"Ce n'est pas une fourchette mais un trident" MAIS NON PUISQUE ÇA A PLUS DE 3 DENTS !

Avis sur Aquaman

Avatar thetchaff
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Quand on est bourré toutes nos émotions sont amplifiées, les positives (la joie qui devient l'euphorie) comme les négatives (le blues qui devient un torrent de larmes). Il n'y a plus de notion de contrôle de soi, de dosage ou de honte. Tout doit être déballé à puissance maximale et tant pis si ça va dans le mur, de toute façon on ne verra les dégâts qu'après avoir dessaoulé. C'est ce que nous a pondu James Wan : un film qui s'en fiche d'avoir des défauts énormes si ça lui permet de faire ce qu'il veut avec ses jouets.

Un riff de guitare accompagne la première apparition d'Aquaman. Comme ça ne suffisait pas, un 2e riff se fait entendre au cours de la même séquence lorsque le héros se prend un pain sans broncher. Allez, un 3e riff pour la route quand il se prend une explosion sans flancher lors de ce même foutu passage, faut pas interrompre le running gag.

En voyant la bande annonce j'ai soupiré : on avait une séquence Harry Potter nulle dans un aquarium avec Arthur Curry/Aquaman ado qui se fait enquiquiner par ses petits camarades parce qu'il parle aux poissons, avant que ses pouvoirs n'interfèrent. Puis il y avait une succession de punchlines archi-moisies et une ambiance de série Z. Ça sentait l'écriture nase au possible. Je me disais que la seule chose qui pourrait sauver le film serait qu'il assume son côté kitsch, avec sa promesse de son et lumière à base de lasers colorés et de gros monstres. Ben mes cons on peut dire que j'ai tapé juste.

Jason Momoa lance des "Putain" ou "Y a une couille dans le pâté" pour montrer qu'il est rock.

C'est le genre de film où James Wan a l'air de s'en foutre royalement d'avoir un script nul. "C'est ça que vous voulez que je fasse ? Vous êtes sûrs que vous voulez ces romances à l'eau de rose [car oui, il y a aussi la romance entre les parents d'Aquaman] ? EH BAH OK JE VAIS VOUS LE FAIRE DE OUF ! Mangez vous mes couchers de Soleil de pub pour parfum, mes séquences de rom-com avec Nicole Kidman qui bouffe le poisson rouge de l'aquarium ou Jason Momoa qui pue, soyez prêts pour le héros qui se réveille sur son bateau au son de Mera qui lui joue tendrement de la flûte, marrez vous d'avance de nos blagues pour gosses et faites semblant de trembler devant notre méchant prince qui fronce les sourcils et déclenche les coups d'état les plus pétés qui soient ! Ne manquez pas ces flashbacks sponsorisés par Loréal, vous les avez voulus vous les aurez bande de cons ! Alors vous êtes content les producteurs ? Je peux faire boum boum avec mes crabes géants qui se frittent contre des requins ?"

Un mec à visage grave cogne virilement sa grosse fourche en acier contre le sol avec un énorme CLANG, Jason Momoa fait pareil avec encore plus de bruit pour ne pas être en reste.

La scène d'intro donne le ton. C'est très porté sur l'esthétisation avec des designs d'armures atlantes assez ringards, mais assumés. James Wan s'éclate avec ses transitions, du genre zoom sur une boule à neige qui contient une réplique du phare dans lequel se déroule la scène, lequel devient le vrai phare après une ellipse naturelle. Le tout en continu tout le long de l'intro. Puis une bagarre en plan-séquence avec la caméra qui virevolte encore plus que dans un Kingsman, assez impressionnante bien que les mouvements sonnent un peu faux. On sent l'inspiration de Snyder dans la manière de représenter les capacités surhumaines de ces personnages, avec des boost puissants sous l'eau et une iconisation très marquée et soutenue par des contrastes forts et quelques ralentis, notamment lors du dernier combat. Toutefois James Wan apporte sa touche par sa capacité à alterner plusieurs fronts. Par exemple il suit un combat, puis il fait un gros travelling avant pour nous montrer l'affrontement qui se déroule au second plan, lequel aboutit sur un méchant qui tombe et roule jusqu'au lieu du premier affrontement. C'est à la fois très fluide et très clair, on visualise bien où sont les personnages les uns par rapport aux autres.

Jason Momoa beugle "PUTAIIIIIIIIIIIN !"

Par contre l'écriture est effectivement assez nulle. Les flashbacks ont le mérite de permettre de démarrer le film rapidement, sans qu'on ait besoin de se farcir tout de suite l'ensemble des passages obligés des origines du héros, mais ça casse tout de même un peu le rythme et... bah c'est pas intéressant quoi. La quête du héros consiste à chercher un Trident légendaire pour montrer que c'est lui le Roi des Mers et empêcher son frère de s'en prendre aux Surfaciens qui polluent parce que ce serait jeter bébé avec l'eau du bain. Car ce Trident ne se laisse emporter que par le roi légitime... Après avoir comparé Superman à Jésus, vous sentez que les scénaristes ont fait un gros brainstorming pour trouver un mythe à appliquer à leur roi en devenir qui se nomme Arthur (m'enfin, j'imagine que c'était dans les comics). Le tout avec un Aquaman qui fait genre qu'il est un antihéro rock alors qu'il est surtout assez teubé, ses blagues étant toutes d'un niveau abyssal. Pour tout vous dire, la blague qui m'a le plus amusé est celle où il signale qu'il aurait pu résoudre une énigme en pissant un coup. Ce n'est même pas celle qui est du plus mauvais goût.

Le méchant à la peau noire se demande quel nom il va prendre. Comme son grand-père se faisait appeler Mantha, il décide que lui sera... BLACK Mantha !

Le déroulement du film est très prévisible, son twist est cramé dès le début et certains événements sont très gros. Comme les personnages ne se montrent pas follement attachants, ça ne compense pas les clichés. Un passage qui égratigne bien le héros m'a laissé un espoir de remise en question, mais même pas. C'est juste un prétexte pour offrir un adversaire en plus. C'est vraiment de la mauvaise série B comme scénario, son seul intérêt est d'offrir un prétexte pour une aventure à la Indiana Jones (sans les pièges vicieux et avec des énigmes nulles) qui change un chouilla au milieu des autres productions de super-héros. On a même un chouette passage un peu horrifique en pleine tempête, c'était cool.

Jason Momoa prend une pose de sentaï avec ses jambes écartées et son trident tenu à 2 mains, avec un air super sérieux.

Qu'il est difficile de parler d'Aquaman. Le film se montre souvent agaçant et surtout ridicule ou ringard, notamment pour tout ce qui concerne le plan émotionnel ou l'allure de carte postale de certains décors. Mais si on fait fi de tout ça, il offre tout le spectacle qu'il promettait et rien d'autre. L'Atlantide est colorée et bien agréable à parcourir, la réalisation de James Wan se montre très efficace lors des scènes d'action et iconise à mort son personnage, au point d'en faire quelque chose de comique sans qu'on ne sache si c'est voulu ou non (et au fond je m'en fiche, moi je m'amuse :p). Mine de rien, je pense que le dernier film live de super-héros qui réussissait aussi bien cette partie spectaculaire était Man of steel, ça date (et ça craint un peu pour les autres, DC comme Marvel). Il y a de la grosse frime, de gros défauts, une absence totale de finesse, des persos inintéressants, mais eh, c'est quand même fun. C'est sans doute à classer dans les plaisirs coupables et ça en fera fuir beaucoup, à raison. Mais au moins ça va à fond dans tout ce que ça entreprend et si vous êtes clients, vous en aurez pour votre liquide.

La chevelure trempée de Jason Momoa fait un arc de cercle au ralenti.

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