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Au revoir l'été par Atom3-029

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Le long-métrage a été présenté dans le cadre d’un festival se concentrant entre autres sur le cinéma « post-Fukushima ». Bien que les liaisons ne soient pas toujours explicitées ou mises au premier plan de l’intrigue – voire même carrément absentes de celle-ci –, l’atmosphère globale de nombreux longs-métrages sortis au cours des trois dernières années paraît pesante, presque étouffante, comme masquée derrière un bonheur apparent. Still the Water, dans son rapport touchant à la nature, s’imposait sans trop de difficultés parmi les œuvres les plus riches de 2014. Au revoir l’été, quant à lui, s’inscrit dans un cadre rural un peu moins paumé mais tout aussi mystique, sans le besoin de parler des arbres ou de la mer mais plutôt au travers des relations instaurées entre les personnages. Ce qui est mystique, c’est cette façon très spirituelle de faire face à cette dérive à grande échelle sans trop en montrer dans les apparences. Par moment, le long-métrage de Koji Fukada semble léger. On aurait tort d’en rester là…

La narration a quelque chose que l’on pourrait rapprocher du cinéma de Hong Sang-soo – que l’on a souvent tendance à lui-même rapprocher de Rohmer : les personnages traînent leur quotidien tragi-comique qui les pousse tantôt à se prendre des râteaux, tantôt à évoquer les conséquences de Fukushima. Taiga et la toujours excellente Fumi Nikaido emportent le long-métrage de par leurs ambitions, contrastant avec les impasses auxquelles ils font face. Du nucléaire, nous passons à des rencontres et des retrouvailles. La catastrophe aurait-elle forcé la main en imposant aux personnages du film – et japonais ? – de reprendre des valeurs humaines authentiques. Si toutes les générations de ce Japon en perdition sont foutues, alors tentons d’en extraire tout de même un semblant de poésie pour finir en beauté. Tel paraît être le message de Koji Fukada qui, de toute façon, aura effectivement partagé son point de vue, lors d’une conférence, selon lequel il ne pensait pas à une issue possible pour son pays, tel qu’il est parti.

Une image sobre, des joies simples, quelques blagues un peu légères… Au revoir l’été ne paie pas de mine ni ne cherche à en mettre plein la vue. Là où il prend tout l’intérêt que n’aurait pas un long-métrage japonais contemporain de facture plus classique, c’est – hormis pour les raisons citées précédemment tels que les partis pris tranchés et contestables mais pertinents – parce qu’à travers tous ses contrastes, cette simplicité apparente ne sert qu’à mettre en valeur la noirceur du propos et ainsi à s’imposer comme un portrait des années 2010 au Japon, un genre d’œuvre générationnelle qu’il serait tout aussi bon de découvrir maintenant que dans quelques décennies, tandis que l’on sera en mesure savoir si oui ou non le film avait raison. Un très beau long-métrage qui plombe par son pessimisme mais brille par sa poésie.

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