Mièvre Plastique

Avis sur Air Doll

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Le nouveau film de Kore-Eda, dont nous avions beaucoup apprécié le précédent, s'éloigne des thèmes de prédilection de ce dernier : le deuil particulièrement. À Tokyo, un homme vit avec une poupée gonflable. Il couche avec (naturellement) mais prend également son bain avec, la mène se promener dans des parcs ou mange avec elle le soir. En clair, il vit avec elle comme si elle était une vraie femme. De la vie quotidienne d'un homme et de sa poupée gonflable, dont l'exposition ne prend que quelques minutes (magnifiques), Kore-Eda, malheureusement, ne parlera pas. Non, car très vite, il arrivera un événement extraordinaire à cette poupée gonflable : elle prendra vie. Et de cette prise de vie, dont elle cachera au début l'existence à son propriétaire, découlera une envie de découverte, base de tout conte initiatique.

Elle profitera donc de ses journées, quand son maître est au travail, pour se balader à son aise dans la grande métropole. Ses sorties la mèneront même à trouver un travail dans un vidéoclub et à rencontrer plusieurs personnages originaux et cocasses (une petite fille, dans un restaurant ; une vieille dame remerciant chaque personne rencontrée ; un vieux SDF poète ; son créateur ; et, évidemment, les employés du vidéoclub). Sa conscience et son cœur, avec lequel elle aimera - un jeune homme travaillant dans son vidéoclub - et souffrira, se développeront au fur et à mesure de ses rencontres, et une morale du monde qui l'entoure va finir par poindre dans ce corps de plastique. Durant tout ce temps, elle continuera, le soir, de repartir chez elle accomplir son devoir (sexuel) de poupée gonflable avec son propriétaire (qui ne sera jamais traité que comme un raté fini dans le film, au mieux comme un pauvre gars). Elle finira cependant par le quitter car elle ne ressent pour lui aucun amour. Rappelant à chaque instant : "Je suis une poupée gonflable, un substitut pour supporter le désir sexuel".

Le problème du film, c'est qu'il ne s'élèvera jamais au-delà de ce que le synopsis peut fournir : tristesse et solitude en milieu urbain. On espère longtemps (car le film s'étire, multiplie comme on l'a dit les rencontres, les moments en apesanteur rappelant parfois Michel Gondry, les ballades mi-naïves mi-mélancoliques, le tout alangui par la jolie musique de World's End Girlfriend) que le film prenne son envol et s'éloigne de son refrain sempiternel sur l'ultra-moderne solitude. Mais las ! La mièvrerie, mâtinée de sérieux, restera à l'ordre du jour. Exemple typique : une femme passe en marchant à côté du vidéoclub où notre poupée gonflable travaille, ses bas forment des lignes sur ses jambes. La poupée gonflable, les confondant avec les siennes (en plastique), se précipite sur elle et lui offre en souriant le tube de fond de teint qu'elle a utilisé pour les masquer. Humour Amélie Poulainesque de la situation cocasse, suivi d'une réflexion sur la méchanceté inconsciente que l'on peut faire aux gens. Tristesse et déception sont de mise à l'encontre de ce réalisateur dont la rigueur et la subtilité habituelles ont laissé ici place à une immonde guimauve ridiculement sérieuse. On espère de tout cœur qu'il ne s'agisse que d'un faux pas.

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