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Avis sur Astérix : Le Domaine des Dieux

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Écartons d’emblée le principal défaut du Domaine des Dieux : trop d’Elie Semoun nuit à la qualité d’un film.

J’aime bien Elie Semoun. Non vraiment.

J’aime bien ses mimiques de petit bonhomme énervé et sa voix criarde. C’est parfait pour jouer des personnages mesquins et colériques. Je ne suis pas en train de dire qu’il est hilarant, où même que c’est un bon humoriste. Mais à petites doses, comme dans Kaamelott, j’apprécie. Le problème c’est que, déjà il joue toujours de la même façon et qu’en plus il en fait des caisses. Limite, j’avais l’impression d’entendre quelqu’un imiter Elie Semoun.

Or, à un moment du film, son personnage devient omniprésent et sa prestation franchement crispante. Les réfractaires ont dû s’en taper la tête contre les murs.

Mis à part ce petit écart, je dois dire que j’ai été bluffé par la fidélité du film à l’esprit d’Astérix. Pas d’effet Kaamelott-bis dans le Domaine des Dieux, Astier fait de l’Astérix comme on en avait plus vu depuis les 12 Travaux.

Les voix sont incroyablement bien choisies (si ce n’est celle d’Elie Semoun, donc). Roger Carel, évidemment, mais aussi Lionnel Astier, bien dans le rôle en Cétautomatix et Serge Papagalli qui fait un Abraracourcix génial avec sa voix de paysan qui veut se donner de l’importance. Foresti, agaçante et stridente, impeccable pour une matrone comme Bonemine et même Guillaume Briat, alias le Roi Burgonde, qui vient camper un Obélix benêt et naïf comme il faut.

La plupart des personnages ont des voix identifiables en un instant, des vraies voix de dessin animé. Après plusieurs films aux acteurs aussi improbables que Jamel Debouzze, Christian Clavier, Edouard Baer et le très aléatoire Clovis Cornillac, ça fait vraiment plaisir de voir Astérix revenir à quelque chose qui fait honneur au matériau d’origine.

Techniquement c’est super propre et là encore j’en suis le premier étonné. Ça ne vaut pas un bon dessin animé (ça aurait quand même été cent fois mieux), mais au moins on échappe à l’aspect froid des productions en images de synthèse habituelles, Pixar en tête. Entre ce Domaine des Dieux et Rebelle, il n’y a pas photo.

En ce qui concerne l’humour, le bilan est plus compliqué. Il y a quelques références sympathiques mais je regrette une facilité dans les gags qui rend les péripéties un peu fades. Pour quelqu’un qui a fait sa réputation sur la qualité de ses dialogues, j’attendais mieux de la part d’Astier qui propose peu de tirades bien senties et un humour un peu convenu.

Peut-être s’est-il retenu pour mieux coller à l’esprit de la BD ? Dans ce cas, on ne peut pas lui en vouloir. Le film n’est pas si drôle au final, mais la BD n’est pas une source de fous rires en cascade non plus. Astérix c’est avant tout une aventure, menée dans la bonne humeur mais avec des enjeux. Un humour subtil, un peu de satire sociale et aussi une morale bien tranchée.

De tous les albums disponibles, le Domaine des Dieux est le plus éloquent. Les irréductibles gaulois repoussent l’envahisseur, une fois de plus, mais pour quel gain cette fois-ci ? César n’impose rien dans le Domaine des Dieux, les villageois intègrent d’eux-mêmes la civilisation romaine avant de reprendre leurs esprits et d’expulser tout le monde. Un refus implacable de l’impérialisme culturel qui résonne toujours avec la même pertinence en 2015.

Par Toutatis, croisons les doigts, et que vive longtemps l’exception gauloise.

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