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Le chemin initiatique d'Alda et Maria

Avis sur Alda et Maria

Avatar ArthurPorto
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Alda et Maria, "por aqui tudo bem"! "Ici tout va bien" c'est ce que les deux sœurs, disent tout le temps au téléphone à leur mère, retenue en Angola dans l'attente du visa, qu'elle n'obtiendra jamais. Pour son premier long métrage, Pocas Pascoal nous raconte l'histoire de deux adolescentes, qui quittent l'Angola en urgence car une d'elles sera enroulée bientôt dans l'armée, en pleine guerre civile. Leur père disparu il y a quatre ans (arrêté sur la route devant elles) n'a plus donné signe de vie. Leur mère les a fait partir à Lisbonne (il était plus facile pour des mineurs de quitter le pays) en attendant de pouvoir les rejoindre, en attendant peut-être qu'une fois la guerre finie leur père se manifeste, en attendant …

C'est bien un des thèmes de ce beau film, l'attente, avec des silences qui nous accrochent à l'espoir, parfois désespoir, de ces jeunes filles qui se figent devant la cabine téléphonique où, une fois par semaine leur mère les appellent ou pas! Des jours, semaines passent, et c'est finalement une tante qui leur dira qu'elle n’appellera plus, tuée par la police il y a quelque temps.

Entre-temps, leur vie d'adolescentes, à la merci d'autres jeunes Angolais ou Cap-verdiens, aussi paumés qu'elles, exploitées par une couturière venue de la haute couture de Luanda, déplacée et déclassée, qui les guide dans un premier temps, pour les faire travailler par la suite, sans salaire et en les humiliant. Mais la grande qualité du récit c'est de nous donner à voir cette violence, ces drames, ce racisme ordinaire du quotidien (les petits blancs qui s'exclament "vous nous avez foutu à la porte et maintenant vous venez nous mendier" ou qui crachent dans le combiné du téléphone public qu'elles cherchent à utiliser...), avec sérénité et apaisement comme pour mieux nous faire ressentir l'angoisse et l’insupportable de la condition qui leur est faite .

Accorder à ces personnages la possibilité de vivre leur jeunesse, périlleuse, remplie de labyrinthes, (magnifique séquence quand elles cherchent une adresse dans le "quartier africain" de l'autre côté du Tage) et au même temps, de s'éclater à écouter de la musique, danser, partager avec les autres réfugiés le goût du son et des odeurs du pays. Pocas Pascoal nous fait aussi partager leurs émois, leur découverte de l'amour, de la sexualité, de la désillusion amoureuse. Les deux filles, Alda et Maria, vont apprendre la vie d'attente, de solitude, de projection sur l'avenir de façon différente. Après la récolte des olives leurs chemins vont se séparer, mais elles vont partir nanties d'une expérience de vie et de volonté de réussir, forgée dans cette précarité et abandon.

 C'est une belle démonstration du sens de la perte et de la séparation mais aussi de la force de vivre rendues par une excellente photographie et un montage, malgré un budget des plus réduits et économe. On fait presque toujours des "miracles" quand les moyens matériels manquent, c'est le cas de ce film qui sort en salle le 14 janvier 2015 (et on sait qu'il faut y aller la première semaine pour qu'il reste un peu...). Sinon pour le grand public, au moins pour les ressortissants et amoureux de l'Afrique et pour tout ceux qui chercheraient à mieux connaître son côté lusophone!

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