Mièvrerie printanière

Avis sur April Story

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Si vous habitez en France et que le nom de Shunji Iwai ne vous dit rien, c'est normal. En revanche, si vous habitez au Japon, c'est un peu plus inquiétant. En effet, Shunji Iwai, malgré son statut de réalisateur indépendant, est une super-star au pays du soleil levant, et la plupart de ses premiers films de cinéma (car il a avant réalisé des clips vidéos et des dramas pour la télévision) ont été un carton au box-office. Son public cible : les jeunes et les femmes adultes.

April Story se présente rétrospectivement comme le revers de All About Lily Chou-Chou, du même réalisateur. Si le second se présente comme un film avec peu de dialogues et une ambiance bucolique flottante et parfois anxiogène, le premier est au contraire bavard (jusqu'à utiliser une voix-off dans la dernière partie) et baigne dans une atmosphère sucrée qui doit beaucoup aux mangas pour filles. Des Shōjos, on retrouve divers motifs : les fleurs de cerisiers tombant, figurant ici la fin de l'enfance et le passage à la maturité pour l'héroïne principale, ou encore les gros plans sur les visages des acteurs, exacerbant leurs expressions.

Sauf que c'est justement cette influence Shōjo pesante qui en partie ruine le film. Le traitement de l'image ressemble à une caricature de l'esthétique de Shunji Iwai : tout y est séduisant, les plans baignent dans la lumière, les textures sont douces, et on finit par être écœuré, sentant que toute cette enveloppe cache en fait la vacuité totale du film. L'utilisation d'une musique au piano sans aucune retenue ni parcimonie trahie d'ailleurs aussi le passé de réalisateur de drama que fut Shunji Iwai, et apporte toute la lourdeur d'une production télévisuelle calibrée. Car April Story ne nous offre qu'une vision très idéalisée de l'entrée dans l'âge adulte et l'indépendance, finissant même par esquisser une histoire d'amour qui arrive comme un cheveu sur la soupe et qui encore une fois doit son aspect schématique et cliché à ses influences Shōjos.

Quelques fulgurances se font voir ici et là : un plan où Uzuki tente de se conformer au stéréotype féminin de la femme japonaise accueillante et souriante véhiculé par une publicité, ou quand Shunji Iwai s'amuse à tourner une séquence d'un faux film de samouraï pour commenter la mort du film d'époque japonais, mais ces moments se font trop rares. Au final, April Story aura une utilité : nous faire voir le chemin incroyable que Shunji Iwai a parcouru entre ce film et son suivant (All About Lily Chou-Chou), dans lequel il a gagné en maturité et a su ne garder que les aspects positifs de sa mise en scène.

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