Quand Tarkovski devient tout ce que tu es...

Avis sur Andreï Roublev

Avatar Alexandre G
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Deuxième visionnage. Je dis deuxième parce que "second" impliquerait qu'il n'y en ait pas de troisième, et je me tuerais plutôt que de ne pas pouvoir revoir ce film. Je m'étais dit : bon, c'est un de mes films préférés, et ce après seulement un visionnage, il faut quand même que je puisse en faire une critique. Mais c'est le problème que j'ai avec Tarkovski : je ne peux pas en faire d'étude de document. Ma formation m'impose de savoir disséquer les ressorts artistiques d'un texte littéraire, et je me dis que je peux associer cette pratique à l'art cinématographique. Mais bon, c'est peut-être déjà une erreur que de considérer un texte littéraire comme un réservoir analytique...

Et c'est pour cela qu'il m'est impossible de décrire ce film, ni de l'interpréter. Pour plusieurs raisons ! Déjà, il est bien trop dense et bien trop riche. Oui, faire un film de 3h n'empêche pas de le rendre extrêmement dense. Surtout quand on s'appelle Andrei Tarkovski, et qu'on a pour but de faire une parabole sur l'art. En réalité, j'ai bien plus envie de dire ce que ce film m'a suscité. Parce que j'ai rarement été aussi subjugué par une oeuvre...

Je crois que le chapitre la Cloche est la plus belle expérience cinématographique que j'ai pu avoir. Ne me demandez pas de me justifier, je ne le sais absolument pas. On a cette fameuse sensation confuse de plénitude, d'adéquation spatio-temporelle. Tu regardes la scène, et tu te dis que tout est à sa place, que tout va pour le mieux. En fait, ce doit être cela l'harmonie. Et le pire c'est quand ça dure trois heures. Trois heures d'harmonie, c'est ça, Andrei Roublev. Il y a tout, au bon endroit, au bon moment, dans la bonne disposition.

Je ne pourrai jamais le décrire, mais je me dis que ce genre de film, je pourrai le revoir dans 60 ans que je ne le trouverai pas différent. Je ne l'aurai toujours pas cerné, je n'aurai toujours pas défini pourquoi je réagis de telle manière. Mais je sentirai toujours cette plénitude de l'harmonie, ce sentiment d'évoluer face à une dimension paroxystique du cinéma. Comme si Tarkovski s'était approprié une branche entière du cinéma, avait fait naître un genre dans le cinéma, et l'avait achevé.

Non vraiment, un sentiment d'harmonie ontologique.

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