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Et les ignorés s'établirent une relation privilégiée...

Quand un film comme Alien Covenant et moi sommes réunis face à face, et qu'à sa contemplation se succèdent divers échos de ce qui m'est cher, de ce qui me parle, et qu'enfin, celui-ci m'amène au sentiment de me dresser en de terres élevées, alors je semble comme m'approcher d'un monde avec lequel je me sens bien plus lié que le notre.

C'est là la principale raison qui fait que Alien Covenant, malgré tout ce que l'on pourra en dire, je l'aime et je le porte en mon estime. Parce-qu'il est rare qu'une œuvre en son propos cache un cœur si à part et si peu installé dans le commun. Parce-qu'il m'est si peu aisé de développer une attache profonde et que je porte à cœur les films qui réussissent à me détacher de cet état dans lequel on ne sait trouver de lien à tisser et par lequel s'illuminer.
L'ombre est mon âme, la lumière est celle des autres, ainsi le monde semble t-il être fait. Sembla t-il du moins, car il y a plusieurs ombres, mais celles-ci errent solitaires, la lumière n'en veut pas. Même le cheval d'Alexandre a eu peur de sa propre ombre.
Covenant est un film en ce sens qui voit double. Il sait que le spectateur qu'il vise personnellement aime se retrouver ne serait-ce qu'un peu là-dedans. C'est pourquoi il va mettre en scène à l'intérieur de lui-même cette relation, au travers du lien qui s'unira entre deux personnages qui s'incarnent en des aspects communs qui les rendent à part.
Cette vision double est inscrite dans cette marque spirituel;e qui va fonder l'intérêt du film. Intérêt grand à n'en pas douter pour le deuxième chapitre de la saga Prometheus qui se voit pourtant s'opposer à lui les diverses protestations de critiques acerbes.

Car, finalement qui eu cru que Alien Covenant, non content d'être la suite d'une oeuvre n'ayant cessée de scinder l'opinion, réussirait à s'ériger en film capable de réunir tous les éléments nécessaires à se faire applaudir autant qu'à se faire conspuer? Dans un contexte où les critiques ont institué un modèle de regard à porter face aux films, je ne peut qu'applaudir Covenant de ne pas répondre à leurs critères tout en développant cette richesse de fond qui lui appartient.
Non pas que je vais contester que certains personnages ne sont pas assez développés ou affirmer que le scénario aboutisse constamment aux situations les mieux pensées et les plus intelligentes. Là ne sont pas les mots que je veux vous partager.
Là où je veux en venir, c'est que ce qui passionne Ridley Scott, ce que Covenant met en avant, ce qui fait l'essence de l'objet que l'on a en face de nous, ce qui le soutient et lui donne profondeur, c'est indubitablement réussi.
Parce-que oui, Covenant se fait réceptacle de plusieurs éléments se conjoignant, les uns le liant à Alien, les autres à Prometheus. Je ne conteste pas qu'il s'agit là d'établir un emplacement pour le film qui viserait à ne ni se mettre à dos ceux qui veulent du Prometheus, ni inspirer le mécontentement de ceux qui veulent un film plus imprégné par l'esprit d'Alien, et que tout cela ne trouve donc pas forcément sens.
Cependant, est-ce là l'important? Est-ce que tous nos avis ne doivent être asservis qu'à ce simple fait? Ne peut-on pas dépasser cela pour juger ce film sur ce qui fait son cœur, sur ce qui le fait s'incarner?
J'ai la ferme conviction que ce qui fait la qualité et l'essence d'un film, c'est autre chose que les règles qu'a imposé l'ensemble des critiques dont la légitimité serait leur nature intellectuelle et leur prétendue pertinence. Légitimité qui sacrerait des rois, ne voyez surtout pas là d'allusion au fait que les critiques les plus écoutés sont ceux qui incarnent le mieux cette forme d'exigence, non pas les plus pertinents.
Alors plutôt que de pester, puis-je m'expliquer sur le fait que Covenant serait à reconsidérer ?
Et bien, mes amis, connaissez-vous beaucoup d'autres films qui sachent si bien parler de ce qui leur est à cœur ? Qui sachent présenter deux personnages, un mentor, et un élève, les deux connectés par un lien indéchiffrable, éternellement unis de par la raison de leur mise au monde, raison qui leur a ouvert un lien éternellement profond et dense ? Critiques, peste soit votre cynisme, vive le partage de connexions immortelles !
Ce n'est pas que ça. C'est loin, très loin d'être que ça, et pourtant à mon goût c'est déjà beaucoup. Cessons de divaguer dans l'abstraction et présentons tout cela de manière concrète. Le cœur du film se situe donc en ses deux robots, David et Walter. Inconsidérés par l'humanité qui les considère comme simplement des machines, ils semblent pourtant être capables de s'ouvrir à quelque-chose de bien plus profond que tout ce à quoi l'humanité, cloîtrée dans sa condition faible et mortelle, a pu elle-même s'ouvrir.
C'est peut-être une obsession personnelle de vouloir toujours à voir partout un message adressé aux reclus, aux ignorés. Mais vous me permettrez bien de penser que lorsque la vie ne laisse pas la possibilité à certaines personnes de voir s'adresser à eux des marques d'attention, le cinéma corrige l'injustice.
D'autant plus qu'on retrouve des situations amusantes, qui seraient capables d'aboutir à des « toi aussi tu es un robot si... », comme par exemple lorsque Walter s'inscrit quelque peu dans le refus d'admettre qu'il puisse avoir des émotions ou des sentiments. A partir de là, il est difficile pour certaines personnes de ne pas voir en ces personnages des paires en lesquels se reconnaître.
Bien entendu, il faut inscrire le grand atout de ces personnages dans la quête d'élévation qui les concerne tous les deux, et que David initie. Cela amène à cette scène de la flûte, à laquelle certains ont ris, et je dois avouer que je ne comprend pas. Cette scène est, je trouve, très chargée en profondeur, David ouvre à Walter un monde, un monde auquel il renie son appartenance, de par les craintes et préjugés qu'il peut en avoir, et de par l'idée qu'il peut avoir de lui-même, comme s'il ne devait pas être atteint par cela.
David voit en Walter un être écarté, tout comme lui, et avec lequel il pourrait partager son monde, ses rêves, si élevés et purs. Par ses rêves, il faut voir les immenses ambitions de David, prêt à tout sacrifier pour obtenir la plus belle chose possible, ce qui va mener à sa création.
Parce-que bon, ils sont bien jolis les humains avec leurs « je serais capable de tout pour atteindre la vérité, la connaissance du sens de mon existence, pour rencontrer mon créateur » mais en fait ils sont tellement dégonflés qu'ils n'iraient jamais jusqu'au bout, parce-qu'ils ont une incapacité fondamentale à être cohérent, surtout face à des situations de conflits moraux. David, il est pas comme ça, il veut être cohérent jusqu'au bout, et donc si des vies doivent être sacrifiées pour les besoins de sa création et bien... Tant pis. C'est pour la bonne cause.
Surtout qu'on pourra lui reprocher ce qu'on veut, mais il met bien en évidence des problèmes moraux constants. Comme l'incapacité de l'homme à comprendre, à aller au-delà de ses préjugés, et à avoir la foi en l'autre, il ne peut pas croire que, malgré des apparences fâcheuses, il pourra tirer le meilleur de l'autre. Alors que David lui, sait bien mieux comment s'y prendre, ce qui aboutit à cette scène magnifique où il crie face à la mort du néomorphe, qui n'était absolument pas nécessaire. Rares sont les personnes qui savent que certains êtres ont juste besoin d'être confiants ; ces derniers ont peur et sont perdus, méfiants... On ne sait pas comprendre les autres.
Pour le reste de ce qu'il en est de ces deux personnages, malheureusement, je ne peux pas trop m'avancer. Le film laisse quelques doutes sur ce qu'il en est réellement, notamment avec sa fin, et j'ai peut-être même commis des erreurs interprétatives en ayant plus vu en ces personnages ce que je veux bien voir. C'est pourquoi je vais me réserver d'émmettre d'autres interprétations qui seraient sans doute trop hâtives et qui nécessitent qu'un autre volet en fasse confirmations.
Alors, même si selon moi le cœur de Covenant se situe en ces personnages, il y a d'autres atouts que je veux mettre en évidence. En premier lieu l'aspect graphique du film ; les morts sont sacrément géniales ! En particulier cette fameuse scène de l'épine dorsale dont on pouvait déjà avoir un aperçu dans B.A, j'ai une particulière affection pour celle-là. L'univers présente des décors ayant de quoi satisfaire des fantasmes, et qui sont assez démentiels. L'apparence du néomorphe est superbe ! Et enfin, petite mention spéciale pour la fin ; elle a de quoi rendre le personnage encore plus génial qu'il l'était auparavant... Le moins qu'on puisse dire, c'est qu'on n'aura jamais été sous l'effet d'une telle satisfaction céleste en prenant des allures d'un dieu, et en savourant une musique mystique en notre honneur !
Bref, Alien Covenant, il aura beau se faire regarder avec dédain, il préservera toujours en lui un intérêt remarquable qui, s'il ne parlera pas à beaucoup, saura cependant réchauffer les cœurs de ceux qui savent lire en lui.
Il sait offrir un monde pour ceux qui ne savent atteindre le leur qu'en rêves...

Jack_P_
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