« Rien n'a jamais exercé sur moi un si fort pouvoir qu'une jolie figure de femme. »

Avis sur Antoine et Colette

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Au concert Antoine détache son regard de l'orchestre, le laisse remonter le long des rangées jusqu'à ce qu'il atteigne les jambes nues de Colette. C'est ensuite vers son visage qu'il se dirige naturellement. Le jeune homme oublie aussitôt ses oreilles et se laisse gouverner par ses yeux. Lui qui se pensait, du haut de ses dix-sept ans, indépendant et accompli, se laisse doucereusement emprisonner par le charme de la beauté féminine. La musique, qui était jusque-là l'unique amante auprès de laquelle il se blottissait, ne devient qu'une excuse pour revoir Colette. Il accumule les maladresses avant d'enfin oser lui adresser la parole. Elle se laisse accoster, inviter, séduire, elle se laisse même prendre la main ; en définitive elle se laisse aimer sans aimer en retour.

Truffaut s'amuse de l'innocence d'Antoine et de la douleur du « premier amour » avec une fraîcheur consolatrice, bien loin de la souffrance mortuaire d'un Jerzy Skolimowski (Deep End, 1971). Que son personnage souffre cela ne fait aucun doute, qu'il tombe dans l'idiotie adolescente de l'obsession amoureuse, cela aussi, que cette plaie d'apprentissage soit universelle (Antoine et Colette fait partie d'un plus large projet, mondial, intitulé L'Amour à vingt ans), une évidence même. Il en traite néanmoins avec un certain recul amusé, entre nostalgie et bienveillance paternelle. Trouvant grâce aux parents de Colette l'équilibre qui puisse apaiser le protagoniste. Toute la tendresse que ce dernier ne peut recevoir de la part de celle qu'il aime, il la reçoit de la part de ses parents, sorte de matelas amortissant la chute.

Antoine et Colette est à la vulnérabilité masculine moins une lame qu'un pansement. Par son humour et sa légèreté. Et sa maturité, aussi. Le film préfère dresser le portrait d'un état passager plutôt que d'un état permanent, laissant curieusement, et ce en dépit d'un final un brin déchirant, poindre une éclaircie. Parce qu'il redonne envie d'avoir dix-sept ans, de courir au printemps derrière les jupes des filles, de se prendre des gifles mais de continuer à essayer d'attraper leurs jolies jambes, véloces par-delà les champs ou en bord de Seine. Il redonne envie de se tromper et de se ridiculiser ; mais il redonne surtout envie d'aimer comme on aime à cet âge : idiotement.

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