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Alyah par Patrick Braganti

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Comme la plupart des premiers films, celui de Élie Wajeman n’échappe pas à l’habitude du trop-plein, au brassage de multiples thèmes forcément traités en superficie, en explorant du coup plusieurs genres : chronique familiale, romance, ambiance oppressante et tendue façon polar, aperçu sociologique d’une communauté (juive ici) avec ses modes de fonctionnement, le poids des traditions. Parmi ces traditions, il y a l’Alyah, l’acte d’immigrer en Israël pour un juif de la diaspora. Un acte qu’Alex, le héros central, envisage non par idéologie ou foi religieuse, mais plutôt comme une échappatoire à sa vie à Paris, prise en tenaille entre son activité de dealer sans lendemain et le harcèlement incessant d’Isaac, son frère immature qu’il doit constamment dépanner et épauler. À l’inverse, on voit rarement des œuvres inaugurales aussi maitrisées dans la mise en scène, l’installation des personnages complexes qui se débattent dans des problèmes à la fois existentiels (le rapport au père revêt ici une importance toute particulière) et très concrets (les petits trafics, les dettes amènent toujours à une spirale dangereuse). Le réalisateur novice réussit ainsi à installer des ambiances successives captées tour à tour dans des tonalités chaudes (orange, rouge) et froides (le bleu est la couleur récurrente du film) où la rudesse des amitiés viriles n’empêche pas des instants de répit entre Alex et Jeanne, la jeune femme qu’il vient de rencontrer. La relation compliquée entre les deux frères fait penser à celle que mettait en scène Éric Rochant dans Un monde sans pitié il y a un peu plus de vingt ans. Mais l’atmosphère noire, le caractère taciturne et renfermé d’Alex font davantage penser aux longs-métrages de James Gray, notamment Little Odessa. Alyah est donc un premier film tout à fait honorable et convaincant, superbement photographié, ce qui lui confère une dimension intense et racée peu coutumière dans la production nationale.

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