Pas un film, mais du cinéma

Avis sur Annette

Avatar sonicdream
Critique publiée par le

C'est comme ça depuis Boy meets girl... L'impression que Carax produit des séquences magnifiques, sublimes, éclate les codes esthétiques et sensoriels, à l'image autant qu'au son, mais qu'il réalise des films à chaque fois décevants, un tout pas aussi magistral que ses parties.

Comme un Godard éclos dans les années 80, peut-être fait-il du cinéma plus que des films.

Mais il y aura suffisament d'exegètes éclairés ici pour disserter sur la maestria (impressionante) du réalisateur, inutile d'en rajouter. Dans la forme, ce film est une leçon, un foisonnement d'idées, un feu d'artifice de beauté et un creuset d'inspiration pour des générations d'étudiants en cinéma, bien aidé il est vrai, par un budget à la hauteur du délire (ça aide pour en mettre plein les yeux quand même!!).

Sur le fond, outre l'aspect autobiographique renforcé, si on avait des doutes, par la dédicace finale à sa fille, Carax propose des thèmes originaux et fascinants, habillés par une grande histoire d’amour fou et destructeur: la notion de spectacle intérieur ou extérieur, la célébrité ou la déchéance, les feminicides, les attentes du public, la malfaisance des parents sur leurs enfants, ici aussi on se réjouit de se précipiter dans un long couloir d'idées avec autant de portes à ouvrir.

Seulement... il n'y a pas forcément grand chose derrière toutes les portes, et on les enfonce parfois alors qu'elles sont déjà béantes.. Comme souvent, Carax ne sait pas s'arrêter avant de tomber dans la grandiloquence, et on passe souvent du sublime au malaisant, du subtil au grand guignol, des larmes d'émotion au fou rire gêné. Le choix de la comédie musicale n'aide pas forcément, il faut évidemment accepter la convention des dialogues chantés parfois désuets, et pouvoir passer au dessus de certaines niaiseries collant à la peau du genre, et c'est valable pour tous Les parapluies de Rochefort, Rocky horror picture show ou Lalaland de la terre. En revanche, et à condition de surmonter cette donnée de base, la rencontre des Sparks et de Carax est plutôt bienvenue, les deux frangins proposant un univers musical et créatif très conforme à celui du réalisateur.( novateur, fantasque, intéressant mais parfois un peu pompier)

Ha oui et puis c'est long, beaucoup trop long... après un moment clé, le film commence à ralentir, se répéter, proposer de multiples fins avec des dialogues chantés qui deviennent monocordes et se ressemblent tous. Dommage, on sort de la magie, et on arrive complètement lassé à la pourtant belle résolution finale qui devrait sublimer tout le film mais ne fait que l'empeser un peu plus.

Carax est toujours un ado. Il fait toujours des films de débutant génial, mais aujourd'hui avec des gros moyens et des acteurs incroyables (Adam Driver fait évidemment une performance, mais elle est presque trop stabilotée pour le coup) cherchant toujours l'esbrouffe, le coup d'éclat, (le plan séquence du début, par exemple,même s'il est parfaitement excécuté, relève quand même un peu trop de l'exercice attendu) mais n'arrivant toujours pas à sublimer sa créativité dans une maturité bonifiante.

Reste qu'il a le mérite de faire des propositions complètement personnelles et originales, en vrai artiste complet de l'image et du son, et même si on a du mal à y adhérer complètement, il est notre réalisateur le plus impressionnant, cherchant en permanence le chaînon manquant et parfait entre la vidéo d'art et le long métrage.

Et vous, avez-vous apprécié la critique ?
Critique lue 286 fois
5 apprécient · 1 n'apprécie pas

Autres actions de sonicdream Annette