La Prose et le Scalpel

Avis sur Aftermath

Avatar XimAxinn
Critique publiée par le

En 2006 paraît chez Wild Side Films un DVD regroupant trois courts-métrages signés par un cinéaste presqu'inconnu du public, si ce n'est des chanceux à l'affût des festivals de cinoche, ou encore des sacripans adeptes du téléchargement excessif. Il aurait donc été un crime de nous faire patienter plus longtemps, tant ce Nacho Cerda s'est élevé depuis comme un des plus grands espoirs de cette décennie en matière de fantastique.

Aftermath est à l'origine de cette reconnaissance, et nous montre un médecin-légiste pratiquant des autopsies avant d'abuser de l'un de ses cadavres. Ce film radical de trente minutes fait l'effet d'une déflagration dans l'esprit de chacun de ses spectateurs.

Vous en doutez? Toi, par exemple, petit accro au cinéma gore, que dirais-tu de partager ton amour pour ce chef d'oeuvre absolu avec une personne de ton entourage, si possible néophyte de la chose, et conforme à tes attirances sexuelles? Ne pense pas pour autant à bécoter ton/ta partenaire pendant le film, petit vicelard, mais plutôt à observer silencieusement ses réactions.

Le résultat est stupéfiant. Ton cobaye est immédiatement plongé dans un univers sanglant et outrancier, après une scène hardcore qui met en appétit, et un générique des plus immersifs qui ne manquera pas de lui faire imaginer le pire. Ton ami(e) est en effet subtilement incité(e) à se mettre à la place des cadavres, subissant une vraie descente aux enfers nécessaire pour se rendre dans cette morgue, ou tout simplement pour regarder le film. Si tu ne t'es pas encore fait(e) gifler, ne t'inquiète pas ça va venir, puisque Nacho Cerda ne se fait pas prier pour la suite. Il enchaîne les scènes gore impitoyables, les mutilations les plus extrêmes, armé d'effets spéciaux hallucinants et d'un souci du réalisme exacerbé.

Les gros plans provocateurs se succèdent, opérant une gradation dans l'horreur à mesure que le sujet de ton experience, dégoûté, s'oblige à s'occuper l'esprit pour garder un pied ancré dans la sécurité de son confort. Oui, regarder Aftermath est une véritable épreuve, car il s'agit d'une de ces bandes ultra-éprouvantes qui change à jamais votre définition du mot « gore ».

Les autopsies, les bains de sang et la tripaille ne sont pourtant que des mises en bouche. Au moment où ton partenaire est en train d'affirmer, comme pour dédramatiser la situation, que ce film n'est qu'une boucherie informe, reste stoïque (bien qu'en ardent défenseur du genre, cela peut te sembler impossible), et laisse le sieur Cerda lui prouver son erreur et lui offrir un voyage extrême au pays des pulsions, du rapport à la mort, et de la solitude. Alors que la tension monte et que les allusions sexuelles sont de plus en plus explicites, Cerda fait preuve d'un rare savoir-faire en matière d'esthétisme de l'image. Ton ami(e), qui pensait avoir fait le tour de l'oeuvre, se retrouve soudain à regretter les découpages qui émaillaient la première partie du film, puisqu'il se rend compte que le rapport au sexe l'interpelle davantage que ces étalages de violence graphique. La scène du viol, magistralement orchestrée, fait ainsi franchir un nouveau cap au métrage, et pousse à son paroxysme les sentiments de révulsion du spectateur qui, à l'instar du cobaye de ton expérience, tente de se détacher inconsciemment de l'action, pour ne pas risquer de légitimer les actes du légiste. « Quel horreur! », « Quel connard! », « Ah, putaaiin! » s'écrie ton ami(e) à l'intention de l'excellent Pep Tosar pendant que tu te réjouis, en bon cinéphage, de t'être fait l'émissaire de la parole de Nacho Cerda.

Certains s'insurgent déjà. C'est pervers? C'est inhumain? Certes, il s'agit là d'une oeuvre à ne pas mettre entre toutes les mains (déconnez pas quand même, ne le diffusez pas en clôture de pyjama party). Mais en ces temps d'apathie cinématographique, où la comédie familiale est érigée en autorité suprême, il est important de découvrir et de faire découvrir ce qui fait la force d'un cinéma alternatif, crade et réaliste, dont l'objectif ultime, quelqu'en soient les thèmes abordés, est de retourner les tripes des petites natures et de faire bander l'amateur.

Ne vous faîtes pourtant pas d'illusions les gars: si vous montrez Aftermath à vos copines, il se peut qu'elle ne veuillent pas vous faire un câlin dans l'immédiat, aussi étrange que cela puisse paraître. Mais au fond, qu'avez-vous fait à part reproduire sur elles le processus que Cerda a utilisé sur vous, puisque le cinéaste prend un malin plaisir à considérer son spectateur comme son propre cobaye?

En ce qui la concerne, ma douce moitié a fini par remarquer que je prenais des notes dans son dos, et s'est sentie quelque peu trahie. Depuis je vis seul dans ma caverne, et je couche avec mes DVD. Le soir, quand je me remate Aftermath, je me dis que même les plus horribles des histoires peuvent s'avérer magnifiques si elles sont abordées avec talent, et je me rappelle l'essence même du cinéma, quel qu'il soit.
Vivre une expérience.

(Oct. 2008)

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