Cyberjunk

Avis sur Alita : Battle Angel

Avatar Adelme
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Le manga Gunnm n’est ni une œuvre à ramifications comme GITS ni une non-œuvre à fantasmes comme le Dune de Jodorowsky, et n’a pas infusé dans la culture populaire en devenant la source d’inspiration plus ou moins directe de films ou de cinéastes variés. Il a plu à Cameron, et ça se sentait dans Dark angel, mais il a plus aussi à Dionnet, qui n’a pas eu les mêmes arguments pour obtenir les droits. Pourtant, c’est Robert Rodriguez qui a hérité de l’adaptation cinématographique, lui qui est capable du meilleur comme du pire et l’a prouvé respectivement avec Sin city et Sin city 2, mais qui fait ce qu’il aime avec souvent de la sincérité, parfois de la lourdeur et surtout cette réputation gagnée avec El mariachi de le faire pas trop mal avec pas beaucoup. L’ennui, c’est que le projet arrive à éclosion après Avatar et Marvel, et qu’à l’annonce d’un deux-en-un avec un personnage principal en performance capture, qui évitera toujours le numérique intégral et morose à la Beowulf ou le film augmenté et baveux façon Aquaman, les fans peuvent raisonnablement craindre un Americanwashing, d’autant que le personnage en question n’est ni Gollum ni Caesar, et pour commencer ne s’appelle pas Alita sauf aux Etats-Unis.

Tout à leur obsession d’en arriver au « motorball », pourtant une simple variante de Rollerball ou du « rugball », les promoteurs de ce Battle angel oublient l’essentiel y compris de conclure, et ne font vraiment de la place qu’aux tourments adolescents, qui n’en avaient pas tant dans le manga. Les cuivres et les violons qui montent le son dès qu’ils peuvent, le décorateur qui mélange tant qu’il peut, et l’équipe « Art departement » qui évite Blade Runner ou RoboCop comme elle peut, tout est bouillie pour un public traité comme un enfant aimant faire la guerre avec ses figurines ou l’amour avec ses poupées. Il faut d’ailleurs beaucoup d’efforts pour s’accommoder du personnage principal en toc malgré ses qualités intrinsèques, et s’habituer à ses attitudes faciales avant de tomber sur une mimique qui ne colle pas, mais presque moins que de s’habituer à son jeune partenaire et ses tics imités de Shia LaBeouf. Autrement, il faut considérer le film comme une gigantesque mise en abîme, expliquant entre autres que le matériau d’origine ait été passé au « grind-cutter » pour être remonté puis rapiécé, et faire d’Iron City une imitation de Sakaar : du cyberjunk plus que du cyberpunk, accouchant d’un cyborg cinématographique qui vaut moins que la somme de ses parties.

Pour public averti (et qui ne doit pas oublier que le premier importateur de mangas au monde n’est pas les Etats-Unis) : Alita: Battle angel (2019) de Robert Rodriguez (qui tente sa chance avec un seinen juste après Fifi avec un shōnen en ayant pourtant toutes celles de gagner), avec ou pas Rosa Salazar (qui n’a ni l’âge de Gally ni les yeux de Bambi), mais aussi Christoph Waltz (qui fait presque pire qu’avec son Blofeld) et Jennifer Connelly (qui fait plus que jamais Demi Moore sur le retour)

Avis publié pour la première fois sur AstéroFulgure

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