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Au revoir là-haut

Avatar Gérard Rocher
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En cette année 1918 l'hiver va bientôt pointer le bout de son nez. Dans les tranchées les soldats sont usés moralement et physiquement et certains refusent de risquer pour la énième fois leur vie sous les tirs incessants de l'ennemi. Parmi ces hommes usés figurent Édouard Péricourt et Albert Maillard tous deux, comme leur bataillon, sous la coupe d'un homme exécrable, le lieutenant d'Aulnay-Pradelle.
Celui-ci applique scrupuleusement les ordres du gouvernement, notamment tirer et mettre à mort les hommes qui refusent de retourner au combat. Afin d'échapper à ce cruel destin Albert repart malgré tout. Il va cependant échapper à la mort grâce à son copain Édouard qui, en tentant de le protéger, va rester défiguré à vie.
Après ce conflit, les deux copains sont devenus inséparables. Ils vont imaginer une monumentale et incroyable escroquerie au nez et à la barbe des hautes autorités de l'État afin de venger les injustices et l'oubli qui les frappe...

Cette guerre devait être courte et la victoire très vite assurée sauf que les premiers arrivés étaient déjà morts lorsque la relève se présenta. Jusqu'aux dernières heures de ce cataclysme la bataille fut infernale, âpre, les soldats finissaient par avancer comme des somnambules pétris par la fatigue, la peur, le vacarme des munitions et les plaintes déchirantes. Lorsque le lieutenant d'Aulnay-Pradelle donnera l'ordre impératif de ressortir de la tranchée aux soldats Édouard Péricourt et Albert Maillard, ceux-ci savent qu'ils vont arriver au bout du chemin de leur vie.
Ces deux-là ont un profil très différent et pourtant Albert, le modeste comptable embourbé dans un trou voit la mort passer de très près mais son équipier Édouard, jeune-homme de bonne famille aux dons artistiques certains, arrivera à le sortir du pire mais sera défiguré par l'éclatement d'un obus.
Lors de l'Armistice ceux qui restent sont heureux et les hauts fonctionnaires de l'État sont satisfaits. La guerre est gagnée et un peuple en liesse les félicite pour leur soit-disant courage. Aulnay-Pradelle obtient le titre qu'il enviait tant, Capitaine. C'est un bonus certain pour son ambition de faire encore grandir son patrimoine.

Cette histoire démontre que les opprimés peuvent avoir leur mot à dire pourvu qu'ils allient le talent à la ruse et au bon sens. Un petit comptable et un artiste homo seront complémentaires et enverront une véritable bombe à retardement en se servant de la population très patriote et des "grands serviteurs" de la France qui ont semé le désespoir autour d'eux pour asseoir leur notoriété.
Le bel artiste est maintenant une gueule cassée. Ses espoirs de séduire et d'avoir une vie agréable est en miette, lui qui avait déjà été rejeté par ses parents. Le petits comptable restera déstabilisé à vie mais la première chose pour eux: se venger de cette société qui les ignore une fois le foyer éteint et faire payer cher l'addition de ces meurtres, très cher, en visant la fausse et relative compatissance des citoyens et des dirigeants. Créer une entreprise bidon de faux monuments aux morts, faire construire au frais de l'État et bien sûr des contribuables une nuée de cimetières et de monuments aux morts puis dévoiler au pays entier ce scandale plus que compromettant pour les auteurs des massacres sera l'apogée de leur vengeance.

Ce film de Albert Dupontel est tiré d'une superbe bande-dessinée de Pierre Lemaitre que je conseille autant que le film à tout le monde. Le réalisateur est là à l'apogée de son œuvre. Ce film est haletant, émouvant tout en dégageant parfois des moments presque jouissifs. Jouissifs lorsque l'on voit la vengeance se dessiner et peut-être sa réussite pour bannir les responsables de ces atrocités. Le film est également très esthétique, notamment grâce à Édouard Péricourt interprété par le très talentueux Nahuel Perez Biscayart, lequel tente de masquer sa "gueule cassée" par des masques absolument merveilleux et parfois burlesques qui lui donneront malgré tout la force d'aller au bout de lui-même et de son destin. Il en est de même de l'interprétation d'Albert Dupontel, Albert Maillard, qui nous offre un personnage revanchard et redevable à jamais du sacrifice de son copain.
Laurent Lafitte, Aulnay-Pradelle, quant à lui, nous gratifie du rôle d'un homme détestable, malhonnête et assassin. Il est très crédible car par son talent et sa persuasion, au-delà de sa prétention excessive, il nous montre un aspect parfois méconnu de cette guerre comme la balle tirée dans le dos des soldats récalcitrants, qui après maints assauts et maints morts atroces sous leurs yeux, refusaient de retourner au combat malgré les menaces des officiers.

Le final vous étonnera certainement et je le trouve grandiose et très symbolique. J'espère vous avoir transmis mon enthousiasme pour cette œuvre magnifique d'après une bande dessinée qui est un bijou. Alors revivez avec beaucoup d'intérêt et d'émotion cette période terrible de notre histoire.

C'était le 2 novembre 1918, à quelques jours de l'Armistice.

Ce film a obtenu :

*César 2018 :

César du meilleur réalisateur pour Albert Dupontel
César de la meilleure adaptation pour Albert Dupontel et Pierre Lemaître
César des meilleurs décors pour Pierre Quefféléan
César des meilleurs costumes pour Mimi Lempicka
César de la meilleure photographie pour Vincent Mathias

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