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« -Comme un chien ! dit K… et c’est comme si la honte dut lui survivre. »

La dernière réplique du procès de Kafka aurait pu être le sous-titre de ce film, de même que l’expression chienne de vie… Vous l’aurez compris dans Amours Chiennes, il est beaucoup question de chiens… Mais on ne leur fait pas la part belle aux chiens… Rassurez-vous, ce n’est pas un film de toutous mielleux et gentils. Ici, le terme « chiennes » est utilisé dans son sens plus ancestral, plus brut. Le chien dans son côté bestial, impitoyable et sauvage. Amours Chiennes est un film aussi désespérant que plein de rage.

Amours Chiennes est le premier film d’Alejandro González Iñárritu, qui nous a donné cette année le génial multi-oscarisé Birdman. L’ancien DJ de Mexico qui a traversé l’Atlantique à 17 ans en travaillant sur un cargo réalise ce superbe film sur un scénario de Guillermo Arriaga, qui deviendra son scénariste récurrent.

Dans la Mexico sauvage et purulente de ce début de siècle, le film est sorti en 2000, Iñárritu nous dépeint trois histoires, trois parties de film qui vont se mêler d’une manière ou d’une autre. Ces trois histoires sont liées par un sanglant accident de voiture dans les rues de Mexico, auquel on assiste dans la scène d’ouverture. **Trois parties, trois histoires d’amour, trois tragédie**s.

Celle d’Octavio d’abord, qui projette de s’enfuir avec la petite amie de son frère violent et macho. Amoureux de Susanna depuis des années, il amasse de l’argent pour leur fuite dans de violents combats de chiens dans lesquels il fait combattre son gros chien Cofi. Dans cette partie est dépeinte la violence d’une famille à la dérive, où l’appât du gain dépasse les valeurs humaines. Tous le regretteront.

Ensuite celle de Daniel et Valéria. Daniel a tout quitté, femme et enfants, pour s’installer avec Valéria, superbe top model. Hélas, Valéria sera victime de l’accident, leur amour sera soumis à rude épreuve et plus rien ne sera comme avant. C’est ici la partie la plus sombre, la plus kafkaïenne, du film. Je pense notamment aux rats sous le parquet qui s’attaquent au petit chien de Valéria et qui vont entraîner la déchéance du couple.

Enfin, la dernière partie, celle qui est, à mon sens, la plus captivante et la plus réussie est celle d’El Chivo, un ancien prof de fac qui a tout quitté pour devenir guérillero communiste. Au moment des faits, il est devenu un clochard tueur à gages au physique impressionnant. Placé sur les lieux de l’accident, il va récupérer le chien d’Octavio, à l’agonie et le soigner. On suit en même temps son dernier coup qui le mettra sur la voie de la rédemption, c’est-à-dire vers sa fille perdue.

Ainsi dans ce film poisseux, violent et dérangeant, on sent une extrême rage de vivre. Tous les personnages désirent vivre, veulent profiter de leur amour, veulent tendre vers le mieux. Néanmoins, ils sont tous plein de faiblesses. Octavio est cupide, Daniel est inconscient, El Chivo est trop radical. Mais ces trois drames, où les amours sont bafouées, où on ne parle plus et où la lâcheté et l’égoïsme des hommes, pareils aux chiens, éclatent à chaque scène, sont, c’est indéniable, emplis de réalisme. Ne sommes-nous pas tous comme ces personnages, variables, inconstants, douteux, pleins de désirs sordides mais de désirs quand même ? Iñárritu pose en réalité un regard certes pessimiste mais aussi très lucide sur l’humain.

Dans une mise en scène pleine de fureur à base de caméras à l’épaule, d’une bande son tantôt puissante tantôt déchirante, Iñárritu filme la chute, le désespoir, les désillusions et la débâcle d’êtres humains fragiles, tout en livrant un témoignage brûlant et sans concession sur la fourmilière qu’est Mexico.

Mais quelle est alors la rédemption pour cette humanité à la dérive ? L’amour ? Il est souvent trop dangereux. La fuite ? Elle semble impossible ? Finalement, la seule clé du film, selon moi, la seule image de rédemption, est quand El Chivo remet ses lunettes. Le vieux barbu sale et entouré par les cadavres de chien remet ses lunettes, un de ses seuls liens avec sa vie de professeur d’avant, sa vie où il a aimé, où il a connu sa fille, où il était apprécié. Il remet ses lunettes et tout devient clair… S’ensuit alors une bouleversante scène de rasage où l’acteur Emilio Echevarría se métamorphose littéralement, ce qui marque le début de sa remontée des enfers. Ces enfers où il s’est perdu à cause de l’idéologie et donc peut-être de l’illusion.
Il nous faut voir clair, nous dit Iñárritu, pour s’en sortir et pour cela, il faut mettre nos lunettes et nous mettre au travail !

Léo_Mesguich
9
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