste et angoissante » comme le dit Dupontel il nous reste un espoir, la descendance et l’éducation.

Ce drame humain qui nous ait offert dans Adieux les cons, tient un merveilleux rythme, tout le long du film que, soit dans le crescendo, la vitalité de l’histoire ou bien les différentes propositions de mise en scène. De nombreux plans audacieux comme avec ce premier visage dévoilé dans la

poubelle, synonyme de la future marginalité de Suze. Des scènes touchantes, de la tristesse et de l’empathie mais surtout cet humour grinçant qu’on lui connait.
On peut reprocher tout de même une construction scénaristique qui s'appuie un peu trop sur les facilités de rebondissements hasardeux pour faire avancer l’intrigue mais cela n’est pas sans nous rappeler les improbabilités qu’il peut y avoir dans les Monty Python de Terry Gilliam (que l’on retrouve dans le rôle du chasseur ici).
A l'heure où les mauvaises comédies françaises s’accumulent, on est heureux de sortir du cinéma sur une fin de film surprenante et belle.
Alors faut-il être un peu con pour regarder Adieu les cons? Il faut surtout l’être un peu pour le comprendre et l’apprécier dans son entièreté. Et peut être nous rendre compte, in fine, de l’aliénation et d’une certaine impuissance que subit Suze et JB et que l’on subit d’autant plus dans notre quotidien depuis bientôt un an maintenant.

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