Brutus aux Jeux Olympiques

Avis sur Astérix aux Jeux olympiques

Avatar Fakin
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Considéré quasi-unanimement comme un des pires films français jamais réalisé, je vais donc ici me faire l'avocat du diable. Ce film est certes une déception, il n'est pas réussi et souffre de la comparaison avec son prédécesseur réalisé par Chabat. Cependant je ne trouve pas que c'est une daube infâme, en matière de mauvaise comédie française, j'ai vu bien pire. Le visionnage d'Astérix aux Jeux Olympiques m'a fait l'effet d'une montagne russe. C'est vraiment étrange, en l'espace de deux secondes je peux passer du rire à la consternation, d'un sourire furtif à un long soupir. Comme si les réalisateurs se tiraient systématiquement une balle dans le pied chaque fois qu'ils amorcent une blague, qui sur le papier fonctionne, mais qui est désamorcée presque aussitôt par un manque flagrant de subtilité dans son exécution. C'est plus ou moins pareil au sujet de la mise en scène. Par moments je trouve ça passable, par moments juste correct, puis le plan suivant je trouve que c'est d'une laideur absolue, d'un mauvais goût sans pareil... Ce manque d'homogénéité et de technique est à mettre sur le dos des deux réalisateurs qui ne sont pas vraiment des metteurs en scène, Langmann est avant tout un producteur, Forestier un piètre artisan. Formellement le film ne présente pas vraiment d'intérêt, il n'y a pas d'idées de mise en scène révolutionnaires, cependant on retrouve Arbogast à la photographie qui est loin d'être un tocard dans ce registre, on a donc droit à certains plans jolis mais bien trop rares. Quant à l'histoire, elle tient sur un timbre-poste.
On pourrait dire que c'est un film schizophrène, c'est pourquoi j'ai trouvé opportun d'en faire la critique.
Commençons par les points positifs.
Ce qui pourrait (au conditionnel) sauver le film, ce sont les interprétations de Benoît Poelvoorde et d'Alain Delon. Je trouve Alain Delon excellent dans le rôle de César, en dépit d'une mise en scène peu inspirée, ses expressions faciales, son intonation et son charisme naturel parviennent à faire oublier le reste. Il donne même dans l'autodérision mais sans jamais être ridicule. Sa prestation en César est bien plus convaincante que celle de l'acteur du premier film de Berri, de Chabat ou encore plus récemment de Luchini. Benoît Poelvoorde quant à lui vole la vedette, c'est vraiment un acteur incroyable, il arrive à rendre drôle des blagues prévisibles. Par exemple : "Je veux une formation de la tortue d'un point de vue animalier", donnez cette réplique à un acteur sans talent je n'esquisserais même pas l'ombre d'un sourire. Donnez-la à Poelvoorde, et cela fonctionne. Il mouille la chemise, il est investi dans ce nanar et arrive à donner de l'énergie à un scénario inexistant. Malheureusement la plupart de ses traits d'humour finissent par botter en touche, les réalisateurs l'ont exploité jusqu'à l'overdose, il en fait beaucoup trop. Quel gâchis de n'avoir pas donné dans la sobriété, on aurait eu droit à des scènes beaucoup moins lourdes et donc appréciables.

Ensuite Clovis Cornillac et Gérard Depardieu. Ils n'arrivent pas à briller, faute d'un temps de présence à l'écran relativement court, ce qui ne permet pas de tirer leur épingle du jeu. Du peu qu'on voit, Cornillac ne se débrouille finalement pas si mal même s'il ne ressemble pas du tout à Astérix, il reste moins braillard que Clavier et semble plus investi que Baer dans le rôle de notre coqueluche de la bande dessinée francophone. Et Depardieu reste égal à lui-même, rien à redire.
Idem pour Alexandre Astier, très en retrait dans le film, reste fidèle à lui-même.

On pourrait finir par trouver quelques autres points positifs, quelques rares jeux de mots qui fonctionnent, quelques séquences ou vannes éparpillées tout le long du long-métrage qui arrivent à nous faire décrocher un sourire ou à nous tenir éveillés, comme le "laisse-moi kiffer la Gaule avec mon mec" et les frasques de Poelvoorde.
Si la première heure du film reste passable, c'est réellement durant la seconde moitié que le film s'écroule sous son manque d'inspiration, réservant les mêmes blagues, les mêmes rebondissements, un film qui fait l'exploit de se réchauffer lui-même.
Commençons par le comique de situation qui est très redondant. Je pense aux personnages qui chutent sans arrêt dans le film. Je suis désolé mais voir quelqu'un tomber ce n'est pas spécialement drôle et c'est un ressort comique usé depuis des lustres. Il y a aussi les tentatives de meurtre de Brutus qui se soldent toujours par un échec, car César dispose toujours d'un goûteur de bain ou d'un goûteur de miroir. La blague est drôle la première fois, attendue la seconde, et agaçante la troisième et la quatrième fois. C'est là qu'on se rend compte que n'est pas Alain Chabat qui veut. Le film tente maladroitement de réitérer la formule qui a fait le succès d'Astérix Mission Cléopâtre sans grand succès, à base de références à la pop-culture et au cinéma (le sabre laser de Star Wars, des films dans lesquels ont joué Alain Delon et de Depardieu).
Parlons des scènes profondément ridicules et gênantes, il y en a un bon nombre je le concède. Je pense à la scène où Obélix souffle les "mots" à Idéfix pour séduire la chienne de la princesse grecque sur le balcon (mon dieu quelle horreur de voir Depardieu aboyé c'est vraiment embarrassant), clin d'œil malvenu à Cyrano de Bergerac. Aussi les scène avec le lutteur romain qui rugit comme un lion (quel malaise) ou encore Brutus qui se dégonfle comme un ballon d'air après avoir pris un produit dopant, scène tout droit sorti d'un mauvais métrage de Chuck Jones. Sans parler des quelques (heureusement) effets spéciaux dégueulés à l'écran.
Les épreuves des Jeux Olympiques sont ennuyantes au possible, sans imagination, sans envergure, vaguement dynamisé par des intermèdes assez gênantes de discussions entre Frank Dubosc et de Francis Lalanne dans les gradins ou bien par les tricheries téléphonées de Brutus.
On peut aussi railler le jeu de certains acteurs, même si ça revient à tirer sur une ambulance. Stéphane Rousseau semble ailleurs pendant tout le film, il n'a aucun relief, ne suscite ni l'adhésion ni l'aversion, comme dirait le chef Etchebest : "tu es un inexistant, tu ne sers à rien".
Son comparse Frank Dubosc qui fait du Frank Dubosc, et qui est donc insupportable. Il en est de même pour José Garcia, qui cabotine, grimace sans arrêt. Jérôme le Banner est effroyable, Jean-Pierre Cassel en Paronamix semble au bord de la dépression le pauvre et joue super mal. Et que dire des caméos des sportifs à la fin du film, Zidane, Mauresmo et Tony Parker... Les 10 dernières minutes sont un supplice. Jamel Debbouze vient spécialement enfoncer le clou avec une succession de sketchs tous plus mauvais les uns que les autres, il est totalement en roue libre.

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