Le prix du passé

Avis sur Après la guerre

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Fort de son expérience dans le court métrage (une dizaine dont Ophelia, sélectionné en 2013 dans la Compétition Court Métrage à Cannes) et lauréate 2015 de la Fondation GAN qui soutient les projets de jeunes réalisateurs, Annarita Zambrano s'impose comme une révélation et une cinéaste à suivre avec Après la Guerre, son premier long métrage, présenté à Un Certain Regard 2017. Son film traite des conséquences d’un ancien activiste italien du milieu des années 80 qui doit faire face à son passé, le jour où un meurtre politique en Italie fait resurgir les vieux démons d’une famille brisée par le meurtre d’un juge. Entre l’Italie et la France, Annarita Zambrano explore l’histoire de son pays à travers les nouvelles générations, victimes collatérales d’une guerre qui ne lui appartenait pas et qui a dû payer pour les fautes des autres. Car derrière la bêtise de ces actions vaines et cruelles se cachent trente ans de souffrances, de familles brisées et d’absence de réponses. Plus encore, ce bouleversement affecte même les carrières de ces personnes qui traînent ce passé comme un boulet dont on ne peut s’en défaire sans avoir à réaliser des sacrifices. C’est ce que vit le personnage de l’ex-activiste et désormais intellectuel Marco (puissant Giuseppe Battiston !) prêt à tout abandonner derrière lui pour conserver sa liberté, quitte à sacrifier sans remords le parcours de sa progéniture. C’est dans ce conflit entre un père et son enfant que se dresse in fine le reflet d’une société italienne tiraillée par l’amertume des nouvelles générations face à leur histoire. Dans sa fuite, Marco cherche tout de même une rédemption dans ses actions, en acceptant une interview avec un journal national. Une manière de revendiquer sa position politique et son absence de regrets, comme s’il se savait condamné. Sans doute parce qu’au fond de lui, il l’est déjà.

Annarita Zambrano évoque la génération italienne post-activisme d’extrême gauche des années 80 et les conséquences actuelles dans Après la Guerre, un premier film poignant.

Annarita Zambrano offre un traitement délicat de ce brûlot politique qui continue de déchaîner en Italie au même titre qu’elle saisit avec finesse la confrontation des générations qui paient chacun à leur manière le prix des erreurs passés. La cinéaste italienne profite de sa collaboration avec le directeur de la photographie Laurent Brunet (Irréprochable, Séraphine) pour expérimenter le format Scope, un parti qui permet à la mise en scène de donner l'illusion que les personnages semblent constamment enfermés. Tout semble resserré et les ouvertures se font rares, ce qui participe au climat fiévreux qui accentue les tensions aussi bien en Italie qu’en France. A cela s’ajoute la musique de Grégoire Hetflex d’une beauté sidérante qui participe sans lourdeur à la réussite de ce drame poignant. Tout semble ainsi abordé avec le recul et la justesse nécessaire mais dont l'ensemble manque de d'audace et reste dans une sobriété classique, notamment au vu de son dénouement simpliste. Qu’à cela ne tienne, Après La Guerre s’impose comme un drame politique et familial plaisant, traité avec l’intelligence, la finesse et la maîtrise d’une cinéaste dont on attend impatiemment le prochain projet mais qui aura fort de s'élever et de prendre davantage de risques si elle ne veut pas rester la génitrice d'un seul film.

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