Avis sur

Armageddon par Julie Splack

Avatar Julie Splack
Critique publiée par le

Dès ses premières réalisations (Bad Boys, Rock), Michael Bay montre un certain penchant pour les blockbusters bourrins et d'une finesse discutable. Rien de bien surprenant donc à ce que le bonhomme réalise un film catastrophe avec la maudite somme de 140 millions de dollars, dans lequel un astéroïde colossal menace d'anéantir toute trace de vie sur notre planète bleue, rien que ça. Armageddon sort sur les écrans en 1998, écrasant au passage son concurrent Deep Impact sorti deux mois auparavant. Si les deux films présentent une trame principale très similaire, Deep Impact a une approche beaucoup plus intimiste, s'intéressant nettement plus aux conséquences sur le plan humain et social de l'imminence d'un tel cataclysme. Mais autant se le dire, Michael Bay et son copain producteur Jerry Bruckheimer eux sont pas vraiment là pour faire dans la dentelle, c'est pas l'genre de la maison. Les deux bourrins de service ne lésinent pas sur les moyens quand il s'agit de nous en mettre plein la gueule. Le cinéma pop-corn à son apogée en somme: Effets visuels explosifs (et réussis), décors dantesques, stéréotypes à foison, approche scientifique hilarante, références religieuses répétées, bonne dose d'humour, scènes de destruction massive spectaculaires, grands sentiments, personnages caricaturaux, héroïsme dégoulinant, patriotisme américain gerbant et bien sûr, Bruce Willis qui sauve le monde. Y'a de quoi filer une sérieuse crise de tétanie à force de voir s'enchaîner les plans affichant glorieusement le drapeau américain. Bay pousse la carte du patriotisme tellement loin que ça en devient presque caricatural. Oui on sait, les Yankees c'est les plus beaux, c'est les plus forts, et surtout les seuls à pourvoir sortir le reste du monde d'une merde monumentale. On peut franchement aussi se demander si Bay est déjà sorti de sa cher et tendre Amérique, au vu de la façon dont sont représentés les autres pays. C'est à se tordre de rire tant les clichés pleuvent, il n'y a qu'à voir la vision hyper caricaturale de la France, avec le Mont St Michel, une 2CV, Paris et ses cafés... manque plus que les baguettes sous l'bras, les bérets et la carte postale des années 60 sera parfaite. Et d'ailleurs, qu'est ce qu'on fait nous autres sur la planète pendant que Bruce Willis et ses copains vont se promener sur un astéroïde ? Et bah rien, on se contente d'observer le ciel, attendant sagement, les yeux pleins d'espoir, de se faire atomiser. Je sais pas mais on aurait quand même pu s'attendre à un peu plus de panique générale, à une grosse perturbation dans toutes les sociétés du monde, bref à la grosse pagaille quoi, et ben même pas. En fait, le scénar' ne se concentre presque uniquement que sur l'équipe de forage, leur préparation à l'opération dans les locaux de la NASA, et à la mission elle-même. Un véritable étalage d'absurdité et de grossièreté balancées à la vitesse de la lumière, et pourtant... Force est de constater que la sauce prend envers et contre tout. Bien sûr que c'est con, mais bon sang que c'est bon. Dés le départ, on se prend à éprouver un vif (et coupable) plaisir en compagnie de cette équipe de bras cassés. Voir Bruce Willis assommer à coup de balles de golf des militants de GreenPeace, ou poursuivre Ben Affleck avec un fusil à pompe sur une plateforme pétrolière, c'est assez savoureux il faut l'avouer. Le long-métrage jouit d'un casting de haute volée, avec en tête Bruce Willis en héros courageux, Steve Buscemi en obsédé sexuel qui s'amuse à chevaucher la bombe nucléaire, Michael Clarke Duncan en gros balaise sensible, l'excellent Peter Stormare en astronaute russe totalement déjanté, Owen Wilson en cowboy, et sans oublier de nombreux autres seconds rôles campés par Billy Bob Thornton, William Fichtner, Jason Isaacs ou encore Keith David. Même la romance entre Ben Affleck (presque supportable) et Liv Tyler (superbe et émouvante) ne m'a pas laissé un goût trop amer, même si ça reste très survolée. Le script s'attarde surtout sur le lien père/fille entre Harry et Grace, un choix logique compte tenu du dénouement final. La scène ultime des adieux d'Harry à sa fille est d'ailleurs un véritable tire-larme, d'une facilité narrative flagrante certes, mais bordel que ça marche. Suffit que Bruce Willis se mette à pleurer et c'est bon, c'est la fête des mouchoirs. Émouvant sur sa fin donc, le script de Jonathan Hensleigh et J. J. Abrams ne nous aura décidément pas laissé souffler une seconde, enchaînant sans pause les retournements de situation et les rebondissements. Mais justement, à force de vouloir en faire trop et de surcharger le film, on finit par frôler l'overdose. Les successions de malchance et coups du sort rencontrés sur l'astéroïde vont d'ailleurs finir par nuire au réalisme du long-métrage. Mais qu'importe, on finit par passer outres les absurdités du récit, pour se contenter d'apprécier un spectacle diablement efficace. Les scènes s'enchaînent à un rythme effréné, si bien que les deux heures et demi du film passent comme un coup d'vent, ou plutôt comme une rafale qui décoiffe méchamment. Avec sa mise en scène épileptique et décomplexée, Bay ne semble s'imposer aucune limite. C'est tellement gros que ça en devient même fun, que ce soit lorsque Willis et son équipe de héros marchent en rang au ralenti, ou lors d'une scène romantique sous un couché de soleil... Bay assume totalement cette avalanche de clichés et d'exagérations, et ça fonctionne. On notera également la qualité d'une photographie pimpante, la beauté de certains plans, et l'efficacité de la BO qui allie la force de la sublime musique d'Hans Zimmer et de Trevor Rabin aux riffs des guitares de ZZ Top, de Jon Bon Jovi et d'Aerosmith, dont l'excellente "I don't Wanna miss a Thing". En bref, Armageddon demeure un divertissement décérébré d'excellente facture, que l'on peut aisément considérer aujourd'hui comme un film culte. Même le lot énorme d'aberrations ne gâche en rien le plaisir, puisqu'on finit par relativiser et prendre le tout au second degré. Cinéaste aussi détesté qu'adulé, on ne peut remettre en cause le talent de Bay dans l'art d'en mettre pleins les mirettes à ses spectateurs, même les plus récalcitrants. Navrant que le réalisateur ne parvienne plus après coup à contrôler son goût pour la démesure. A force de pousser le bouchon trop loin dans "l'ultra spectaculaire et le très très con", ça finit par donner des films comme Transformers.

Et vous, avez-vous apprécié la critique ?
Critique lue 302 fois
Aucun vote pour le moment

Autres actions de Julie Splack Armageddon