Dans le ciné, tout le monde vous entend crier.

Avis sur Alien : Le 8ème Passager

Avatar f_bruwier_hotmail_be
Critique publiée par le

En 1979, à une époque dans laquelle la science-fiction ne cessait de se surpasser au cinéma et ce, en grande partie grâce à des oeuvres telles que "2001 : L'odyssée de l'espace" (1968) de Stanley Kubrick, "La planète des singes" (1968) de Francklin J.Schaffner ou bien entendu "La guerre des étoiles" (1977) de Georges Lucas, sortait un film de genre à petit budget, servi par des acteurs encore fort peu connu et mis en scène par un réalisateur qui ne l'était pas moins, un certain Ridley Scott : "Alien" (sous-titré en français "Le huitième passager"), film à mi-chemin entre le space-opéra et l'horreur au slogan ô combien accrocheur et terriblement véridique : "Dans l'espace, personne ne vous entend crier".

Très vite, le grand public se laisse séduire par ce film modeste en apparence mais malin à bien des égards. La critique, au départ peu avenante, finira elle aussi par se laisser séduire. Et depuis, tout le monde (ou presque) sait ce qu'il sait passer : "Alien" a donné lieu à une véritable saga cinématographique composé de trois autres films aussi dissemblables que passionnants, ainsi qu'à deux cross-overs aussi inutiles que médiocres ("Alien vs Predator", "Alien vs Predator : Requiem") et à une saga "prequel" dont le 1er opus, "Prometheus" (2012) fut tièdement accueilli par la critique et le public. Cette année encore, la saga "Alien" se trouve à nouveau sur le devant de la scène avec la très proche sortie (à la fois attendue et redoutée) de "Alien : Covenant", sorte de suite à "Prometheus", à nouveau mis en scène par l'inusable Ridley Scott (bientôt 80 ans au compteur).
C'est dire à quel point ce film ("Alien : le huitième passager") a fait du chemin depuis.

Dès lors, presque 40 ans après sa découverte en salles, qu'en reste-t-il objectivement parlant ? Résiste--t-il à l'appel du temps ? A une époque dans laquelle le cinéma d'horreur et de S-F ont radicalement changés de style ?
Sur tous les points, la réponse est OUI.
"Alien" 1er du nom reste une réussite majeure à tous les niveaux. Rarement un film de cinéma aura à ce point réussi le pari de pousser autant l'angoisse à son paroxysme. En choisissant de ne pas trop montrer sa créature et en jouant sur des plans serrés sur les visages pétrifiés des personnages, Ridely Scott parvient à créer une angoisse sourde et modérée, sans en faire trop, le tout dans un seul et même endroit : un vaisseau spatial, le Nostromo, aussi sale que usée, dans lequel chacun des protagonistes sera amené à se battre pour survivre face au terrible monstre (l'Alien du titre) qu'ils ont ramené à bord bien malgré eux. Tels des gladiateurs dans une arène (hommage quelque peu appuyé à l'autre chef d'oeuvre de Ridley Scott, "Gladiator", je l'avoue), chacun d'entre eux y sera confronté à son destin en se battant pour survivre. C'est d'ailleurs sur ce point-là que réside l'un des nombreux points forts du film. Tous ces personnages sont des individus ordinaires, des hommes et des femmes plus ou moins liés ayant chacun un caractère bien typé : la femme au fort caractère, l'homme légèrement macho, la femme plus sensible, le rigolo de la bande, etc, etc. Parmi ceux-ci, seul la femme au fort tempérament, représenté par le lieutenant Ellen Ripley, véritable héroïne du film en sortira vainqueur. Sorte de croisement improbable entre John McClane et MacGyver au féminin, le personnage de Ripley compte désormais (à juste titre) comme l'une des héroïnes les plus charismatiques du cinéma de science-fiction et d'épouvante. Dans ce rôle aussi charismatique qu'énergique, on trouve l'excellente Sigourney Weaver, quasi inconnue à l'époque, qui par la suite connaîtra une carrière de star hollywoodienne des plus confortables, bien que très marqué par ce personnage emblématique. "L'ordinaire confronté à l'extraordinaire", tel semble semble avoir été le leitmotiv principal de Ridley Scott sur ce film, tant les diverses tentatives des personnages pour échapper au monstre demeurent relativement classique : portes fermées, fuites dans l'espace, utilisation de la mécanique entre autre.

Si "Alien" relève clairement du cinéma d'épouvante de par ses techniques de mises en scène (l'utilisation du "hors-champs" pour faire croire à l'absence de danger, la musique qui monte crescendo dans l'angoisse, les protagonistes qui meurent trucidés les uns après les autres), il se situe aussi clairement dans le registre de la S-F pure et dure. De par l'intérieur de son vaisseau, dont les décors paraissent usés et délabrées, son échelle de plan (le vaisseau "Nostromo" filmé littéralement comme un caillou dans l'immensité de l'espace) ou encore le thème de la révolte de la machine contre l'homme, symbolisé par la rébellion de l'androïde Ash (thème déjà abordé de manière différente par Kubrick dans "2001..."), "Alien" s'avère appartenir autant à la S-F qu'à l'épouvante; le plus remarquable étant que Scott soit parvenir à entremêler ces deux genres de manière crédible et surtout jouissive, en atteste cette scène d'horreur pure entre le pauvre John Hurt et la créature encore à son stade de "bébé", séquence figurant par ailleurs comme l'une des plus terrifiantes de toute l'histoire du cinéma, la peur de celle-ci naissant dans un climat de S-F (un astronaute en train de manger se trouvant à l'intérieur d'un vaisseau spatiale qui voyage dans l'espace).

"Alien", comme les trois autres films de la saga, est un film qui se caractérise aussi par les obsessions de son réalisateur. Bien qu'à l'époque, Ridely Scott n'avait encore qu'un seul film à son actif ("Les duellistes" en 1977) et n'était pas encore reconnu comme l'auteur qu'il est aujourd'hui, ce second long-métrage porte déjà en lui quelques-unes des thématiques du cinéaste : l'individu confronté de manière violente et dramatique à son destin, la question du rapport entre Dieu (voir même les dieux) et l'homme, la nature hostile, la solitude du personnage principal, la place de la femme dans une société dominée par les hommes. A ce titre, on peut même rajouter le "look" de la créature, sans aucun doute l'un des plus beaux jamais conçu. De grande taille, porteur d'une tête évoquant de manière très explicite un sexe masculin, utilisant entre autre la pénétration pour venir au monde et tuer ses victimes, l'Alien semble lui-même avoir contribué à l'élaboration des obsessions "auteuristes" de Ridley Scott.
L'ensemble de ces thématiques véhiculées par le film sont littéralement mises en images par le cinéaste qui, autre particularité de son style, a toujours préféré raconter une histoire par des images et non par des phrases ou des paroles, au contraire de certains autres réalisateurs.

De par tout ces aspects évoqués (et bien d'autres encore qu'une seule et unique critique ne suffit pas à brosser entièrement), "Alien " 1er du nom reste encore et toujours à l'heure actuelle une réussite majeure à tous les niveaux, ayant réussi à combiner de manière efficace et jouissive l'horreur et la S-F pour un résultat qui, près de 40 ans après, n'a rien perdu de son aura et continue encore et toujours à marquer l'inspiration d'autres cinéastes qui se sont frottés à la S-F : Danny Boyle pour "Sunshine", les frères Wachowski pour "Matrix" (le vaisseau "Nebuchadnézar" qui semble être un cousin éloigné du "Nostromo" ou, plus récemment encore, "Life" de Daniel Espinosa.

Une oeuvre majeure, à voir et à revoir !

Et vous, avez-vous apprécié la critique ?
Critique lue 404 fois
2 apprécient

f_bruwier_hotmail_be a ajouté ce film à 1 liste Alien : Le 8ème Passager

Autres actions de f_bruwier_hotmail_be Alien : Le 8ème Passager