Ceci n'est pas une critique du film de Gaspar Noé.

Avis sur Amour

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Ce n'est même pas une critique, d'ailleurs...

… tout au plus un cri du cœur.

Vous n'êtes pas sans savoir que prochainement sort sur les écrans français le dernier rejeton du faussement génial Gaspar Noé, le joliment nommé Love. Si, personnellement, je n'ai aucune intention de regarder ce qui est décrit comme "un mélodrame pornographique" (ah,ah,ah !), en 3d s'il vous plaît, j'ai tout de même été interpellé par ce titre qui m'a immédiatement fait penser au film de Károly Makk. Oui, je sais ma démarche peut sembler un peu étrange, vouloir promouvoir un tel film en réaction au faussement impertinent Gaspar Noé, il fallait oser ! Ainsi je tiens à m'excuser auprès de monsieur Makk mais voilà, lorsque je me suis connecté sur mon site favori - un site éminemment culturel et peuplé de membres qui sont toujours avides de nouvelle découverte - j'ai été pétrifié d'horreur en remarquant que la population voulant voir le Noé était chaque jour un peu plus nombreuse tandis que le Makk, Grand Prix du jury à Cannes en 71 quand même, parvenait péniblement à intéresser 200 personnes ! Bien évidemment, on ne peut comparer ainsi les deux films puisque l'un fait l'actualité et l'autre non. Malgré tout, vous ne m’ôterez pas de la tête que si le Noé ne mérite pas autant d'attention, le film de Makk ne mérite sûrement pas de sombrer ainsi dans les profondeurs de l'oubli !

Love (Szerelem), film Hongrois de 1971 cherche amour désespérément.

Oui, je sais, Szerelem n'est pas un film facile à appréhender. L'histoire prend pour cadre les années 50 en Hongrie, à une époque où la population subit durement le diktat du régime communiste. A priori tout cela n'est pas très funny et ça l'est d'autant moins que ça parle de la fin de vie d'une mère qui attend d'avoir des nouvelles de son fils afin de pouvoir mourir paisiblement. Pour ne rien arranger à la chose, Károly Makk semble s'inspirer de Bergman en privilégiant une mise en scène épurée, tout en retenue et développant une atmosphère glaciale des plus prenantes. La photographie en noir et blanc est remarquable de beauté et vient accentuer l'austérité latente du métrage. Et puis, il faut bien admettre que l'absence de scènes de cul n'aide pas à rendre ce film très attractif.

Et pourtant...

Szerelem mérite largement qu'on s’intéresse à son cas. Tout d'abord parce que c'est un film d'une grande intelligence, abordant la résistance du peuple Hongrois face à l'oppression communiste à travers l'histoire apparemment anodine de ces deux femmes, seules face à l'adversité. Lorsque Makk nous montre cette belle-fille qui encaisse courageusement les sales coups tout en se démenant pour entretenir l'espoir chez sa belle-mère, on y voit forcément une allusion à la situation du pays : croire au rêve américain du fils, c'est croire au retour de la liberté. L'espoir fait vivre, nous chuchote le cinéaste, et cela permet à ces deux femmes de ne pas céder face à l'oppression et le défaitisme ; c'est ce qui leur permet aussi de contenir leurs angoisses et leurs craintes les plus profondes.

Mais Szerelem, c'est avant tout l'évocation d'une des plus belles histoires d'amour de l'histoire du cinéma. C'est avec beaucoup de tact qu'il nous décrit la relation intense qui unit cette mère à sa bru. Si au début, on peut croire l'attitude de la jeune femme simplement muée par le respect envers son aînée, on devine rapidement que leur relation va bien au-delà. Il y a de l'estime, de l'admiration, de l'amour entre eux ; c'est une véritable relation mère/fille qui nous est esquissée ici avec force et pudeur. Si tout est dans le non-dit, les gestes et les regards ne trompent pas et en disent assez pour nous faire chavirer. Szerelem est la preuve – mais en fallait-il vraiment une - qu'au cinéma on n'a pas besoin de 3d ou d'artifice grandiloquent pour véhiculer l'émotion. Car au final, seul le talent compte : c'est celui de ces actrices bouleversantes de sincérité, c'est celui d'un réalisateur magnifique de justesse et de finesse.

Alors même si je sais bien que je ne changerais pas le destin du film de Noé, j'espère simplement, à la manière des héroïnes de Makk, que la révolte va se faire entendre : messieurs-dames, aimez donc ce film, détestez-le, critiquez-le, mais de grâce regardez-le !

Love.

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