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Antigang par FuckCinephiles

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Force est d'admettre que depuis quelques temps si la comédie hexagonale se porte étonnement bien, le polar made in France se paye lui aussi une belle cure de jouvence.

Zulu, Mea Culpa ou encore De Guerre Lasse pour ne citer qu'eux, les cinéastes français musclent leur jeu histoire de mieux concurrencer les péloches venues du froid et d'outre-Atlantique, voir même pour mieux effacer des mémoires le triste statut d'un genre complétement englué par sa Marchalisation depuis près d'une décennie maintenant (de l'efficace 36, Quai des Orfèvres au très palot MR73, sans oublier le moyen Gangsters et la série Braquo).

Bref, on se tire un peu les doigts du cul par chez nous et c'est franchement loin de nous déplaire.

Wannabe cinéaste aux jolies références et - miracle - ne sortant pas tout droit du giron à yes men cher à Europa Corp, Benjamin Rocher débarque en cette riche fin d'été ciné avec un polar d'action plein de promesses, Antigang, que l'on vendrait déjà comme une série B décomplexée et méchamment fun tout droit sortie du pays de l'Oncle Sam.
Surtout qu'elle est portée par l'un de nos plus grands représentants à l'international, l'inestimable Jean Reno qui a une fâcheuse (et malheureuse) tendance à s'éparpiller dans des productions indignes de son talent depuis le début des années 2000.

Bonne pioche, cette fois le cultissime Leon a judicieusement attaché son nom à une bande de qualité, car même si Antigang peine sérieusement à se détacher de l'ombre écrasante du cinéma ricain des 90's planant au dessus de ses bobines, il n'en reste pas moins un divertissement généreux et délirant qui débitent les punchlines aussi vite que les balles et les coups.

Antigang donc, ou l'histoire de Serge Buren, un flic de la vieille école qui est entouré d'une bande d'adjoints aux méthodes peu conventionnelles.
Tous ensemble, ils explosent les records d'arrestations à Paris.
Mais lorsqu'un gang de braqueurs entre en scènes avec des armes de guerre et qu'un supérieur très à cheval sur le règlement débarque dans le commissariat, l'unité de Buren va sérieusement être mise à rude épreuve...

Énergique, vivant et franchement fun, par la force d'un enthousiasme non-feint, la péloche cite avec gourmandise tout ce que la série B US a fait de plus jouissif ces deux dernières décennies (on a évoqué maladroitement Heat dans la campagne promotionnelle, on pencherait bien plus pour les franchises Bad Boys, Rush Hour ou même Die Hard), aussi bien dans ses qualités que dans ses défauts les plus notables (scénario léger, caractérisation forcée de la majorité des personnages, aspect plus ou moins réaliste à la Besson).

C'est une évidence, Benjamin Rocher règle son énergique caméra sur celles (entre autres) de Walter Hill ou même Phil Lord et Chris Miller - nouveaux modèles du côté des comédies d'action -, que ce soit dans le dosage de ses instants comiques (plus ou moins efficace) ou la pertinence de ses scènes de fight, crédible et joliment chorégraphié, même si sa réalisation manque encore de prestance pour réellement affirmer une quelconque patte - c'est quand même bien plus bandant que chez les productions pas toujours fraiches de chez Europa Corp.

Survitaminé, référencé et rythmé, le film ne laisse aucun temps morts à son spectateur (bon point puisque le film ne dépasse pas les quatre-vingt dix minutes) et à la bonne idée de s'appuyer sur un casting de talents suffisamment pertinent pour convaincre, Jean Reno et Alban Lenoir en tête.

Le premier, impeccable et charismatique à souhait, incarne un vieux briscard/mentor génial adepte de la vieille école tandis que le second, révélation du puissant Un Français, explose dans la peau d'un jeune loup aussi à l'aise dans l'humour que dans le feu de l'action.

A eux seuls, ils portent le film sur leur larges épaules dans ce qui aurait pu être un remake bien délirant de La Relève de tonton Eastwood, et sont entourés de valeurs sures du cinéma hexagonales (la sublime Caterina Murino, le souvent impeccable Thierry Neuvic).

Pas dénué de quelques défauts mais motivé par une telle envie de bien faire et une énergie franchement communicative, Antigang est une pure série B comme on les aime qui offre une vraie réponse française au canon du genre émergeant du pays de l'Oncle Sam.

Mieux, en plus de faire nous faire découvrir un nouveau cinéaste à suivre et de confirmer que Jean Reno n'a rien perdu de son mojo (ou l'a retrouvé, au choix), il incarne l'un des meilleurs film d'actions français de ces dernières années, avec le plus sombre Taken.

Bref, vraiment pas mal pour un premier long...

Jonathan Chevrier

http://fuckingcinephiles.blogspot.fr/2015/08/critique-antigang.html

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