Critique d'un fan hystérique (subjectivité inside)

Avis sur Alien : Le 8ème Passager

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Dans la vie, il y a des films qui tombent à point nommé.
Prenez Alien. S'il n'avait pas atterri à la fin des années 70, sans doute n'aurait-il pas été la réussite que l'on connaît ?

Car dans la deuxième moitié des années 70, l'équipe du Dune d'Alexandro Jodorowky ressort épuisée de la préparation de ce film qui ne verra jamais le jour. Parmi eux, Dan O'Bannon, essaye de panser les plaies laissées ouvertes par ce film mort-né. Avec son comparse Ronald Shusset, ils vont réunir leurs deux scénarii de science-fiction pour n'en faire qu'un : Alien. Une histoire d'extraterrestre avec quelques fulgurances (l'insémination buccale !) et qui fera un bon Roger Corman movie. Mais...
Dans la deuxième moitié des années 70, un certain Star Wars donne au public le goût des films de science-fiction ambitieux. Cet engouement pousse les producteurs a donné sa chance à ce scénario qui, à force de réécriture, deviendra bien plus solide qu'auparavant. Un film calibré pour un jeune réalisateur hollywoodien. Mais...
Dans la deuxième moitié des années 70, le déjà quadragénaire et anglais Ridley Scott triomphe au Festival de Cannes 1977 et remporte le Prix de la première œuvre pour Les Duellistes.
Bon ça, c'est pour la petite histoire. Qu'en est-il du film ?

Le scénario final est une merveille. Simple et efficace au premier abord, on y retrouve en sous-texte une grande variété de thèmes que l'on pourrait qualifier de "freudiens" (si l'ordinateur central du vaisseau s'appelle M-U-T-H-U-R [Mother] et que le xénomorphe a une forme phallique, ce n'est certainement pas un hasard !). Lorgnant davantage du côté du cinéma d'horreur que du space opera, le script ne dévoile rien sur le passé des personnages, afin que tous soient logés à la même enseigne et qu'on ne devine pas qui va survivre au massacre. Les sept passagers sont tous différents, chacun a un tempérament propre, bien affirmé, voire même son moment de bravoure. L'interprétation tendue des acteurs, Sigourney Weaver en tête, sublime cet excellent travail de caractérisation. Un premier bon point.

Mais si Alien est entré au panthéon de la SF, c'est aussi pour sa direction artistique monumentale. Pour créer ce monde envoutant et effrayant, Dan O'Bannon fait appel à trois artistes graphiques, eux aussi naufragés du Dune de Jodorowsky : Jean "Moebius" Giraud pour les costumes, Chris Foss pour le design du Nostromo et de sa navette (sérieusement épaulé par Ron Cobb), et bien sûr — last but not least — le suisse H. R. Giger pour la conception de la créature éponyme et de son environnement. De leurs esquisses naîtront des décors, costumes et autres accessoires d'une puissance visuelle impressionnante. Que l'on soit fan de ces artistes, ou tout simplement de science-fiction, on ne peut décemment pas rester insensible face à un tel résultat.

Et que dire de Ridley Scott, véritable chef d'orchestre sur ce projet, si ce n'est que sa mise en scène est elle aussi parfaite. Mouvement de caméra, composition du cadre, éclairage... RIEN n'est laissé au hasard ! Bien que n'ayant réalisé qu'un seul long métrage auparavant (mais s'étant déjà fait une renommée dans le monde de la publicité), il fait preuve d'un sens de l'esthétique inné. Le montage, qui alterne les séquences calmes et les moments d'hystérie pure, est un véritable grand 8 pour nos sens. Et telle une cerise sur ce grand gâteau, notons également l'excellente musique de Jerry Goldsmith (La Planète des singes, L'Âge de cristal), au sommet de son art.

Alien, c'est Massacre à la tronçonneuse filmé comme 2001 : L’Odyssée de l'espace. Ridley Scott poursuivra son exploration de la science-fiction 3 ans plus tard avec un Blade Runner couronné du même succès artistique. Vivement Prometheus !

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