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After Hours par limma

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Sur un scénario de Joseph Minion un film de Scorsese toujours aussi étonnant, petit budget, liberté d'action, il délaissera son acteur fétiche pour un interlude dans sa filmographie.
Efficace quand il s’agit de filmer la violence, le cinéaste nous avait quand même servi une Valse des pantins jouissive et l’on retrouve ici une certaine légèreté, des moments d’humour pour une situation finalement traumatisante. Pas de grand effet, ou d’actes sanglants, mais un mélange de genre entre polar et comédie à l’humour noir, loufoque et jubilatoire, passablement inquiétant tant le rapport au possible fait écho. Et un final qui nous laissera choisir entre l'optimisme... ou pas.

Alternant une musique de Howard Shore  qui surfe allègrement du joyeux à l’angoissant, Scorsese met en valeur une architecture labyrinthique pour un huis-clos grinçant, genre de fable satirique de la société. Une maîtrise des cadrages et une belle esthétique, un rythme effréné, et sa ville à l'honneur. Filmée de nuit et sublimée par la photographie de Michael Ballhaus pour renforcer la notion de danger, il nous emmène dans une sorte de cauchemar dont on se demande réellement si il ne s’agit pas de fantasme plutôt que de réalité, tant le personnage, banal informaticien, solitaire, inoffensif, et particulièrement passif, est en complet décalage avec les situations vécues et ses péripéties incroyables. Un Griffin Dunne impeccable en victime collatérale, à la vie réglée, morne et calibrée, en prise avec l’adversité, qui ne souhaite pourtant que rentrer chez lui après un rendez vous manqué.

Il croisera de multiples personnages alternant les quiproquos, les courses poursuites, devra échapper aux tentatives de meurtres, vérifiera la dangerosité des femmes, et chaque essai à se sortir de l’enfer, se résumera par un échec (un billet de banque qui s’envole par la fenêtre d’un taxi, l’augmentation du prix du ticket de métro, une caisse-enregistreuse qui refuse de s’ouvrir…). Situations tant rocambolesques que dramatiques, s’enchaînant et se croisant les unes aux autres, un peu à l’image de ces grains de poussière qui viennent gripper la machine, détails insignifiants qui, cumulés, plongeront notre héros dans un monde parallèle. L’envers du décor pour une ville abritant une faune improbable marquant l’opposition entre quartier chic de travailleurs et Soho quartier des arts. Un chemin de croix, où le metteur en scène nous offre quelques clins d’œil à sa filmographie et remet ses préoccupations christiques en filigrane, plus légères, mais qui pousseront Paul Hackett à se demander en toute bonne foi, si son besoin d’amour, mériterait la mort (?).

John Heard, Rosanna Arquette, Linda Fiorentino complètent le casting sans oublier l’excellent Will Patton, qui nous régalait déjà dans Recherche Susan désespérément.

Un grand moment.

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After Hours est une œuvre produite par Warner Bros©, découvrez la Room 237 de SensCritique.

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