Release Romero's Touch

Avis sur Army of the Dead

Avatar Freddy K
Critique publiée par le

17 ans après son remake décevant du chef d'œuvre de Romero Dawn of The Dead, Zack Snyder retrouve l'univers des morts vivants avec Army of The Dead une production Netflix dans laquelle le réalisateur libéré du fardeau remake va cette fois ci combiner film d'action, film de braquage et film de morts vivants. Si papy Romero se plaisait à dire que ces zombies iraient à la bibliothèque avant de courir un cent mètres, ceux de Snyder font du kung-fu, des chorégraphies de danse contemporaines, des galipettes et du cheval. Army of the Dead est un gros Z complétement con à 90 millions de dollars dont vous pourrez presque arrêter le visionnage après son générique de début puisque vous aurez globalement déjà vu le meilleur du film.

Army of The Dead nous raconte l'histoire d'une bande constituée à l'arrache pour aller braquer un casino à Las Vegas. Petit soucis notoire, Las Vegas est devenu une zone sinistrée et fermée dans laquelle se trouve des milers de morts vivants en attente d'être éradiqués par une mini bombe nucléaire.

Army of the Dead n'est donc rien de plus qu'une grosse série Z basse du front qui gonfle les muscles pour s'éviter de trop réfléchir et qui propose 150 minutes de vide intersidérale traversé ça et là de quelques moments heureusement un peu plus jouissif. Sur un fond qui forcément rappellera New York 1997 pour son concept de ville prison et de zone dangereuse, Zack Snyder nous offre un film de braquage des plus convenu et expéditif avec la plupart des figures imposées du genre. La constitution de l'équipe ne va servir qu'à introduire une galerie de caricatures complétement horripilantes avec une mention spéciale pour le perceur de coffre sorte de sideckick comique insupportable aux cris de pucelle effarouchée et la vieille pilote d'hélicoptère super badass avec son cigare et ses lunettes Top Gun à la con. Le reste de la team n'est pas en reste et d'ailleurs pas un seul personnage n'existe à l'écran au delà de sa posture et l'archétype physique qu'il représente comme le grand black costaud qui déterre sa tronçonneuse à béton torse nu sur fond de soleil couchant , à se demander parfois si on est chez Snyder ou chez Michael Bay. Et lorsque Zack Snyder souhaite un peu plus creusé la psychologie de ses personnages et proposer un soupçon d'émotion c'est toujours avec la délicatesse d'un tractopelle roulant sur des poussins. Alors bien sûr la relation père fille entre Scott (Dave Bauttista) et Kate (Ella Purnell) pourra se lire de manière émouvante et cathartique par le prisme des événements tragiques auxquels Zack Snyder a du faire face par le passé, mais l'émotion est tellement appuyé et maladroite qu'elle n'aura jamais prise sur moi. Si les confidences du gros dur qui rêve de food truck et de croques monsieur vous tirent les larmes moi elles me font doucement marrer.

Zack Snyder n'a jamais eu la réputation d'être un réalisateur subtil mais il est souvent capable de proposer des univers visuels assez bluffant mais ce ne sera même pas le cas avec Army of The Dead. Le film baigne dans un effet de flou pseudo artistique permanent et assez dégueulasse qui en plus n'apporte absolument rien à l'image ou l'ambiance globale d'un film dont les effets spéciaux numériques sont en plus loin d'être toujours d'une grande perfection (les dernières scène avec l'hélico sont parfois très laides). Niveau gore le film propose heureusement deux trois séquences marquantes et assez jouissives même si à 95% il faudra se contenter d'une profusion de headshot avec des grosses giclées de sang numérique.

Je n'ai clairement jamais été fan des zombies sprinter qui sautent comme des kangourous et vous attaquent comme des yamakazis hystériques en bondissant de tous les coins de l'image et ce n'est pas Army of the Dead qui va me réconcilier avec cette tendance. D'ailleurs la seule vraie bonne séquence de tension du film, même si elle s'inspire très fortement de Silent Hill et s'appuie sur un concept assez con de zombies en hibernation (???), sera la séquence durant laquelle les personnage doivent se frayer un chemin au milieu de zombies immobiles qu'il ne faut pas réveiller ; le triomphe de l'immobilisme face à l'agitation stérile. Franchement moi les zombies qui courent à quatre pattes comme des singes, qui font du kung fu pour éviter les coups, qui bondissent de partout ça me fait presque autant marrer que les vampires fluorescents à paillettes de Twilight. Et puis là on a même droit au super zombie avec sa cape qui bondit sur les hélicoptères en vol et qui retire son casque anti balles pour une bonne vieille baston réglo d'hommes virils mano à mano.

Army Of The Dead avance péniblement avec ce sentiment assez agaçant que le film n'exploite jamais ses quelques bonnes idées et se vautre copieusement dans les plus mauvaises. Pourquoi ne pas avoir exploiter cette formidable idée des morts vivants desséchés au soleil de Vegas qui pourraient reprendre vie à la moindre goutte de pluie ? Pourquoi cette promesse clinquante d'exploiter le décor, les lumières criardes et la démesure de Vegas n'est quasiment jamais rendu à l'écran ? Pourquoi se retrouve t-on avec cette sensation que ce casse impossible est finalement torché en vingt minutes ? C'est quoi cette idée un peu débile de paix sociale avec les zombies à coup de sacrifices de méchants violeurs ? . Vraiment je reste plus que dubitatif devant les choix narratifs et visuels de Snyder et je pouffe de rire et de consternation devant l'épisode de l'hélicoptère disparue pour un suspens en carton de 10 secondes , devant le mec qui hurle Nooooooooooooo au ralenti le bras tendu vers la caméra ou devant ce final à tiroir complétement nul qui nous prépare à un Army of The dead Pinata to Mexico. Même si le film de Zack Snyder n'a plus rien à voir avoir l'univers de Romero, encore qu'il pique à Land of the Dead le concept du chef de meute avec son roi zombie, je me demande ce qu'il reste de tout ce qui faisait l'âme et l'esprit des meilleurs films de morts vivants devant ce triste spectacle de divertissement stupide et désincarné. Perdue, envolée, piétinée la mélancolie de ses morts perdus et errants comme le reflet de notre propre et fatale destinée; oublié et passé sous silence le triste constat de l'horreur des humains se révélant au contact des morts; bousculée sous l'agitation permanente d'une action pétaradent la lente marche de la menace d'une mort qui s'avance inexorablement et jeté aux oubliettes le moindre début de critique sociale et politique. Quand je repense à Bud dans Day of the Dead et Big Daddy dans Land of The Dead et que je regarde le roi zombie alpha de Army of the Dead je mesure à quel point je resterai (fièrement) un vieux con passéiste car pour moi nul besoin d'avoir un zombie bodybuildé avec une cape et qui hurle plus fort que les autres en faisant des bonds partout pour être impressionné ou même effrayé. Ce qui me touche et me fait peur c'est l'humanité vacillante des morts, la monstruosité naissante des hommes et l'idée même de la fin de toutes choses.

Je vais être franc je ne partais pas avec un apriori positif pour Army of the Dead puisque je ne suis pas du tout fan de Zack Snyder et que je n'aime pas particulièrement les zombies rapides. Pourtant j'espérais vraiment un bon petit divertissement qui exploite à fond son décor de Vegas, qui propose un film de braquage un minimum palpitant et qui envoie du bois dans l'action lourde et le gore décomplexé. Je n'y trouve finalement mon compte sur aucun des registres espérés.

Et vous, avez-vous apprécié la critique ?
Critique lue 182 fois
9 apprécient · 3 n'apprécient pas

Freddy K a ajouté ce film à 1 liste Army of the Dead

  • Films
    Cover 2021 : Films Vus et/ou Revus

    2021 : Films Vus et/ou Revus

    Ciné (Quand ils vont de nouveau ouvrir) - DVD - Streaming - VOD - VHS - Super 8 - Blu-ray .... Les films vus et/ou revus en 2021

Autres actions de Freddy K Army of the Dead