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Alabama Monroe par cinematraque

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En voulant affilier son histoire à un genre précis, le mélodrame en l’occurrence, il s’interdit d’en sortir et, dès lors, n’évite aucun de ses lieux communs. Alabama Monroe est triste, très triste, un peu trop d’ailleurs. On pardonnait volontiers à Valérie Donzelli et Jérémie Elkaim d’avoir tenté d’exorciser leur douleur avec La Guerre est déclarée ; on a moins de scrupules à l’égard du cinéaste belge. Quelles que fussent les faiblesses de La Guerre est déclarée, son auteur ne se servait jamais de la maladie de l’enfant pour tirer les larmes. Pour Donzelli, là où ne subsiste aucun espoir, il faut s’en saisir. Groeningen, lui, ne se contente pas de nous faire pleurer sur les malheurs de la gamine : tout, à vrai dire, finira par s’écrouler. Il ne sauve à aucun moment ses personnages, ne leur offre aucun espoir. A tel point qu’anesthésiés par cette noirceur, on regrette qu’avec cette jolie bande d’acteurs, dont l’auteur sait tirer le meilleur, le film ne décolle pas. Pire encore, il y a, dans le choix de déconstruire l’histoire par le biais du montage, un côté artificiel, donnant l’impression d’un cinéaste ne sachant pas par quel bout prendre son récit.

Tout cela est regrettable, d’autant qu’il y avait dans Alabama Monroe une belle idée, qui sied à ce cinéaste mélomane : faire du film un mélodrame où l’on chante. Les personnages réunis au sein d’une troupe de musiciens vivant pour la country music trouvent toujours un prétexte pour se mettre à chanter. Seuls ces moments, les meilleurs du film, permettent aux spectateurs de respirer. Difficile de rester de marbre lorsque Didier, interprété par Johan Heldenbergh, invective brusquement les spectateurs d’une salle de concert très chic, et que craque la très convaincante Veerle Baetens. On retrouve alors, enfin, ce que l’on aime chez Van Groeningen : sa générosité, son esprit libertaire, plus punk que politique. Ne soyons pas trop sévères, donc : l’auteur a un talent certain de conteur, sait agrémenter son récit de belles images et sublimer son goût pour la musique. Malgré les faiblesses de son nouveau film, Felix Van Groeningen s’affirme comme l’un des plus probants cinéastes populaires européens.

Par Gaël Martin pour Cinématraque

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