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Agatha et les lectures illimitées par Teklow13

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C’est un hôtel en bord de mer, ou une villa, la villa Agatha. C’est l’hiver, le ciel est triste, légèrement nuageux, le soleil est discret, perce par moment. C’est un grand hall, une devanture de demeure, une plage, un bord de mer. Les vagues viennent mourir doucement sur le sable, sans bruit. Quelques bateaux traversent le cadre, sans bruit. C’est une succession de plans fixes. Des plans fixes comme des tableaux, qui seraient les réminiscences d’un passé vaporeux. Des lieux d’autrefois, des souvenirs d’autrefois. Comme à la fin de l’Eclipse, comme dans la plupart des films de Duras. Les images sont fixes mais pas mortes. Le souvenir et la vie sont blottis dans ces cadres. Des vagues, oui, du vent, des bateaux, des oiseaux, mais aussi un homme et une femme, un frère et une sœur. Par leur présence, ils tentent de réinvestir le cadre, de le remplir, d’éviter qu’il meure, de le raviver en quelque sorte.
Ces cadres sont autant la mémoire d’un passé enfoui et que l’on tente de ramener à la surface, que le spectre qui ne peut s’échapper du présent.
Parfois les plans fixes sont entrecoupés de légers travelings, mouvements langoureux et mélancoliques qui balayent métaphoriquement ces lieux, pour en retrouver l’étincelle.
Sur ces images il y a des mots, un dialogue ininterrompu, où les voix muent, s’entrecroisent, entre un frère et une sœur. La sœur c’est Agatha, Bulle Augier à l’écran, mais c’est Duras qui lui prête sa voix.
Ces voix, comme des fantômes, détachées des personnages, survolant les lieux, se souviennent. Ils se souviennent de leur enfance, de leur adolescence, d’un amour, un amour très fort, celui d’un frère et une sœur, mais qui est peut être plus fort encore. Les voix racontent la naissance de cet amour, un amour impossible, un amour incestueux. Comme dans son Venise, Duras fait parler un décor. Les voix que l’on entend semblent sortir d’outre-tombe, paraissant à la fois détachées de ce que l’on voit, et totalement imprégnées dans chaque éléments du cadre.
C’est un dialogue incessant, entre deux êtres, entre deux époques, entre deux saisons, c’était l’été, c’est l’hiver, entre un texte et des images.
C’est un des plus beaux films de la cinéaste et c’est absolument magnifique et bouleversant.

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