La Grande Dépression n'était pas si loin

Avis sur American Pastoral

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Le premier film réalisé par Ewan McGregor: si l'on apprécie l'acteur à multiples facettes, du mélo à la Moulin Rouge au dramatique Ghost writer de Polanski, cela interpelle assez facilement. Et pour un premier film, on peut dire qu'il n'a pas choisi la facilité. Certes, il n'a pas trouvé l'histoire tout seul: il s'agit de l'adaptation d'un roman éponyme. Cependant, le scénario, sous une apparente simplicité, recèle une multitude de thèmes dont le mélange ne peut laisser indifférent.

Comment un homme, à qui tout promettait un brillant avenir, peut-il tout perdre à cause d'un drame familial ? On touche ici à un sujet relativement éculé: le beau-gosse du lycée, brillant et talentueux, épouse une femme encore plus belle-gosse pour mener pendant un temps l'« american way of life », affaires florissantes et jolie petite famille réunies, avant que le mythe ne s'effondre. Mais on y ajoute un contexte politique particulier: les années 60 aux États-Unis, marquées à la fois par le retour à la vie après la Grande Dépression et les agitations dues à l'engagement du pays dans la guerre du Vietnam. C'est d'ailleurs l'embrigadement de sa fille dans des mouvements contestateurs qui va, du moins en apparence, faire tout changer. Sauf que le film s'attache à montrer que le terreau pour un tel basculement était peut-être présent depuis un moment, en dépeignant des mécanismes psychiques plus complexes qu'ils n'y paraissent.

De l'enfant aux parents, beaucoup de thèmes sont évoqués: folie, surprotection, complexe d'Oedipe (ou Andromaque ?), influences et limites de la psychanalyse, narcissisme, aveuglement... De tous ces rouages ressort l'amour d'un père pour sa fille, prêt à tout pour elle. On assiste alors à une histoire d'une tristesse infinie tout en étant frustrés de ne pouvoir y intervenir et secouer tout ce petit monde. Le point de vue du père accompagne tout le long du film, créant ainsi beaucoup d'empathie mais également un manque de nuances certain. Les revendications politiques des opposants à la guerre du Vietnam sonnent ici comme les pires idioties, probablement parce que c'est ce qu'elles paraissent être pour ce père dépassé. Non sans potentiellement agacer le spectateur qui peut se dire que, quand même, cela devait être un tout petit peu plus complexe et nuancé que ça (c'est un euphémisme). De même, le film manque parfois un peu d'explications et de liens entre les différents événements qui s'y déroulent. Certaines scènes mettent même mal à l'aise sans que l'on en comprenne le pourquoi du comment.

Mais ces invraisemblances sont compensées par une esthétique à toute épreuve: les dialogues sont tellement bien écrits qu'ils résonnent parfois comme de la poésie et surtout, les images, figées sous leur vernis glacé, témoignent d'une froideur et d'une solitude qui rappelle constamment les œuvres d'Edward Hooper. Un témoin de la Grande Dépression, justement. Comme quoi, elle n'était pas si loin...

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