L'abeille coule

Avis sur Ant-Man et la Guêpe

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Critique publiée par le

Ce film, comme tous les films Marvel Studios, a l’imaginaire et la morale de types qui n’ont jamais ouvert un comics de leur vie, qui ne s’intéressent pas au cinéma et qui travaillent chez Marvel comme ils pourraient travailler chez Danone, Microsoft, McDonald, ou Reebok.

Ces films qui nourrissent l’imaginaire du monde comme de la malbouffe, proviennent de costards cravates à l’imagination et à la morale toutes deux affligeantes.

Un mot sur l’imaginaire du film d’abord

Je lis des comics depuis que j’ai dix ans. Et s’il y a bien un truc qui m’a fasciné dans les comics (mais aussi dans les mangas) ce sont les chara designs des personnages et les costumes. Souvent, les ennemis ne sont pas tant développés que ça. C’est leur design/ costume qui fait beaucoup. L’imaginaire graphique. Quand je lis un run de Stan Lee sur 4 Fantastiques, Dr Fatalis n’est pas forcément plus intéressant qu’un autre bad guy. En revanche, quel design de fou ! Quelle classe !
Autre exemple avec un des comics de Batman préférés ici sur le site, Long Halloween. Les vilains n’y sont pas développés du tout, ils ne sont pas caractérisés, ils viennent juste s’offrir à la chaine au lecteur. Mais on prend plaisir à voir à quoi ils ressemblent sous le crayon de Tim Sale.

Et enfin, si on prend les mangas, Broly a une histoire naze de chez naze, mais il a fait fantasmer plein de jeunes parce qu’il a un design de fou furieux.

Mais les films Marvel Studios se foutent des costumes/ design des personnages. Ils s’en foutent car les gens de chez Marvel Studios n’ont jamais ouvert un comics. Ça ne les a jamais fait rêver. Ils ont simplement des stars bankables, dont il faut montrer les belles gueules comme on le ferait pour une pub de parfum. Si ces stars doivent porter des costumes, autant alors qu’ils n’enfilent pas trop de masque. Les marketeux estiment que comptent seulement leurs belles tronches de leur acteur et le reste comme les décors, les costumes, l'environnement, les êtres vivants (de la fourmi à la population)... ne méritent pas que l'on s'y attarde.

Ce manque cruel d’imaginaire ne touche pas juste le design, mais aussi l’écriture.

Ici par exemple, pour développer le personnage d’Ant Man et nous le rendre sympathique, on le montre en papa divorcé vivant avec sa fille. Bref, la petite intrigue secondaire la plus utilisée dans les séries TV actuelles, genre Hawai 5.0. Il y avait quand même des moyens de faire plus original que ça.
Les scènes d’action, c’est pareil. Ici on a quand même deux personnages aux pouvoirs géniaux, avec un gars qui peut devenir aussi petit qu’une fourmi ou géant qu’un immeuble. On aurait pu imaginer des situations inédites, exploitant totalement ce rapport d’échelle. Mais le film ne trouve rien de mieux à nous montrer, en guise de scène finale, qu’une course poursuite en voiture, passage obligé de nombreux films d’actions. Ok les personnages jettent à la gueule de leurs poursuivants des objets en king size, mais c’est tout quoi. Il y aurait eu tellement mieux à faire.

Et finalement, qu’est-ce que l’on voit dans cette histoire ? Essentiellement des mecs dans des bureaux. Des mecs dans des bureaux qui ont comme intrigue la conclusion d’un contrat commercial.
Rien d’autres que des situations sorties de la tête de mecs qui passent 30h par semaine dans des réunions de bureaux pour déterminer s’ils doivent mettre 200 ou 230 millions de dollars dans la publicité autour de leur film. Perso, ce n’est pas l’imaginaire qui me stimule le plus.

Et la morale suit le même chemin.

Les cinéphiles râlent souvent dès qu’ils voient le moindre signe LGBT/féministe dans un film mais on ne les entend jamais râler sur autre chose. Par exemple, sur les belles valeurs super héroïques ici très douteuses, qui sortent également de la tête de marketeux.

Le film te dit : tu as ton intérêt individuel (faire ressusciter la mère de la guêpe) et tu dois être prêt à tout pour y arriver même s’il faut t’allier avec des mafieux criminels. Alors oui, les mafieux criminels deviendront ensuite tes ennemis, mais seulement quand ils iront contre tes intérêts personnels (récupérer le labo) sinon ça ne pose aucun problème.

Tu feras connaissance avec une fille handicapée (le fantôme) qui est condamnée à mort, sauf si elle parvient à récupérer une boite qui peut lui sauver la vie. Cette fille est orpheline qui plus est. Ses parents sont morts un peu à cause d’un de tes proches (Hank Pym) mais tu t’en fous car elle va contre tes intérêts personnels (elle veut récupérer cette boite) donc c’est une ennemie. Il ne sera pas question d’en discuter, ni de réfléchir sur la culpabilité du proche dans la mort de ses parents, ni de se poser la question du Shield qui a quand même transformé cette fille en enfant esclave tueuse à gage dès qu’elle a perdu ses parents…

À la fin tu atteindras ton but (faire ressusciter la mère de la guêpe) alors que la femme condamnée à mort te suppliera de ne pas le faire. Mais tu t’en foutras toujours autant. Une fois la mère ressuscitée, les scénaristes se disent que peut être les héros perdraient un peu de leur sympathie si la femme handicapée mourrait. Donc c’est la mère qui revient des morts et qui soigne miraculeusement le fantôme. C’est une espèce de Deus Ex Machina chié de nulle part qui permet de ne pas se rendre compte que les personnages sont d’infinis connards, ou du moins qu’ils ont agi seulement par intérêt. À travers un égoïsme qui écrase l’autre, exactement comme Hank Pym l’a fait avec les parents du fantôme. Et ça ne les a pas dérangés plus que ça.

Sois prêt à tout pour parvenir à tes fins, même à écraser les autres. Voilà une morale probablement essentielle à suivre quand on est cadre chez Disney, ne serait-ce que pour tenir le rythme et être concurrentiel. Mais ce n’est pas ce qui me fait rêver, ni ce qui me stimule. Ce n’est pas ce que je trouvais dans les comics. Et je ne suis pas sûr que cette morale, plus ou moins subtilement distillée dans les films du MCU, soit ce dont la terre ait besoin. Terre inondée par les productions Disney.

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