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Héros et Tathanos

Avis sur Avengers : Endgame

Avatar guyness
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La scène est tellement à la limite du cartoonesque qu'on peut ne pas y prêter attention. Pourtant, la phrase la plus importante des 22 films du MCU a sans doute été prononcée par Gaea, mère de Thor, dans Endgame:

"On reconnait un héros à la façon dont il se rapproche de ce qu'il
devrait être"

Évidemment, mon fils de 11 ans a peut-être pensé dans la seconde suivante qu'il s'agissait pour le héros de retrouver une ligne corporelle correspondante à celle qu'on attend d'un dieu d'Asgard. La couche de lecture est multiple, on s'en doute, bien malin celui qui saura à qui pensait le scénariste au moment de cette réplique: à la difficulté d'incarner un héros en général, à celle de répondre aux attentes des spectateurs, ou, finalement, à eux-mêmes, coincés entre le marteau cosmique des exigences des fans, et la double enclume universelle de la qualité et de la rentabilité.
Nous aurons peut-être une ébauche de réponse à la fin de la liste suivante de nos héros, liste 100% spolier évidemment.

Thor: un dieu peut-il perdre 30 kilos en une scène ?
Commençons donc avec le fils d'Odin. Même si elle ne fera pas rire tous les nerds, la découverte de Thor ventripotent affalé sur son canapé avec ses potes dont un est une véritable larve amuse, d'abord. Mais derrière ce gag convenable, comment enchainer ? En lui faisant reprendre sa forme initiale (enfin, une de ses formes initiales) en deux trois scènes rapidement expédiées, ou en lui laissant un embonpoint disgracieux jusqu'au combat final, au risque de faire perdre le personnage ce qui lui restait de charisme et d'aura ? Pour le coup, je ne suis pas sûr que l'option choisie soit la meilleure pour la prospérité, même si les plus jeunes spectateurs ont semble-t-il apprécié.
Etrangement parti faire le messager de l'espace avec ses nouveaux copains gardiens. Désormais, Thor est facteur.

Iron Man: aurait-il gagné au jeu "la tête et les jambes" ?
On insiste sans doute beaucoup trop sur les exploits physiques de Tony Stark en armure. Ce faisant, on en oublie ses facultés mentales, surpassant largement celles d'un Einstein et d'un Hawkins réunis. Pensez qu'il suffit qu'on lui dise que le voyage dans le temps est possible pour que le gars trouve le truc en une seule soirée avec sa fille et sa femme, autour d'un risotto crevettes ail citron. Mais les génies ne sont pas infaillibles: ils peuvent oublier de dire à leur gamine d'aller se laver les dents en les envoyant au lit juste après une glace à la fraise. S'il s'agit de sauver l'humanité pour qu'elle se réveille les dents cariées, y a de quoi faire redescendre le bonhomme de son piédestal. Un héros non certifié Oral-B, en tout cas.
L'arc narratif Iron Man n'est plus. Dommage, c'était un peu mon préféré, souvenir de ma jeunesse. Je vais le regretter, Tony, c't arc.

Captain Marvel: devra-t-on lui trouver rapidement sa cryptonite ?
C'est une femme et elle est badass. La dernière recrue de l'Avenger team ne manque pas de potentiel et de charme (même si elle dégoté le coiffeur le plus douteux de la galaxie). Mais il faudra vite, à l'instar de son collègue de boulot d'un autre univers Superman, trouver la faille de la donzelle: dans cet épique dénouement d'une saga vieille de 11 ans, elle débarque à chaque fois que c'est nécessaire pour sauver/ratatiner tout le monde, et inverser heureusement le cours des évènements d'un simple et gracieux mouvement d'épaule. Pour échelonner les futurs méchants, et pour que les héros existants aient tous une chance de participer, faudra vite lui trouvez une faiblesse. Nous devons parler de tout ça, Larson. Bree, deux mots.

Captain America: le cul de l'Amérique était-il un peu trop coincé ?
La blagounette revient au moins une fois de trop dans le film pour être passée sous silence. Oui, le Cap est un peu légaliste et coinços, et parvient à faire rire une fois tous les trois films de la franchise, ce qui est peu et beaucoup à la fois. Chris Evans avait eu le malheur d'annoncer le premier que sa participation au MCU n'était pas éternelle et qu'il était content de passer à autre chose. Lui donner tort au cours de la Civil War parce qu'hydra a secrètement pris les rennes du vrai pouvoir était un sale coup scénaristique, lâchant la bride à tous les mavericks de la planète. S'en sortir par ses propres moyens sans recourir à l'état est un bad message légué par la licence Marvel. J'attendais mieux de toi, Captain. Beau cul, bad ass. Captain America, si vil. Ou art ?

Black Widow: est-il raisonnable de se préparer un sandwich au beurre de cacahouète au moment d'un conf call importante ?
Non, si on en croit le plongeon final de la déprécive en mâle d'amour.
Mais alors, qui était son réel crush ? Le géant vert adoucit ou l'archer soupe-au-lait père de famille ? Natasha Romanoff a-t-elle jamais su sur quel pied danser ? Du coup, c'est un peu triste, mais sa disparition passe un peu par pertes et bénéfices pour cause de motif peu clair au mauvais timing. Une disparition un peu à l'image de sa place dans la team, jamais tout à fait clair, indiscutable ou, pire, mémorable.
Le fait est pourtant là: ils n'existeront plus, ceux qu'alertent Johansson.

Hulk: changer continuellement de forme est-il raisonnable ou même lisible ?
Il fut d'abord homme, puis bête monstrueuse. Il ne cessa de passer de l'un à l'autre avant de ne devenir que l'un et que l'autre. La suite logique devait donc l'amener à être les deux en même temps, et même si cet état a existé dans les comics précédant les films Disneysiens, pas sûr encore le choix soit ici le plus judicieux. Car comme Thor, Hulk est réduit à un ersatz de lui-même, réfléchissant passivement et castagnant mollement les voitures. Un peu triste, quand on se souvient quand l'ex incroyable faisait si bien le coup de poing.
Bref, suivre l'évolution de la bébête verte est devenue ardu. L'accroit est la, Banner

Hawkeye: être un vigilante pur et dur permet-il une rédemption low-coast ?
On l'apprend rapidement, Clint Barton dégoupille sévèrement pendant la période de déprime Avengerienne de 5 ans. Certes, ses cibles sont au coeur des bas-fonds des différentes pègres internationales, mais il n'empêche, Hawkeye est passé de justicier de la planète au grand coeur à milicien solitaire poursuivant une vengeance froide et personnelle. La rédemption est expédiée en deux coups de spatules négligées sur un mur mal monté, et le serial killer redevient un papa-poule comme qui rigole.
En tout cas, ça en fait le héros finalement le plus logiquement humain, et en ce sens le plus proche des célèbres Watchmen.
Hawk-eye watch.

Rocket, War Machine, Ant-man: Faire-valoir, est-ce une bonne situation ?
On le sait: il n'y pas de bonnes ou de mauvaise situation. Pourtant, se faire traiter de rat (ou raton) la moitié du film, déclencher des "Mmmmmm..!" énamourés par une partie de la salle dès qu'on fait un câlin, ou lâcher des punchlines un peu téléphonées à chaque dialogue n'est sans doute pas complètement épanouissant. Heureusement, la créature est numérique, et Bradley pas colérique. James Rhodes, quand à lui, restera à tout jamais cantonné au rôle du bon pote aux moyens technos équivalents à ceux du héros mais sans jamais prendre le devant de la scène. Même frustration pour Scott Lang qui semble pouvoir faire la pluie et le beau temps à chaque baston mais qui contente de faire des blagues de caca de nouveau-né (ou de vieux ?) pour marquer les esprits. Le rôle de side-kick est bien ingrat, je vous le dis. Quand on ira voir les prochains films qui leur seront dédiés, l'impression de se faire un film de supers sous-héros. Quand les costumes d'Avengers se transforment en sous-vêtements. Marvel devenant marcel.

A notre question initiale, se dessine donc une réponse finalement un poil amère: on reconnait un héros Marvel à la façon dont il ne prend pas foncièrement partie. Ce manque d'enjeu viscéral fait gagner à la franchise en humour badin et blagues potaches ce qu'elle perd en intensité dramatique, là où, précisément, les comics réussissaient parfois, ce qui n'est pas le moindre des paradoxes des productions de la firme aux grandes oreilles. La façon dont les scénaristes ne parviennent pas à se débarrasser du paradoxe des voyages spatio-temporels tout en en dénonçant les impasses précédentes célèbres est révélatrice de l'ambition défaillante de l'ensemble du projet.
Malgré ces lacunes évidentes, cependant, le cycle qui se clôt parvient à mystérieusement conserver un capital sympathie intact (capital dont DC est entièrement dépourvu, et que Star Wars a totalement dilapidé auprès d'une partie de ses spectateurs) qui ne nous fait pas regretter la séance. L'univers cinématographique existe, il est branlant et disgracieux, parfois lassant et décevant, mais nous sommes suffisamment liés à lui pour continuer nous laisser tenter à chaque nouveau film. Ce qui n'est pas un mince exploit.
Peut-être le plus grand de la saga. Comme si cette dernière nous disait: "de toutes façons, c'est moi ou un arbre".

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