Annihilation

Avis sur Annihilation

Avatar alexandrebabin
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Je me vois forcé d’écrire cette critique tout de suite après le film tant les idées du film sont volatiles. C’est presque comme si Alex Garland l’avait prévu ainsi. Annihilation est un film d’horreur / SCI-fi cosmique qui ne se plie pas aux conformités modernes du genre. A la fois beau, brutal et effrayant, le film s’aventure dans une logique presque philosophique qui lui donne un aspect rafraîchissant en comparaison aux films actuels d’invasions extra-terrestre.

En effet, le film se plaît à maintenir une ambiguïté qui se veut mystérieuse quant à la nature de l’envahisseur. Étant trop souvent rangé dans la catégorie antagoniste des films, l’alien hollywoodien gagne une réputation redondante dont il est désormais incapable de se séparer et qui rend à présent toute approche du sujet puérile même en essayant de se détacher de celle-ci. C’est en réalité une chose que « Annihilation » accomplit à un certain degré, les réflexions de l’auteur Jeff VanderMeer permettent à son adaptation d’avoir plus de profondeur intellectuelle, une rédemption pour le film qui est d'une certaine manière, un film "d'aliens".

Cette approche philosophique a cependant ses revers, le film se perd malheureusement dans sa volonté d’être « intelligent » et en devient parfois légèrement ronflant. Et ce, tout particulièrement dans son approche désespérément sérieuse et scientifique du sujet. Un défaut qui, je trouve, transpire dans des dialogues artificiels qui auraient gagné à être étrangers au sujet. Mais c’était inévitable étant donné que la protagoniste qui est aussi la narratrice de l’histoire est elle-même une biologiste sur laquelle le groupe repose pour s’informer des phénomènes scientifiques dont ils sont sujets et victimes.

Alex Garland soulève, toutefois, des questions intéressantes sur le genre lui-même. Je mentionnais plus tôt l’ambiguïté de « l’envahisseur » ; oui cette fois-ci entre guillemets car l’histoire semble nous dire que le « shimmer » n’est pas non plus un envahisseur ou un allié et ne veux pas être un cataclysme non plus mais simplement un événement ni bon, ni mauvais ; ni primitif, ni civilise. L’horreur cosmique, qui remonte aux livres de H. P. Lovecraft (et dont Jeff VanderMeer s’est surement ouvertement inspiré) repose, la plupart du temps, sur une entité supérieure qu’on peine à comprendre intellectuellement et dont l’apparence même ne peut pas être comprise. Illustrer cette dernière est une tâche qui s’avère être relativement plus facile dans un livre que sur un écran où toute représentation donne inévitablement naissance à une idée concrète et rationnelle de ce qui est montré.

Le film échoue malheureusement mais avec du mérite dans un climax qui essaye d’être aussi abstrait que possible mais qui finit par être « quelque-chose » au spectateur contrairement à Lena qui prétend ne pas savoir ce qu’il s’est passé. Cette différence de point de vue entre le spectateur et la protagoniste s’explique peut-être par cette inévitable fin ouverte mais ce serait un peu tiré par les cheveux.

Annihilation demeure malgré tout un film que je recommande, il n’est pas incontournable mais intéressant et qui invite à réfléchir. Le film comprend également quelques beaux travaux de VFX et de sound-design qui méritent d’être vus et écoutés.

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