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Ava par Angie Vinty

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J’ai rarement pris autant de plaisir à détester un personnage ; Ava est agaçante. Sa voix fluette et languissante est exaspérante, sa moue boudeuse devient rapidement irritante. On a envie de la secouer, de la faire parler plus vite, de la dérider, de percer le mystère de sa bulle et de ses yeux insondables.

Et pourtant Ava est aussi touchante, bête noire en marge – plutôt dans une posture de rejet qu’elle-même rejetée. Haineuse mais calme, sombre mais sensuelle, n’explosant jamais vraiment.
Ce film est beau, par sa plastique d’abord – la pellicule utilisée opère ici la quasi-totalité de la magie-, mais aussi par les thèmes abordés. On lui reproche un manque de profondeur, d’avoir voulu embrasser trop de sujets – qui auraient pu à eux-seuls faire l’objet de films individuels – mais cela me semble au contraire une force (on pourrait d'ailleurs aussi y voir une sorte de métaphore du regard, comme une façon de tout balayer et de tout voir, très vite, même si la thématique oculaire semble ne plus toujours être au centre de l'histoire).

Tout ici se révèle en contraste. Entre le jour brut et sauvage et la nuit noire, le film opère une lente transition. Des couleurs vives on bascule progressivement dans des clair-obscur et des tons monochromes de plus en plus marqués – de même que le film se scinde en deux parties, l’une calme et languissante, l’autre de l’acabit d’une épopée à la Bonnie and Clyde, au-delà des stéréotypes raciaux, respirant la jeunesse et la première fois – incroyablement brouillon mais tout de même jouissif.

Tout n’est pas crédible, mais tout y est vibrant. Les premiers émois, la découverte du corps – un corps de fiction jeune mais pourtant mature, Noée Abita qui incarne Ava étant en réalité beaucoup plus âgée que les treize ans annoncés -, les relations adultes, la solitude.

Cette solitude est, je crois, ce qui m’a le plus touché. Ava ne parle pas comme une enfant normale, ne réagit pas non plus comme une enfant normale. Elle ne recherche pas la compagnie des autres et semble à peine se comprendre ; si on peut reprocher un manque de profondeur apparent et un personnage décevant, j’ai trouvé au contraire très intéressant ces silences et ces plans fixes, tout en intensité – où la certitude que parfois les silences et regards disent tellement plus que de longs dialogues. C’est beau et dramatique à la fois. Triste aussi, mais pas trop. On est jamais vraiment triste POUR Ava, bien que sa vue baisse inexorablement. On se dit même parfois que c’est mérité, que la méchanceté et l’apathie se payent.

Peu convaincue par le cinéma français ces dernières années – même si Les Combattants et Grave m’ont fait ressentir un nouvel engouement – je ne me suis lancée sans aprioris ni attentes. Et ce visionnage m’a apporté la même touche sucrée et ensoleillée que le délicieux John From – du réalisateur portugais Joao Nicolau - vu l’année dernière, presque à la même période. Encore une histoire d’apprentissage, d’adolescence. Mais toujours un traitement différent, des touches inédites (ici, la scène que tout le monde retiendra est bien évidemment la folle course- poursuite des adolescents-indigènes après le peuple de la plage, violemment sorti de sa torpeur – et certes tourné en ridicule, mais pour autant pas méprisé).

Ce genre de films semble en faire beaucoup pour finalement pas grand-chose et se voit souvent dénigré lorsqu’ on pense n’y voir qu’une lubie de jeunes réalisateurs riches et oisifs. Il y a malgré tout beaucoup de choses à retenir d’Ava, dont une esthétique indubitablement travaillée et délicate, jusque dans ses contrastes les plus violents – notamment une scène de cauchemar particulièrement psychédélique et délirante, seule fenêtre ouverte sur l’intériorité d’Ava.

Enfin… des défauts plus qu’il n’en faut, mais un premier film qui mérite un visionnage simple et attentif, en mettant de côté le regard acerbe d’aujourd’hui qui pourrait avoir oublié la stupidité, la méchanceté (parfois) et le flou de l’état pré-pubère !

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