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Le Voyageur et son ombre.

Avis sur Alien : Covenant

Avatar Kiwiwayne Kiwinson
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Pour comprendre pourquoi « Alien : Covenant » est, de très loin, le pire film de la saga « Alien », il faut se souvenir de deux dates clés : 1979, sortie du premier film de la franchise s’intitulant « Alien, le huitième passager », et 2012, celle de « Prometheus ». Si le premier est un chef d’œuvre aussi incontesté qu’impitoyable, le second est un mastodonte de la science-fiction tué dans l’œuf. Et de la part de Ridley Scott, il était stupide, mais ambitieux (mais surtout très stupide) de tenter de relier les deux par la voie d’« Alien : Covenant ». Quand « Prometheus » cherchait à identifier les origines de l’humanité tout en questionnant ses créateurs, « Covenant », quant à lui, veut nous montrer l’origine des xénormorphes, ces créatures devenues le visage de l’anthologie. Mais quand « Prometheus » laissait paraître en nous une part d’émerveillement à l’idée d’explorer ces mondes et ces questions tout en se targuant d’une métaphysique de comptoir, « Covenant » annihile tout le potentiel de ce dernier pour revenir aux fondamentaux. Cependant, ici, le vrai alien, c’est David, robot psychopathe et auto-proclamé zoologiste, déjà présent dans l’équipage du Prometheus.

Ainsi, nous découvrons que l’origine du xénomorphe, c’est nous. Cependant, cet argument était déjà présent dans « Prometheus », où l’humanité était aussi bien vue comme le résultat d’un sacrifice extra-terrestre que comme le chainon manquant reliant Ingénieurs et xénomorphes. « Covenant » creuse cette intrigue ; ce qui en soit n’est pas une mauvaise idée. Mais Ridley Scott s’est sans doute emballé un peu trop vite. Dans « Aliens, le retour » de James Cameron, Ellen Ripley disait ne pas être intéressée par les origines de ces monstres, et trouvait même l’idée absurde. Scott aurait dû l’écouter au lieu de s’imposer comme un fouineur. Ici, il cherche à rejouer le « Huitième Passager », mais se plante systématique en n’arrivant pas à créer une véritable menace extra-terrestre. In fine, le gredin va même jusqu’à totalement abandonner le meilleur du « Huitième Passager » (l’ambiance) et de « Prometheus » (le potentiel narratif et visuel) tout en adressant un gigantesque doigt d’honneur à ceux ayant aimé ces derniers. Il embrasse une intrigue dénuée de charisme, digne d’un mauvais blockbuster conventionnel, sans aucune ombre d’ambition pertinente. D’accord, certaines scènes sont belles, l'ésotérisme est très présent, la photographie de Dariusz Wolski est somptueuse, et la scène d’introduction en mode « Gravity » est exceptionnelle. Mais finalement, tout ça pour quoi ? Pour favoriser des effets numériques horripilants, d'innombrables thématiques ambitieuses vulgairement jetées, une intrigue de plus en plus confuse, un enchainement de séquences ridicules et/ou fumeuses, des ellipses grossières et une trame détruisant tout l’essence de la saga « Alien ». Désormais, le xénomorphe n’est plus la menace de l’ombre, mais l’incarnation de l’embarras.

Bref, là où l’on pouvait se permettre d’attendre « Alien : Covenant » comme un blockbuster nihiliste, ce dernier est le pur produit de son époque, s’articulant dans le vide stellaire. Pour conclure en un mot, c’est un avorton.

(dédicace quand même à tous mes valeureux camarades d’AlloCiné. Dommage d’avoir autant floodé pour finir avec ça…).

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