Le radeau de l'âme hideuse

Avis sur Aguirre, la colère de Dieu

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Je ne connaissais pas Werner Herzog et ai donc appris que son truc c'était les documentaires, et franchement ça se voit...

La première scène d'Aguirre, la Colère des Dieux nous propose une longue file indienne de conquistadors espagnols en terres péruviennes à la recherche de l'Eldorado Inca, d'autochtones et d'animaux du coin (ou non), mais aussi de la femme de certains leaders de l'expédition - ce qui n'a rien de réaliste. Et techniquement parlant, elle a tout du documentaire, en dehors de la musique bien tripante, avec notamment son panorama aux décors naturels amazoniens des plus réalistes. Cet aspect sera d'autant plus renforcé que, sur la version VF, la voix-off du moine écrivant le journal que nous suivrons n'est autre que celle du gars des Mystérieuses Cités d'Or.

Le problème, c'est que très vite ce côté documentaire confère une sorte d'amateurisme à l'ensemble. Le jeu des acteurs ne convainc pas (il faut voir ce Pizarro au charisme de pizzaïolo, huhu), pas plus que les mouvements de l'unique caméra, ni la photographie...
La troupe se divisera donc en deux, et nous suivrons celle qui descendra le fleuve en radeaux. Et je ne sais pas si ce fameux Aguirre a des problèmes de vue ou ne sait pas compter, mais ça m'a embêté qu'il demande le nombre de gars sur le radeau à la dérive - surtout qu'ils ne sont que 7 dessus... Dans le même genre, et un peu plus tôt, un type se fait suspendre par un piège indien - très réaliste au passage -, sauf qu'on ne l'entend pas appeler à l'aide ! Nous nous trouvons donc en compagnie d'une équipée de miros et de muets...

Heureusement, ce qui fera l'intérêt majeur du film ne tardera pas trop - parce que jusque-là je me suis grave ennuyé. La mutinerie et les manipulations d'Aguirre, incarné par un Klaus Kinski aussi détestable à l'écran que sur le tournage paraît-il (les indiens auraient voulu le tuer réellement !), donneront effectivement du sens à cette aventure. M'enfin rien de transcendant non plus, si ce n'est qu'on se retrouve en présence d'une sacrée brochette de pauvres types et de connards tous plus lâches les uns que les autres - le moine en particulier. Aguirre profitera donc de cet état de fait et de son "autorité" naturelle pour manipuler tyranniquement ces vauriens, dans l'optique de s'affranchir de la couronne d'Espagne et d'accaparer ces terres inconnues. Et pour le coup, le choix de Kinski et sa démarche de bossu, malgré sa blondeur et ses yeux bleus, s'avère difficilement contestable ! ^^

L'expédition, contemplative, ne sera pas pour autant de tout repos, et les indiens comme invisibles, mais très certainement cannibales, tireront leurs flèches depuis l'épaisse jungle qu'il ne sera même plus possible d'accoster. Certains pourtant se soumettront à ces dieux blancs qui ne leur accorderont même pas la rédemption de Jésus Christ, pour un blasphème d'ignorance, mais prendront leur or, croyant approcher du but.
Et si ce genre de passages fonctionnent très bien, d'autres m'embêteront beaucoup plus. Pourquoi certains se jettent sur le sel enterré d'un village et le mangent par poignées ? Parce qu'ils sont devenus fous ? Et pourquoi se débarrasser d'un cheval alors qu'on crève la dalle sur un radeau ? Le pire étant ce gars qui se prend une flèche et ne trouve rien d'autre à dire, et d'une manière peu crédible, que : "Je croyais que ça ferait plus mal que ça !" Et si c'est une tentative d'humour noir, c'est surtout très gênant.

Reste cependant quelques pépites : "Celui-ci fait une tête de plus que moi, mais ça ne devrait pas durer !" étant la punchline ultime d'Aguirre, précédant l'excellent : "Ici, le traître c'est moi !" Le gars finira tout de même par partir en sucette avec le reste de sa bande. Pas pour l'or selon ses dires, mais pour le pouvoir et la gloire... M'enfin les deux premiers restent quand même intimement liés.
L'épilogue quant à lui, abrupt, nous rappelle au bon souvenir de la musique d'introduction - absente du reste du film. Et aux hommes de se perdre dans leurs illusions de conquêtes, ou leurs conquêtes d'illusions, et de se retrouver finalement seuls, en tête à tête avec leur égo délirant... Et les vagues pas très discrètes d'une vedette tournant autour...

Trop inégal malgré d'excellentes intentions.

6,5/10

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