Et si on voyait le bon côté des choses : tes larmes fonctionnent

Avis sur Alita : Battle Angel

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Je crois qu'on aurait pu lui faire faire n'importe quoi à Alita : du music-hall, une comédie romantique, du Shibari, des mots croisés, du tricot... je suis submergé par tant de fraîcheur, tant de candeur. Alita est un être profondément touchant, une enfant qui découvre le monde, qui s'émerveille de tout. Je crois que je n'ai jamais autant été ému par un cyborg. Elle est simple, juste, drôle, fantasque, jolie, curieuse, naturelle, et pourtant c'est un guerrier dernier cri.
On pourrait se demander pourquoi ferait-on des guerrier-femelles mignonnes ? Au fond, c'est vrai, cela n'a pas de sens. Et c'est bien tout le problème que ce film révèle : ce film n'a pas de sens. Même le titre "Battle Angel" n'a pas de sens.

Alita est d'emblée confrontée à un problème de taille et difficile à résoudre dans le film : son scénario, par moment limite, voire un peu neuneu.
Les scénaristes s'en donnent à cœur-joie et nous donnent l'impression que "plus c'est gros, plus ça passe". Rien ne les arrête, c'est ahurissant.

Comme par exemple lorsque le Gros Monstre-Robotique débarque dans le saloon en pleine séance de châtaignes estivales entre gentils chasseurs de prime :
Il est venu pour la tuer, pulvérise un petit chien, défonce le parquet et lance à la cantonade : " si tu veux te faire tuer, suis-moi dans mon mooonde ténébreux !"
Je crois que cette réplique mérite à elle-seule le prix Razzie 2019 de "la scène la plus conne, malgré tout mise en scène, produite, écrite, dessinée, retouchée, doublée, supervisée par plus de 300 personnes, sans que personne ne s'aperçoive de son évidente couennerie". Cela mérite une mention spéciale, voire la légion d'honneur. Moi, je vais finir par croire que les films sont écrits par des fils de milliardaires incompétents ou qu'ils ont tous écrit ça bourrés. Mais cela n'est pas tout.

Je te signale au passage que sur une ville d'au moins 3 milliards de robots-cyborgs-demi-humains errants, l'intrigue pourrait être au final un épisode de "Plus belle la vie".
Au fond tout se tient entre 5 personnes, sorte de huis clos à ciel ouvert, grâce aux voix impénétrables des scénaristes : le Doc, Alita, la Femme du doc - oh suprême hasard - qui est avec le Méchant noir qui distribue des billets de Walt Disney à tout lavement, en échange d'un peu d'esclavage , et le Beau gosse, qui couche presque avec Alita, because la coque en titane, c'est pas fait pour les chiens, et que tu peux toujours t'escrimer avec ton baton de gendarme, au mieux tu finis la queue entre les jambes ou toi-même, au pire tu finis à la Samaritaine ! Bien sûr, coup de pot bien aidé par Saint Scénario, Beau gosse travaille pour le Méchant noir, mais aussi fait deux trois jobs pour le Doc. La boucle est bouclée (et la nuit il tapine) Avec ça je te fais une pièce de théâtre. Je te dis pas les dilemmes Œdipiens et les choix Cornéliens en perspectives...Pour peu que Beau gosse couche (vraiment) avec la Femme du doc qui est avec le Méchant noir, on avait le Quinté plus dans l'ordre avec tous les numéros.

Donc c'est irresistible, on arrive à des scènes qui touchent à l'hystérie scénaristique. Comme lorsque Méchant noir demande au Gros Monstre-Robotique de tuer (encore) Alita, mais vraiment ce coup-ci. Pour qu'il réussisse, on le flanque de tellement de bric-à-bracs de métal encore plus gros qu'il sera même plus fichu de traverser une porte, ou même de se doucher.
La honte, quoi.
Malgré le désastre annoncé, le Méchant noir se dit qu'il a une autre idée très très géniale. Il se dit comme quoi "on ne fout pas tous les zoeufs dans le même panier" ou un truc dans le genre, et décide "je vais l'inviter à un jeu et demander à tous les participants de la tuer publiquement, comme ça mon Gros Monstre-Robotique n'aura pas à la tuer, vu que je lui ai demandé..." Enfin bref tu m'as compris, c'est n'importe quoi. Sur ce, la Femme du Doc, qui ne l'est plus en fait, lui demande "mais pourquoi veux-tu l'inviter à un jeu, tu aimes les jeunes filles qui n'ont pas de poitrine ?" Et de répondre, implacablement : "parce que le scénario l’exige, regarde t'as pas un Star Wars ou un Aquaman de mes deux sans un jeu du stade !"

Et c'est vrai.
On n'échappera pas au concours de jeu dans le stade, au méchant vraiment méchant, à la femme du méchant presque vraiment méchante (elle se rachète on ne sait pas trop comment à la fin), au combat avec un robot obèse non pratique, à l'histoire d'amour impossible (t'as déjà essayé de coucher avec un cyborg toi ?), au petit clin d'oeil à Léonardo, lorsque la grosse lache sa main dans Titanic, et le regarde lamentablement s'enfoncer ; à Alita qui, aux portes de La Ville interdite de rêve, sorte de Dubaï perché dans les airs qu'elle pourrait te défoncer en deux-deux, retourne connement et de façon incompréhensible à son jeu débile du stade...

Bref tu l'auras compris, autant ne pas prêter attention à tout cela, si tu ne veux pas trop te fâcher, et te choper un ligament croisé du cerveau.
Alita est une fille merveilleuse. Je la suivrai jusqu'au bout, malgré la médiocrité affligeante des scénaristes.

Ce fût le premier cyborg qui m'émerveilla, comprends-tu ?
Et note cette petite touche de poésie perdue dans le film :

"Et si on voyait le bon côté des choses : tes larmes fonctionnent "
(c'est de l'humour cybernétique)

Ben oui, le bon côté des choses :
Juste Alita, rien qu'Alita.

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