Au tripoint entre la guerre, la folie et l'adversité

Avis sur Apocalypse Now

Avatar Vincent Birobent
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Il serait facile de réduire Apocalypse Now à une critique de la guerre du Vietnam - où le lieutenant-colonel Kilgore ordonne un bombardement au napalm du Viet Cong pour pouvoir surfer. Ou à la (soi-disant) folie du colonel Kurtz. Ou encore à son remarquable réalisme en dépite des limitations techniques de l'époque.

Apocalypse Now est aussi (et surtout) une réflexion sur l'adversité : une description de l'homme qui rompt face à une épreuve qui le dépasse. Ce thème est explicitement présent. Dans une des premières scènes, un général affirme "Tout homme a un point de rupture. Toi et moi en avons un. Walt Kurtz en a aussi un et, très manifestement, il est devenu fou''. Le film laisse paraître l'hésitation de Willard à confirmer que Kurtz est fou.

Kurtz peut effectivement être considéré comme malade dans la mesure où il ne respecte pas les ordres de sa hiérarchie et où il emploie des méthodes barbares pour mater le Viet Cong. Mais un diplômé de West Point, colonel, initialement promis à la fonction de général et qui commande sa propre tribu de Montagnards mérite-t-il le qualificatif de fou ? Pas à mon sens. Kurtz est bien plutôt un homme blasé, qui a préféré, contre l'avis de l'administration de l'armée, rejoindre les forces spéciales plutôt que de poursuivre les honneurs en devenant général. C'est également un aventurier et un meneur d'hommes, qui a réussi à prendre, seul, le commandement d'un groupe de Vietnamiens. Son aura ne se limite d'ailleurs pas aux populations locales, puisque, entre autres, le prédécesseur de Willard a rejoint les troupes de Kurtz plutôt que de le tuer.

Willard est, en quelque sorte, un Kurtz en miniature. Lui aussi ressent l'appel de la jungle : ''Quand j'étais là-bas, je ne pensais qu'à retourner dans la jungle". Il ne se passionne pas pour les honneurs d'une vie et d'une carrière traditionnelles ; il affirme "Je parlais à peine à mon épouse avant d'accepter sa proposition de divorce". Willard, c'est un Kurtz qui n'a pas atteint son ''point de rupture''. Cependant, la scène du début où il se blesse tout seul et son hésitation à tuer Kurtz laissent penser qu'il n'en est pas passé loin.

Si le film est clair sur ce qu'il pense de la guerre du Vietnam, il l'est beaucoup moins sur les deux personnages principaux que sont Willard et Kurtz. Il l'est encore moins sur la façon d'éviter le ''point de rupture''. Au risque de placer cette réflexion là où elle n'a peut-être pas lieu d'être, la solution est sans doute dans une attitude antifragile, c'est-à-dire qui perçoit chaque difficulté comme une invitation à se renouveler, sans jamais rompre justement. Facile à dire et plus dur à faire quand on est soi-même confronté à l'horreur de la guerre, l'antifragilité véhicule au moins l'idée que nos proches, nos supérieurs voire l'histoire nous jugeront justement sur notre capacité à avoir gardé le cap pendant les plus grandes épreuves de notre vie.

Film complexe, aux thématiques multiples, Apocalypse Now pose beaucoup de questions et apporte peu de réponses claires. Tel est mon principal reproche au film : il me semble facile de mal le comprendre et de n'en tirer aucune conclusion originale.

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