La comédie française, l'alibi des fainéants

Avis sur Alibi.com

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Par rapport à des cinéphiles qui pratiquent une sélection plus drastique, je suis encore bon public. Il suffit de voir le ratio de mes notes actuelles pour en avoir un aperçu. Ainsi, je ne suis pas hermétique face à la comédie française, qui est aujourd'hui abordée de manière dédaigneuse sinon cynique par les passionnés. En ce qui me concerne, j'agis au cas par cas. J'ai par exemple apprécié Bienvenue chez les Ch'tis (tout en reconnaissant que ça ne valait pas son record d'entrées de l'époque) et je n'ai pas craché sur Qu'est-ce qu'on a fait au Bon Dieu. Or suite à une mésentente quant aux horaires indiqués sur Sens Critique qui m'ont privé de Tous en Scène (authentique), j'ai dû me rabattre sur Alibi.com. Mon état d'esprit était relativement neutre. J'ai vu la bande-annonce et j'étais partagé entre le point de départ original et intéressant et le traitement de cette idée qui pouvait aboutir à une formule éculée. Et au vu de ma note, vous comprendrez que j'ai regretté d'avoir payé ma place car la séance fut assez pénible.

Cela étant, ce n'est pas tant le film lui-même qui m'a dérangé. Très sincèrement, j'ai ri pour certaines scènes, qu'il s'agisse de répliques bien placées ou de gags qui fonctionnent, certains me prenant d'ailleurs à contre-pied. Et c'est justement là le drame. A travers ces moments légitimement amusants et le pitch de départ alléchant, je détectais du potentiel, une bonne gestion du timing, une bonne connaissance de certains codes. Cette comédie pouvait marcher en tant que long-métrage. Elle marche en tant que moment de détente d'une heure et demie mais pas en tant que film pour moi (j'y reviendrais plus bas pour cette distinction). Et c'est d'autant plus frustrant de voir ces bonnes idées et ces bons moments gâchés.

Ce qui tue tout potentiel dans l’œuf, c'est la fainéantise. J'en ai déjà eu un premier aperçu avec Dany Boon. J'ai aimé Bienvenue chez les Ch'tis et Rien à Déclarer et même pas en tant que plaisir coupable, au pire, ils sont inoffensifs. Par contre, je suis le premier à reconnaître que Dany nous sert plus ou moins la même soupe dans ses films. Et l'exploitation de la fameuse ficelle du "le gars qui ment, se fait choper, se retrouve seul mais se tape quand même la fille à la fin parce que c'est une grosse conne" dans Supercondriaque m'a définitivement sorti du film. Le tout enrobé de moments improbables. Et bien Alibi.com, c'est ça puissance 1000.

Car Alibi.com n'est pas une simple comédie. Il fallait que ce soit une comédie romantique. Et quand on sait que le film se base sur un personnage principal menteur de par son idée, vous pouvez déjà prédire comment le film va finir. Surtout quand on présente la fille comme quelqu'un qui a horreur du mensonge et quand un des clients du personnage principal est bien entendu le beau-papa. Bon, j'ai après tout aimé des comédies romantiques françaises reposant sur des principes convenus mais qui savaient varier les plaisirs et apporter un semblant de réalisme dans le traitement de ses situations, je pense à l'Arnacoeur ou à La Chance de ma vie par exemple. Ce film ne le fait pas et ne cherche jamais à être réaliste.

En effet, le film veut se baser sur les quiproquos et les situations loufoques. Là encore, rien de mal à ça, de nombreuses comédies fonctionnent sur ces principes. Oscar en est rempli par exemple. Dans Alibi.com, ces situations ont réellement un potentiel comique mais il est désamorcé par l'irréalisme de celles-ci. En résumé : à chaque fois que tel personnage se trouve à tel endroit, il faudra TOUJOURS que quelque chose se produise pour qu'il soit confronté à un autre personnage auquel il a menti. Une fois ça va, mais à la longue, ça devient vite lassant et même lourd. Surtout quand ça part dans la surenchère.

Parce qu'évidemment, l'humour ne brille pas par sa finesse. Oui je l'ai dit, j'ai ri à quelques gags, légitimement. Je peux aimer de l'humour sans finesse. Mais quand on a droit à une scène où un "bad guy" se fait griffer les couilles par un chat (et avec un plan sur les roubignoles en plus), ça vous situe le niveau. Ce n'est pas une constante dans le film mais au fil de sa progression, on en retrouve de plus en plus. Rendant ainsi le métrage encore plus indigeste, sans parler des situations trop tirées par les cheveux pour qu'on y croît.

Et alors que le film va à fond la caisse niveau humour, devinez quoi ? Ce n'est pas qu'une comédie ! Oui, Alibi.com insiste pour ajouter de l'émotion là-dedans, il faut que les parents de la copine se réconcilient et nous fassent croire que ce film était fait pour qu'on tire une petite larme. Oui, c'est sûr, quand quelques minutes après on retrouve ce couple en train de copuler sur la porte de la salle de bain en jetant aux orties toute pudeur (vous vouliez voir les fesses de Nathalie Baye ? Moi non plus), vous nous donnez envie de s'émouvoir ! Ce qui est con en plus, c'est que le couple de parents est légitimement charmant dans l'une ou l'autre scène. (De manière générale, les acteurs sont impliqués, je ne peux leur enlever ça) Donc tous ces détails ont rendu le film insupportable et je le suppliais presque de se conclure.

Et là c'en est presque insultant de voir la fille retomber dans les bras d'un gars qui a basé son business entier sur la tromperie. Sans compter la récupération du sujet des réfugiés pour une blague (On a de quoi être effrayé pour "A bras ouverts") et un traitement cliché des gays qui ne devrait même pas encore exister en 2017.

Ce qui est dramatique dans mon ressenti, outre le potentiel de la chose, c'est que le film plaît. Il a eu droit à DEUX séances en même temps (H.S : c'était à Nancy pour vous situer), les deux salles étaient pleines et celle où je me situais était très réceptive. Ma copine l'était également. Mais au final, je pense qu'il y a une scission entre ceux qui veulent juste se détendre et ceux qui veulent voir un bon film. Ceux qui viennent sans se poser la moindre question sur la vraisemblance des situations, les clichés ou la lourdeur de certains gags en auront pour leur argent. Ceux qui veulent voir un bon film proprement dit risquent en revanche d'être déçus. Du moins c'était mon cas.

Donc je comprendrais qu'on s'amuse devant le film même si je l'ai détesté. Une partie du public arrive à complètement débrancher son cerveau et ne va au cinéma que pour se détendre et rien d'autre. De mon côté, je viens au cinéma pour voir un bon film en plus de me détendre, donc je ne peux avoir le même ressenti. D'un côté, je trouverais dommage que le film connaisse un gros succès car ça va inciter les décideurs à insister dans la lourdeur.. De l'autre, peut-être n'est-ce tout simplement pas un film pour moi. Après tout, le septième art est suffisamment élargi pour que je trouve mon bonheur ailleurs.

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