L'ennui de la banlieue

Avis sur Au pays des habitudes

Avatar Flaw 70
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Dans sa quête d'étendre son catalogue de films et d'attirer de plus en plus de cinéastes dans sa toile, c'est les services de Nicole Holofcener que s'est assuré Netflix pour sa nouvelle production. Cinéaste ayant été l'élève de Scorsese et possédant un cinéma pas si éloigné de celui de Woody Allen, Holofcener s'est imposée durant ces 20 dernières années avec peu de films (6 au total) mais à su offrir des comédies dramatiques atypiques, souvent grinçantes et peuplés de personnages délicieusement weirdo. Avec The Land of Steady Habits, elle explore des territoires inconnus pour son cinéma et vient justement rompre ses habitudes. Ici c'est la première fois qu'elle ne livre pas un scénario original et qu'elle s'essaye à l'adaptation de roman, tout comme la première fois qu'elle ne met pas en scène sa collaboratrice de toujours, Catherine Keener, et surtout qu'elle s'intéresse à un protagoniste masculin. Jusqu'à présent, elle avait surtout offert de rafraîchissants portraits de femmes et cette fois, elle raconte l'histoire d'un homme paumé, enfermé dans sa quête de liberté et elle s'offre les services du très grand Ben Mendelsohn.

C'est d'ailleurs la présence de l'acteur qui intrigue le plus, lui qui voit l'opportunité de sortir des rôles de méchants de blockbusters dont semble vouloir l'enfermer Hollywood. Il y a d'ailleurs un côté un peu méta de voir ce personnage rejeté sa vie par peur de l'ennui et essaye d'explorer de nouveaux horizons sans vraiment parvenir à se défaire des anciens. Ben Mendelsohn à une image qui lui colle à la peau mais parvient habilement à s'en défaire, car même si on le voit souvent en méchant ou en creap comme ses sublimes performances dans Animal Kingdom, Una ou encore la série Bloodlines, il sait aussi parfaitement offrir des partitions de type ordinaire. Il était brillant en looser magnifique dans Mississippi Grind (probablement son meilleur rôle au cinéma) et ici il compose un personnage aussi étrange que terriblement attachant. Paumé mais ayant cerné beaucoup de choses à propos de sa vie, il construit un séducteur sur le retour qui peut s'avérer aussi mesquin que profondément sincère. Il offre une performance sans fausse note et rafraîchissante qui fait le sel du film, surtout qu'il est aussi soutenu par un casting de haute tenue.

L'acteur est donc pour beaucoup dans le plaisir qu'on éprouve à voir le film, car ce The Land of Steady Habits parvient moins à convaincre dans ce qu'il propose à côté. L'écriture se perd avec son personnage et hérite de son symptôme à savoir faire du surplace sans arriver à aller de l'avant. Il y a pourtant beaucoup d'idées intéressantes qui en découle, que ce soit dans l'exploration de l'ennui de la banlieue américaine ou encore l'impuissance du personnage qui grandit au fur et à mesure que son cadre implose. La situation se veut ironique, lui qui séduit beaucoup et qui est victime de sa liberté devenant incapable de performer par manque de structure. La liberté pouvant être illusoire et conduire finalement à une prison. Et malgré que l'écriture s'impose par une certaine intelligence et des personnages et dialogues finement composés, il manque une étincelle pour rendre l'ensemble vraiment engageant. Le personnage du jeune Charlie est intéressant, notamment dans la relation qu'il entretient avec le protagoniste mais malheureusement celle-ci est à peine exploré. Et c'est finalement dans son dernier acte lorsque le film tente la carte de l'émotion qu'il loupe le coche car n'arrive jamais à se montrer très juste.

La fin se montre donc un peu plus téléphonée et moins charmante, surtout que le film a un peu trop tendance à faire la pose, aimant parfois trop écouter ses personnages causer. C'est une chose qui se reflète aussi dans la mise en scène de Nicole Holofcener qui tend à un peu trop appuyer ses symboliques. Le tout pourtant encadré dans une forme assez plate et vraiment pas subtile. Pas aidé non plus par une technique assez pauvre, avec sa photographique quelconque et sa musique qui tend au pathos. La cinéaste brille donc plus par son vrai talent de scénariste que celui de réalisatrice mais même si elle tente de rompre avec ses habitudes, elle livre un travail au final peu inspiré et où elle cède bien plus aux clichés et aux stéréotypes.

The Land of Steady Habits est une dramédie sympathique, même vraiment convaincante dans ses deux premiers tiers notamment grâce à la présence d'un excellent casting. Ici, ce sont les acteurs qui font beaucoup pour distiller un plaisir de visionnage, et en ça Ben Mendelsohn est un régal. L'acteur prouve tout son génie et montre un investissement et une profondeur folle peut importe le rôle dans lequel il joue. Même si l'écriture séduit aussi par son intelligence, elle est un peu plus attendue et à une tendance à la pose tandis que la réalisation elle, s'impose par une platitude et un manque de subtilité certain. The Land of Steady Habits est un plaisant divertissement pour un dimanche soir pluvieux qui si on lui en donne la chance, saura trouver son public.

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