L'exploit d'une mise en conditions courageuse et parfaite

Avis sur Aguirre, la colère de Dieu

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Quantième Art

Au visionnage de ce film, on se doute que le tournage a dû être périlleux. C'est un euphémisme. Il s'agit de la première collaboration de Werner Herzog avec Klaus Kinski et cela signe aussi le début des violentes hostilités entre les deux hommes. Tourné sur location dans la jungle péruvienne, il a mis l'équipe à la merci du climat, alors qu'elle était confinée sur des radeaux au confort spartiate. Attaques de fourmis, morsures de singes, Kinski qui décide de tirer quelques cartouches sur une hutte où l'équipe passe la nuit « trop bruyamment », orages, inondations... Il y a vraiment de quoi parler du tournage autant que du film. Parce que ces anecdotes sont le film.

Le film, justement, est déjà suffisamment impressionnant tel que le spectateur inculte peut en juger. Avec les petits moyens de sa petite caméra, Herzog capte des diaporamas épatants dont aucun studio ne saurait recréer l'humidité si épaisse qu'elle traverse l'écran pour recouvrir notre peau. On en sursauterait presque, craignant d'avoir senti un moustique nous piquer en dépit de notre confort de cinéphile, ou l'eau à nos pieds. On peut douter que la mise en conditions réelles soit un moyen d'accentuer efficacement le réalisme d'une œuvre, mais celle-ci nous montre que ça peut valoir le coup. Pour le résultat magique, le jugement politique discret porté par l'histoire sur l'Histoire, et pour les difficultés que représentent ce qu'on a déjà dit, mais aussi l'obligation de tourner dans l'ordre chronologique, soumis de la rivière, ce film mérite le rang de chef-d'œuvre.

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