[Remarque préliminaire : cette critique est criblée de spoilers, comme on dit en globish. De toute façon, une critique sans spoiler, c'est un peu comme une bière sans alcool : ce n'est pas forcément dégueu, mais ce n'est certainement pas nécessaire.]
L’auteur de ces lignes n’est pas ce qu’on appelle un Marvel fanboy (pour l’explication de cette expression, se référer au très respecté urbandictionary.com). De la petite vingtaine de films qu’a sorti le jeune studio depuis 2008, il en a vraiment aimé une poignée : les indétrônables premiers Iron Man et Avengers, Le Soldat de l'Hiver, Les Gardiens de la galaxie Vol. 1 et Vol. 2, et à sa grande surprise, Black Panther. Surprise ? Surprise. Parce qu'Hollywood l'emmerde royalement, depuis dix bonnes années, bruyant théâtre d'une uniformisation rampante où le fond n'est jamais à la hauteur de la forme. Que le cynique en lui aurait aimé que cet Avengers : Infinity War (AIW) soit raté ! Ça lui aurait donné une nouvelle occasion de se plaindre de ce monde pourri. En étant un pudding hystérique à la Age of Ultron, par exemple, ou une farce grotesque à la Thor Ragnarok. Les choses auraient été tellement plus simples. Sauf qu'AIW ne l'est pas, raté. Sans être à la hauteur de ce modèle de divertissement qu'était le premier opus, AIW, plus gros films de super-héros de l’histoire, parvient contre toute attente à se montrer un minimum digne... des attentes. Un minimum : au jeu des plus et des moins, les moins ne manquent pas. Mais que voulez-vous ? Ils finiront submergés par les plus.
Avant de se livrer à ce jeu, il est une chose à établir : Avengers : Infinity Wars n’est PAS un film pour néophytes. Il a été conçu pour un public qui suit l’aventure MCU depuis le premier Iron Man, il y dix ans, et a tout au plus loupé une maigre poignée de ses films, les dispensables étant, dans l’ordre chronologique, L’Incroyable Hulk (dispensable dans tous les sens du terme...), Iron Man 2, Thor : Le Monde des ténèbres, Ant-Man, et Les Gardiens de la Galaxie Vol. 2, soit cinq sur dix-huit. Se plaindre, comme l'ont fait certains après avoir vu le film, de ne pas s’être senti concerné par l’action, de ne pas avoir été touché par les disparitions, et de ne pas avoir tout saisi, alors qu’on a zappé une bonne partie des indispensables, revient à se plaindre de ne pas avoir accroché aux quatrièmes saisons de Lost et Fringe alors qu’on n'a pas vu les précédentes. Quand les gens présentent AIW comme un film « attendu depuis dix ans », ce n’est pas une façon de parler. Ce film est à la fois une suite et une somme. C'est peut-être plus qu'un film, étant trop complexe pour suivre la structure en trois actes classique. En tout cas, c’est autant un événement qu’un film. Précisons au passage que c'est un peu pourquoi la présente critique est aussi longue, se voyant davantage comme une revue. Que l’on ait apprécié AIW ou non, les choses à dire ou à écrire à son sujet ne manquent certainement pas, à partir du moment où l’on prend un minimum à cœur ce qui n'est pourtant qu'une franchise commerciale pour adolescents !
LES PLUS :
- AIW est un accomplissement en ce qu’il a réussi à faire rentrer dix ans d’intrigues variées dans un seul et même film sans en trahir une seule, et en conservant l’esprit des meilleurs Marvel. On était en droit d'attendre un sacré bazar d'une histoire dotée de vingt-deux personnages répartis simultanément de part et d'autre de la galaxie, le tout bien secoué comme il faut, et pourtant, son récit est dans l'ensemble fluide, notamment grâce à l’excellente idée de diviser les tâches : exit les Avengers soudés qui affrontaient ensemble l’ennemi dans une unité de lieu, place à une atomisation du groupe en poignées de super-héros réunis par le hasard et éparpillés façon puzzle, comme dirait l'autre. Tout s’articule très bien. Nous y en a déjà être contents.
- Les cinq dernières minutes du film (scène post-générique non-comprise) déchirent, évacuons d'entrée de jeu ce sujet. Elles sont d'une intensité pour ainsi dire surprenante, portées par ce que le critique de Télérama a très justement qualifié de « ressaisissement tragique » au bout d'un spectacle certes plus sombre que le Marvel moyen, mais qui ne laissait certainement pas entrevoir... ça. On a beau savoir qu’au moins une bonne partie des disparus repartiront comme en 40 dans Avengers 4 (nous y reviendrons en dernière partie), ça marche, et même au second visionnage. Bien sûr, nous n'aurions pas été contre un traitement visuel moins romantique et plus cruel de ces disparitions, comme un simple et soudain effacement, ni contre une certaine logique présidant au phénomène (pourquoi les disparus ne disparaissent-ils pas au même moment… ?), mais c’est négligeable.
- Si AIW a soigné quelque chose, c’est son prologue : le pop-corneur béat pouvait difficilement espérer meilleure entrée en matière qu’une scène où a) Loki y passe et b) Hulk se prend une branlée à en sortir traumatisé, précédé, en guise d’accompagnement, de l’exécution sommaire de Heimdall (quand bien même ce personnage n'aura jamais passionné les foules, faute de développement). Peut-être n'y a-t-il pas mieux, en la matière, qu’un début aux airs de fin ?
- AIW est un spectacle d’action. Il l’est d’autant plus qu’il ne perd même pas le temps de présenter ses personnages. Il fonce dans le tas, tête baissée, un peu comme son géant vert, en réfléchissant quand même un peu plus au préalable. Du coup, on a beau aimer les personnages et leurs interprètes, adhérer à l’esprit et à l’ambiance, apprécier l’humour, et être marqué à vie par les cinq dernières minutes, un pareil film a impérativement besoin de scènes d’action réussies. Et dans ce domaine, on pouvait compter sur les frères Russo, révélés par le génialissime double-final de la saison 2 de Community (où un concours de paintball était traité comme un film de John Woo). Leur approche très Jason Bourne de l’action avait fait des étincelles dans Le Soldat de l’hiver (caméra embarquée et montage serré), et bien qu’Infinity War se déroule dans un contexte moins propice à du « simple » close-combat, leur utilisation intelligente de la « shaky camera » est d’un grand service, notamment lors des scènes de combat entre les super-héros et Thanos, le dieu balanceur de tartes. Par ailleurs, l’écriture des scènes d’action est globalement très satisfaisante, de la baston à New York où sont exploités avec inventivité la persévérance égocentrique de Stark, les tours de passe-passe de Doctor Strange et les pouvoirs télékinétiques du méchant Maw, à la lutte désespérée du groupe de Stark et des Gardiens pour ôter le gant de Thanos, lorsqu'ils sont sur Titan, en passant par les pouvoirs humainement inconcevables de ce dernier.
- Les effets spéciaux d’AIW sont excellents. Oui, oui, pour un film à 300 millions de dollars de budget, sans déconner. Hollywood nous a tellement habitués à des superprods de ce genre, criblées d'effets spéciaux millionnaires, que le public actuel est difficilement impressionnable, c'est naturel. Sauf que ce n’est pas forcément mérité. Les grosses productions américaines ne se valent pas toutes dans ce domaine. Le mois dernier, par exemple, le catastrophique Pacific Rim Uprising nous a piqué les yeux, malgré son budget à 150 millions. Et même Black Panther a dû convaincre autrement son public, avec les airs de jeu vidéo de certaines de ses scènes d'action. Ne nous comportons pas comme des gamins pourri gâtés.
- Les Gardiens sont TOUJOURS drôles. Si l’humour d'AIW est loin de fonctionner à tous les coups (voir le cas Peter Parker au chapitre des moins, plus bas), eux, en revanche, sont une garantie de réjouissances, menées par un Chris Pratt toujours impeccable en héros d’aventures (rendra-t-il regardable Jurassic World 2 ?), un Bradley Cooper hilarant dans son costume numérique de raton-laveur toujours plus expressif, et un Dave Bautista unique en son genre. C'est bien simple, vous aimez leurs films dédiés, vous les aimerez ici.
- À côté, Thor redevient un minimum sérieux, lui, et ça fait du bien. C’est ce qui va le mieux à Chris Hemsworth, paquet de muscle dont les talents d’acteur ont fait des progrès considérables depuis le premier (mauvais) Thor. Après tout, ça se tient plutôt bien, quand on se rappelle ce que son personnage a perdu. C'est même l'objet d'une blague mi-figue, mi-raisin.
- La Stormbreaker de Thor a limite plus de gueule que son marteau. D’abord parce que c’est une hache, et une hache, ça a plus de gueule qu’un marteau en règle générale, parce qu'on peut découper des têtes avec. Ensuite parce qu’au moins, on a assisté à sa création. Il y a comme qui dirait une connexion.
- L’équipe que forment Thor et Rocket cartonne (pour finir sur le dieu du Tonnerre). Ces deux-là mériteraient presque leur film dédié.
- Pour finir sur Thor, son arrivée triomphante en pleine bataille a beau être téléphonée, elle a quand même une sacrée gueule. On regrette presque de ne pas avoir vu le film dans une salle de cinéma américain, pour l'ambiance hystérique.
- En parlant d’humour : pas d'overdose de blagues. Nous avons beaucoup écrit, par le passé, sur le concept de « bathos » (du grec ancien « báthos », profondeur) qui désigne l’échec plutôt ou moins lamentable d’une œuvre d’art à inspirer à son public les émotions recherchées, généralement à cause d’une baisse inattendue d’intensité (anticlimax), d’une certaine immaturité la conduisant à s’agrémenter d’humour là où ce n’était pas nécessaire ni désiré, ou encore d’une grandiloquence inappropriée confinant au ridicule. Ce terme (devenu) anglais nous a été appris par l’auteur d’une vidéo YT dédiée aux qualités d’écriture de Wonder Woman, dans laquelle il arguait que WW avait au moins l’avantage de ne pas tout foutre en l’air avec des blagues à trois roubles comme dans la moyenne des productions Marvel. Rien ne pouvait sonner plus vrai à nos oreilles : depuis le fatigant Iron Man 3, la blagounette systématique présentait à nos yeux un danger de mort pour les productions Marvel, le cancer du « bathos » ayant un taux de mortalité de 60%. Heureusement, AIW évite cet écueil, de justesse, mais il l’évite, moins sombre que les films DC de Zack Snyder, mais davantage que les films Marvel (ou que le film DC de Joss Whedon, si vous voyez ce que…). Quand Thor et Rocket ont leur petite conversation intime, ou quand Quill apprend la mort de Gamora, aucune blague ne vient ruiner l’ambiance. Joie.
- L’introduction de Captain America est soignée – à défaut de la suite, en ce qui le concerne. Espérons un meilleur usage du personnage dans Avengers 4.
- Scarlet Witch vole la vedette à Scarlett Johansson, les frères Russo ayant bien compris que cette dernière ne sert plus à rien (voir le point qui lui est dédié dans les moins) : l’épatante Elizabeth Olsen, désormais à l'aise dans le rôle, assure le show avec charisme et une certaine présence physique, forte, il faut dire, de la seule tignasse rousse du film – comme si cette couleur portait bonheur aux super-héroïnes Marvel. Et peu importe qu’elle ait magiquement perdu son accent russe, ce n’est pas plus mal.
- Hulk est un peu aux abonnés absents, dans AIW... et c'est très bien comme ça, d'abord parce qu'il servait un peu trop de solution à tout dans les précédents films (quand il n'était pas un boulet, comme au début d'Age of Ultron...), ensuite parce que ça donne plus de temps d’antenne à Bruce Banner, donc Mark Ruffalo (qu’on ne voyait justement pas des masses dans Age of Ultron, par exemple), et pour finir, parce que c’est complètement fondé : en refusant catégoriquement de réémerger tant Thanos lui a foutu les jetons, le géant vert censément indestructible contribue à établir combien cet antagoniste-ci est dangereux. Ne cherchez pas ailleurs, les potos : celui-là n'est pas juste un boss de fin de niveau.
- Thanos, en parlant de lui. Thanos, Thanos, Thanos. Avait-on déjà vu méchant de Marvel que l’on puisse présenter comme un personnage principal ? Parce que c'est ce qu'il est, dans AIW : le seul à bénéficier d’un cheminement dramatique complet : il a un arc, un objet et un objectif, il doute, lutte, surmonte ses doutes, puis les obstacles qui se trouvent sur son chemin, et à la fin, gagne la partie. On l'annonçait comme le meilleur méchant des productions Marvel à ce jour : « on » avait probablement raison. Okay, pas que ça veuille dire grand-chose : des dix-huit prods Marvel, combien d'antagonistes retient-on ? Loki, bien qu’il s’agisse plus d’un joker... le Vautour de Homecoming... et le Killmonger de Black Panther, les autres étant généralement des clichés insipides (le Laufey de Thor…), ou au mieux, des pétards mouillés (l’Ultron d’Age of Ultron, le Malekith de Doctor Strange...). Mais Thanos n’a pas besoin d’être comparé aux autres méchants du studio pour vous calmer votre race. Il a tout ce qu’il faut. D’abord, une gueule pas exactement de porte-bonheur, qui bénéficie d’un travail graphique ahurissant tant le personnage suinte la réalité jusque dans le détail du moindre gros plans. Ensuite, le charisme d’un interprète en pleine possession de ses moyens d’intimidation : on ne pensait pas que Josh Brolin deviendrait un jour une si grosse pointure dans la machinerie hollywoodienne, mais il le mérite. Pour finir… une écriture de qualité, c’est-à-dire des motivations qui lui épargnent la malédiction du méchant-gros con qui veut juste tout faire sauter, dont sa putain de planète, parce qu’elle est remplie de gentils et que lui, il est super méchant. On dit souvent qu’un méchant réussi doit se voir comme le gentil de son histoire, jamais autrement (à l’exception donc de malades du type tueur en série ou violeur pédophile, naturlish). La remarque nous était revenue en tête il y a deux mois, à l’occasion de la sortie de Black Panther, dont le Killmonger était animé d’intentions qui faisaient sens, son contentieux avec le héros n’étant au final qu’une affaire d’idées politiques ou presque. À cet égard, Thanos est une réussite encore plus franche : quel spectateur un minimum conscient des promesses de cataclysmes que porte en elle la surpopulation mondiale serait complètement insensible à son plan, en dépit de sa radicale radicalité ? Le contre-argument moral est crucial, mais c’est tout ce qu’il est : moral. Aussi, quand certains super-héros qualifient Thanos de fou, ils se plantent. Thanos, sans être un type recommandable pour une soirée Cluedo, n’est pas le magnat mégalo d’un mauvais James Bond, qui va assister à la destruction d’une ville derrière son monocle en sirotant son verre de chianti, ricanant d’un air machiavélique, et caressant son chat aussi bâtard que lui. Il n’aspire même pas à obtenir le pouvoir de décider qui vivra et qui mourra dans son grand ménage de printemps interstellaire, laissant le destin, ou l’univers, choisir, sans discrimination. Le contre-argument suggérant qu’il aurait pu, avec les extraordinaires pouvoirs de la Pierre d’Infinité, doubler l’univers de taille ou doubler ses ressources naturelles plutôt que d'en massacrer la moitié des occupants, quoiqu'intéressant, ne tiendrait que si ces pouvoirs étaient illimités, or, rien ne l’indique. Thanos est un rationnel. Et à la fin, une fois son œuvre accomplie, il fait ce qu’il a dit qu’il ferait : il se pose dans sa petite cabine, et admire le soleil couchant (ce qui le place donc sur Terre, non ?), l'air satisfait du dieu qui a fait son oeuvre. Tous les tyrans génocidaires n’ont pas ce niveau d’intégrité. Pour finir, le film parvient, en quelques scènes, à l’« humaniser » un minimum via sa relation avec Gamora (voir ci-dessous). Alors, on ne peut pas qualifier Thanos de réussite intégrale car le personnage a ses petits loupés scénaristiques que l'on traitera plus bas, mais voici quand même un méchant dont le film n’a pas eu besoin de cacher la médiocrité sous une avalanche de boum-boum abrutissant, et qui, au final, a dépassé de TRÈS loin nos attentes. Merci aux frères Russo et à leurs scénaristes d'avoir pris toute cette partie au sérieux.
- La relation de Thanos et sa « fille » Gamora, incarnée avec une belle conviction par Zoe Saldana, est une des grandes surprises du film. Le film établit leur relation, jusqu'ici effleurée, en une poignée de scènes étonnamment tendues à l'occasion desquelles l'actrice livre sans problème la performance la plus émotionnelle du film (auxquelles s'ajoutent le flashback très sombre avec Gamora gamine). Désolé, les cyniques, mais non, la scène où il la sacrifice ne laisse pas de marbre, car elle a un vrai pois dramatique. L’émotion passe si bien, jusque dans la douloureuse expression qui se dessine sur le le visage de Thanos, que l’on aurait aimé qu’il hésite un peu plus longtemps avant de la jeter dans le vide, mais cela ne fait qu’illustrer la radicalité de son engagement, ou plus simplement, son fanatisme. Dommage que Gamora ait dit à Quill, dans le premier Gardiens de la Galaxie, que Thanos l’avait torturée étant gamine, car ce n’est pas du tout ce qui ressort d’AIW...
- Ebony Maw, un des membres de l’Ordre Noir qui sert Thanos jusqu’à la mort, fait une excellente mise en bouche. Il contribue à poser la claire menace que représente Thanos avec son attitude nonchalante d’espèce clairement supérieure qui en a vu d’autres, posée dès la remarque qu’il fait quand Hulk s'en prend à Thanos (« let him have his fun »). Les frères Russo se sont bien amusés avec lui et ses pouvoirs télékinétiques, et ce plaisir est communicatif (Maw scindant en deux un arbre projeté dans sa direction plutôt que de se déplacer pour l’éviter). On regrettera sa mort un peu cheap, qui ne ruinera cependant pas rétrospectivement l’effet du personnage. Ils auraient juste dû le garder plus longtemps.
- L’identité visuelle d’AIW est conventionnelle, c’est-à-dire qu’elle est grosso modo celle du premier Avengers, qui se reproduit dans quasiment toutes les productions Marvel. C'est problématique avec un Thor, un Doctor Strange, ou encore un Homecoming, car ces films ayant pour héros des personnages très différents auraient dû bénéficier de partis pris esthétiques un minimum originaux (d’aucune répondront que ça se passe dans le même monde, d’où la nécessité de cohérence, et bla-bla-bla, rien à cirer), mais ça ne l’est pas avec AIW pour l'élémentaire raison qu'il est la SOMME de tous ces films. Certes, ce n’est pas exactement un point positif, c’est ni l’un, ni l’autre, mais on décide de voir le verre à moitié plein, ce coup-ci.
- La sempiternelle menace de fin du monde fait un minimum d’effet, pour une fois. Certes, quelqu'un aurait pu dire aux héros que non, l’univers n’est en rien menacé, puisqu'il ne se confond pas des masses avec la moitié des créatures insignifiantes qui le peuplent, d'autant plus qu'il ne s'agit ici que d'en supprimer la moitié, mais le fait est que de toutes les menaces d'anéantissement à grande échelle proférées par des vilains pas beau d'adaptations de comics, celle de Thanos est celle qui combine le mieux crédibilité (dans le sens où il est possible que les scénaristes la mettent à exécution) et gravité.
- James Rhodes envoyant ses missiles air-sol atomiser un parterre de bébêtes de l'espace, c’est quand même fun à voir. Le personnage est peut-être médiocre, et Don Cheadle a beau toujours faire l'effet d'un voleur de rôle, il n’en a pas moins son petit moment de gloire en incarnant une amusante synthèse de l’armée U.S. qui rappelle, dans cette scène, les images d’explosions de napalm de la guerre du Vietnam.
- Groot a un arc narratif ! On s’attendait à ce qu’il soit réduit à un distrayant ressort comique de quinze secondes ; au final, il sort le nez de son jeu vidéo, prend un risque, et sauve la mise en achevant la Stormbreaker. Rien que ça. Bon, en fait, il ne sauve rien du tout, puisque Thor ne sauve pas grand-chose avec sa Stormbreaker, puisque Thanos gagne quand même à la fin… mais ça servira par la suite, on en est sûr. Et puis, c’est l’intention qui compte.
- Drax se croyant invisible est un grand moment de n’importe quoi humoristique. Ça sort de nulle part, et en même temps, c’est pile à sa place.
- « All words are made up. »
- « We take names and kick ass ! »
- « Well, that's what being killed means. »
- « I am Groot. » « I am Steve Rogers. »
- « motherf… ! » : le « f... » a beau n'engager à rien, on peut quand même s'étonner que Disney ait laissé passer ça.
LES MOINS :
- Tout d’abord : hey, Hawkeye ! Fuck you !
Maintenant que c'est évacué...
- Tout ne se vaut pas, dans AIW. Nous avons vanté la lisibilité et l’articulation du récit, mais ne nous leurrons pas, faire rentrer vingt-deux super-héros dans un seul film, fusse-t-il de 2h30 bien tassées, allait forcément causer des dommages collatéraux, côté intrigues et surtout personnages. Oui, l’idée de diviser l’ensemble en petits groupes qui finiront par se rejoindre vers la fin était la bonne. Mais il aurait fallu quatre heures pour qu’aucun personnage n’ait l’air de cachetonner. Si Stark, Thor, Banner, Strange, Peter Parker, Quill, Gamora, Wanda Maximoff et Rocket émergent du lot, Natasha (nous reviendrons sur la débandade ScarJo plus bas), Rogers, Rhodes, T’Challa et Bucky Barnes font de la figuration, au mieux du tourisme. Nous avons établi qu’AIW n’est pas un film pour néophytes et pouvait donc se permettre de ne pas perdre de temps à introduire tous ces personnages, mais ça ne l’autorisait pas à les traiter n’importe comment par la suite.
- AIW ne pouvait PAS ne PAS être un spectacle inégal. Tous les groupes mentionnés ci-dessus ne se valent pas : si Stark, Strange et son sidekick Wong forment un trio charismatique quand l’action démarre à New York, ça se dégrade sérieusement lorsque les deux premiers se retrouvent propulsés dans l’espace avec un Peter Parker qui ne devrait faire rire que sa mère et, au mieux, le gros nerd asiat' de sa classe. Si les Gardiens fonctionnent du tonnerre avec Thor (ho ho...), l’opposition prévisible Stark/Quill, elle, fait plouf. Si Scarlet Witch assure le show dans sa défense de Vision, le gang de Captain America en cavale manque sérieusement de consistance. Quand on se retrouve à l'ex-QG des Avengers (si c'est bien ça), où Rhodes accueille Rogers & Cie, qu'attend-on d'autre que de retourner fissa dans l'espace avec le dieu de la foudre et le raton-laveur cleptomane ?
- Black Widow est complètement à la ramasse. Concernant Scar-Jo, l’auteur de ces lignes est généralement d’un avis atrocement convenu (qu'indique le simple fait qu'il la nomme Scar-Jo) : la cousine a tout ce qu’il faut, de la plastique harmonieuse et plantureuse à la voix d’une sensualité suffisamment parfaite pour servir de copine vocale aux hommes esseulés du futur, en passant par la capacité à livrer des performances très physiques, et… le talent, naturellement. Il lui aura fallu AU MOINS ÇA pour nous rendre tolérables une comédie aussi catastrophiquement mauvaise que # Pire soirée, une Kusanagi aussi peu inspirée que celle du GITS amerloque, ou encore une aberration cérébrale comme Lucy (nous rappelant au passage qu’elle n’a pas été au centre d’un VRAI bon film depuis sa grande année 2014 avec Under the skin et Her… reprend-toi, Scar-Jo !). Mais même elle ne pouvait sauver du naufrage la Black Widow d’AIW, insignifiante du début à la fin du spectacle. Tout d’abord, le ou la responsable de sa couleur mérite d’être déporté(e) sur le front russe tant l’actrice ne ressemble plus à rien et a perdu tout son charisme – le personnage avait besoin de changer d’apparence pour échapper aux Américains, pas de s’enlaidir. Ensuite, en raison de son absence de super-pouvoirs, Black Widow n’a jamais été à sa place dans les aventures des Avengers dès que la baston implique des forces surhumaines : dans les plus modestes Le Soldat de l’hiver et Civil War, ça allait ; dans les deux premiers Avengers, c’était déjà très, très limite (dès le premier, avec ses petits pistolets face à la déferlante extraterrestre sur NY) ; dans Infinity Wars, ça devient juste ridicule. Oui, c’est un film de super-héros. Mais il ne faut pas confondre le fantastique avec le n’importe quoi.
- Les effets spéciaux d’une production aussi monumentale ne pouvaient pas non plus être à 100% parfaits : trop de plans, trop de variété, trop de tout. Aussi s’attendait-on, par exemple, à quelques incrustations de décors foirées, comme c’était dans le cas dans Black Panther. Mais rien ne nous avait préparé à ce tout dernier plan d’ensemble des héros, au milieu duquel est photoshoppé Mark Ruffalo, assis au cockpit ouvert du hulkbuster, les yeux levés au ciel, la mine vaguement contrite de l'acteur qui ne sait pas vraiment comment jouer parce que ça a probablement été torché en dix secondes sur fond vert à 5h du matin. On sait, gens des effets spéciaux, vous avez justement dû dormir deux heures par nuit pendant des mois sur ce film. Ce n'est, hélas, pas une excuse. Nos arrières-petits-enfants parleront encore de ce plan.
- L’Ordre Noir n'impressionne que sa grand-mère. Les « enfants » de Thanos se posent là, au chapitre des dommages collatéraux d’un film qui n’a pas le temps de tout traiter correctement : si leur titan de boss est une réussite incontestable, eux le sont nettement moins. C’est simple : à l’exception du télépathe Ebony Maw, que nous avons cité dans les plus, les trois autres sont réductibles à des lieutenants de troisième zone, c'est-à-dire bourrins, patibulaires et vaguement méprisants. Voici un extrait d’un article qui leur est dédié : « L'Ordre Noir est ainsi une organisation sanguinaire, composée de meilleurs généraux de l'espace. Ils sont menés par Corvus Glaive, bras droit de Thanos au visage démoniaque. Il est marié avec la guerrière Proxima Midnight (qui attaque Captain America avec sa lance dans le trailer). Corvus Glaive est aussi le frère du Nain noir / Cull Obsidian. On compte enfin Ebony Maw (Mâchoire d'ébène), qui n'est pas un guerrier, mais un télépathe surpuissant. Il y aussi Supergéante, absente du film, qui peut lancer des charges d'énergies mentales. Les membres de l'Ordre Noir sont aussi appelés "les enfants de Thanos". Il les a adoptés, comme Gamora et Nebulades Gardiens de la Galaxie. Si les deux héroïnes ont décidé de se retourner contre leur père, l'Ordre Noir est prêt à tout pour honorer et servir le titan. » Aux spectateurs néophytes, avez-vous perçu une once de ce qui est décrit dans ce passage, lorsque vous regardiez le film ? Réponse : non. On ne sait quasiment rien d’eux, on s'en tape royalement, et puis ils ressemblent à quoi, déjà, Corvus Glaive et Cull Obsidian ? Corvus Glaive qui est torché en un rien de temps alors qu’il est doté d’une épée capable de neutraliser Vision, épée dont ils auraient par conséquent dû faire un BIEN meilleur usage ? Quand on a appris que la grande Carrie Coon (de l’inoubliable série The Leftovers) allait jouer le personnage féminin de l'Ordre, les attentes ont instantanément grimpé : le studio n’avait pas embauché une actrice brillante ET méconnue pour jouer un personnage insignifiant. Et pourtant, ce dernier l’est, insignifiant, elle aussi exécutante lambda dotée d'à peu près trois lignes de dialogues, et étouffant son interprète sous trois tonnes de maquillage plus ou moins numérique. En même temps, avec un nom de merde comme Proxima Midnight, peut-être cela valait-il mieux ? Non. Peu importe son nom : un méchant aussi réussi que Thanos méritait au moins une lieutenante du calibre de Faora dans Man of Steel (aaaah, Faora)...
- Peter Quill/Starlord craquant son slip en ruinant sur le coup de l'émotion la seule chance que les Avengers avaient de vaincre Thanos : meh. Sûr, de tous les super-héros concernés, il était probablement le plus apte à commettre une telle bourde. Mais en admettant que l’on soit prêt à l’excuser, l’exécution-même de la scène en question n’aide pas vraiment : il aurait fallu que le gars réagisse dans l’instant, sous le coup de l'émotion brute, avant d'avoir le temps de penser son acte, et donc avant que les ses compagnons n’aient eu le temps d’essayer de l’en dissuader. Ce n’est pas comme Mills ayant le temps de peser le pour et le contre de son acte à la fin de Se7en : Quill sait pertinemment qu’il n’y a pas de pour, et passe trois heures à écouter les supplications des autres avant de craquer. Tout cela rend cette scène très modérément convaincante.
- Gamora lâchant son secret à Thanos pour qu’il cesse de torturer sa sœur Nebula est une décision scénaristique qui ne tient pas la route pour plusieurs raisons. D’abord, céder alors que trois scènes avant, elle était prête à mourir pour emporter son secret avec elle, alors que cela va augmenter les chances de Thanos de commettre son petit génocide, et alors que sa précieuse Nebula pourrait très bien faire partie des victimes au final, ça n’a rien de logique. Plus grave, encore, toujours dans ce registre, et plus tôt dans le récit : sachant le secret dont elle était détentrice, Gamora avait TOUTES les raisons de se joindre à Thor plutôt qu’à Quill, c'est-à-dire de rester à bonne distance de Thanos plutôt que d'aller à sa rencontre, sachant pertinemment qu'elle n'avait aucune chance de le battre. Donc ça ne marche pas. Étrange que tout le monde parle de la bourde monumentale de Quill, et non de celle-ci…
- Tout n’est pas non plus parfait du côté de Thanos. Ça démarre pourtant bien : à la question « Pourquoi se contente-t-il d’envoyer bouler dans un coin ou paralyser temporairement les super-héros qui l'attaquent, alors qu’il pourrait si facilement les vitrifier ? », on est d'abord content de trouver ce qui semble être une bonne réponse : parce que Thanos ne tire aucun plaisir de tuer, et qu'il préfère si possible laisser à l’univers le soin de décider qui mourra ou non. Seulement, dans ce cas… pourquoi tue-t-il Loki ? Pourquoi massacre-t-il l’espèce de colonie de nains dont Eitri faisait partie, et même pas qu’à moitié, non, intégralement ? On compte quelques autres cas de ce type où le tyran, qui se dit « juste », l’est un poil moins qu'indiqué sur ses affiches de campagne.
- Tout n’est pas non plus parfait du côté de Thanos, vol. 2 : c’est normal, qu’un des seigneurs de guerre les plus puissants qui soient, dont on présente même l’armée comme « la plus puissante de l’univers » (ou quelque chose de ce genre), soit toujours complètement SEUL, parfois comme un gland, jamais entouré ne serait-ce que d’un ou deux lieutenants ? L’argument selon lequel il n’a besoin de personne ne tient même pas la route, puisqu’il manque de tout perdre sur Titan, baisé par les seuls talents tactiques d'insectes comme Stark, Parker, et Drax (avec certes l’aide cruciale de Doctor Strange). Et puis, ça aurait davantage convenu à l’image certes cliché, mais surtout pleine de sens, d’un personnage de cette stature.
- Le vaisseau-mère de Thanos, ou ce qui y ressemble, ressemble dans son design à ceux des Cylons dans Battlestar Galactica. Question qu’on se pose souvent, face à ce genre de choses : QUI l’occupe, au juste ? Parce qu'il y a de la place pour y loger toute une ville.
- Spider-Man fait tâche. Ignorons l’humour aussi lourdement gamin que systématique qui plombait déjà le très moyen Homecoming (cf. Peter craignant bien répétitivement que des aliens pondent des œufs en lui, comme dans Alien, décidément sa référence). C’est tout le personnage qui fait tâche. L’associer au MCU n’était pas une manœuvre convaincante depuis le départ, dès Civil War, et ça ne l’est pas davantage ici. Et l’attachement paternel que Stark ressent à son égard n’y change rien, les deux personnages n’ayant pas eu assez de temps pour tisser une relation suffisamment étoffée. Les deux acteurs ont beau assurer dans leur dernière scène, par exemple, la sauce ne prend pas, ni donc l'émotion.
- La neutralisation de Vision part d’une démarche compréhensible : ce dernier ayant des pouvoirs bien trop grands en sa qualité de plus balaise des Avengers, il aurait trop compliqué la tâche des lieutenants de Thanos, déjà pas fortiches. Le problème, c’est que sa neutralisation n’est pas entièrement crédible : en tant qu’être supérieur fort d’une pierre de l’Âme (et la plus puissante de toutes, a priori ?!), ne pouvait-il vraiment pas mieux résister à un coup d’épée dans le dos, cette dernière fusse-t-elle surpuissante ? Ne pouvait-il pas la sentir approcher, par exemple ? Wanda et son pouvoir d’altérer le champ de probabilité ne pouvait-elle VRAIMENT rien faire, de son côté non plus ? Bref, la réduction du personnage à un McGuffin, quoique compréhensible, ne convainc pas entièrement dans la pratique.
- La romance entre Scarlet Witch et Vision ne vaut rien. Elle ne repose sur rien de consistant, pas vraiment aidée par le manque d’alchimie entre Elizabeth Olsen et Paul Bettany, et parvient à être encore plus inintéressante que celle qu'ont tenté de bricoler les scénaristes d'Age of Ultron entre Black Widow et, euh, mi-Banner, mi-Hulk, ce qui en dit long (au passage, dans l'Hollywood post-Forme de l'eau, les scénaristes leur aurait sans doute écrit une scène de cul avec Banner en mode Hulk, qui veut parier ?). Que Vision soit neutralisé pendant toute la durée du film est une chose ; qu’il se comporte comme un vulgaire lycéen infatué en est une autre, qui rappelle un peu le diable fan du beurre de cacahuète dans Rencontre avec Joe Black (sic). En même temps, Marvel n'est pas exactement un maître de la romance, celle manquée entre entre Natasha Romanova et Steve Rogers dans Le Soldat de l'Hiver étant une des seules à fonctionner alors qu'elle n'en est techniquement pas une...
- La grande bataille au Wakanda ne ressemble pas à grande chose, désolé. Pas qu’elle soit mal fichue à l’écran... côté CG, ça fait moins Seigneur des Anneaux du pauvre que la bataille finale de Black Panther, et la maîtrise de l'espace dont font preuve les frères Russo rend le tout un minimum compréhensible. C’est juste que… T-challa « préparant » ses troupes à une déferlante de créatures extraterrestres dont il ignore totalement la nature avec le même discours que s'ils allaient jouer contre l'équipe de football du Zimbabwe... les guerriers africains chantant leurs chants tribaux pour faire folklorique et emballer le spectateur cosmopolite... Les bébêtes et leur design paresseux d’Alien sous ecstasy... tout cela pour occuper ce petit monde en attendant l’arrivée du Dieu du tonnerre (au demeurant très réussie, nous l'avons établi !)… bof, quoi.
- Peter Dinklage en nain géant ne convainc pas vraiment... non pas à cause de sa performance, qui est impeccable, mais parce que la mise en scène ne donne pas d'idée franche de sa taille, faute de placer lui et Thor, en pied, dans un même plan. Du coup, on n'a pas l’impression d’avoir affaire à un « vrai » nain géant, plutôt à un vulgaire nain de basse-cour simplement filmé de très, très bas par une très petite caméra.
- Iron Man ne meurt pas. On sait, ça n’empêchera pas Avengers 4 de le tuer, peut-être cela n’est qu’un sursis, croisons les doigts. Mais quand même : qui, en voyant l'imbattable Tony Stark se prendre une énorme lame dans le bide, et RDJ jouer (plutôt bien) la surprise du gars qui se dit pour la première fois depuis un bail qu’il est PEUT-ÊTRE sur le point de crever pour de bon, n'a pas pensé : « ok, que PERSONNE ne vienne interrompre cette putain d'agonie ! Vous m'entendez ? PERSONNE ! Doctor Strange, tu gardes ton cul posé par terre, tu m’entends ! » ? Ou quelque chose dans le genre ? Ça aurait été un moment mémorable, dans l’histoire des films de super-héros. Un moment mémorable en moins. Allez, disons-nous que c'est pour faire encore mieux l'année prochaine.
- Thanos et ses « enfants », ainsi que ces derniers entre eux, auraient pu parler une langue inconnue. Qu’ils s’adressent aux superhéros dans leur langue, pas de problème, comme on tolérait dans Thor que le héros cause anglais à Jane en imaginant que toute espèce étrangère aux Asgardiens les entend parler dans sa langue. Mais quand Proxima Midnight s'approche d'un Corvus Glaive blessé pour lui dire qu'ils doivent tailler la route fissa, on aurait aimé que ça ressemble à autre chose que « yo, we gotta scram, dude ». Même dans un film ayant des collégiens pour cible première.
- Que fout Thor pendant que les Avengers se fritent avec Thanos, une fois ce dernier débarqué sur Terre, déjà ?
- C’est quand même bien pratique, que l’air soit respirable pour les humains, sur Titan. Tu parles d’une putain de coïncidence, quoi.
- Super blasés d’être dans l’espace : le jeune nerd Peter Parker se retrouve propulsé à l’autre bout de la galaxie, et sa réaction est... de ne pas en avoir ? Parce que Tom Holland aurait joué exactement de la même manière un week-end d'hiver à Deauville. C’est le genre de détail qui énerve, dans ce genre de films trop occupés par leur mécanique spectaculaire pour garder en tête du début à la fin la dimension humaine du bordel. Mais à ce stade, c’est plus du chichitage qu’autre chose.
- Si Captain Marvel est la seule chance de sauver l’humanité selon le pager de Nick Fury, pourquoi personne ne l’a contactée avant, déjà ? Mais c’est une doléance mineure. Le MCU n'ayant pas été pensé dans sa globalité dès 2008, il n’en est pas à sa première incohérence scénaristique excusable (que fabriquent les Avengers au moment de Thor : Le Monde des ténèbres, ou encore Stark durant l'action du Soldat de l'Hiver, ou même ceux qui ne sont pas en cavale durant celle de Doctor Strange ? Etc.).
Regardant cette foutue fin
Parlons plus sérieusement de la fin, au-delà de sa très efficace mise en scène et de l’effet immédiat qu’elle procure. Oui, parlons plus sérieusement de cette fin qui a envoyé aux urgences tout un tas de fanboys & girls de constitutions fragiles. Celle qu’a raillé une quantité pas moins substantielle de sceptiques qui y voient la promesse d’un monumental pétard mouillé, ne croyant pas un seul instant que les super-héros disparus dans le génocide de Thanos soient en réel danger...
Si noter AIW est un exercice à ce point difficile, c’est à cause de cette fin, et de l'über-cliffhanger qu'elle contient. Nous l'avons établi en début de critique, il est recommandé d’avoir vu les précédents Marvel avant d’aller voir celui-ci car à ce stade, AIW s’apparente surtout à un épisode de série, dans le sens où il fait partie d’un tout ; pour la même raison, il est impossible de poser un jugement définitif dessus... tant que l’on n’aura pas vu Avengers 4. Tant que l’on ne connaîtra pas les conséquences du massacre final. À partir de là, on se dit que ce sera plutôt simple. Soit un tour de magie super-héroïque prévu depuis le début par le super-génial Doctor Strange fera revenir tout ce petit monde dans un concert de réjouissances lacrymales, comme dans ces films à la fin desquels le héros réalise qu’il faisait en fait un mauvais rêêêêêve, ainsi que le craignent certains puisqu'après tout, les Gardiens de la galaxie, Black Panther et Spider-Man sont censés revenir prochainement sur nos écrans dans leurs films respectifs. Soit le seul scénario positif qu’a entrevu Doctor Strange exige pour de bon leur sacrifice, le retour de ces personnages dans Avengers 4 n’entrera pas en conflit avec eux mourant pour de bon à la fin, et l’action d’un Gardiens de la Galaxie 3 et d’un Black Panther 2 se produira à des périodes antérieures à celle d'Avengers 3 et 4. Nous mentionnons cette éventualité car elle a été défendue bec et ongles par un ami nerd, mais en doutons sérieusement : tuer Peter Parker pour le faire revenir dans Spider-Man 2 (Homecoming... back ?) en demandant aux spectateurs de faire comme si de rien était serait complètement débile. C’est regrettable, mais TOUT porte à croire que le génocide de Thanos sera au bout du compte... « annulé ».
Pour autant, une troisième voie est un peu trop négligée : celle d’un compromis honorable entre, d'un côté, le défilement d’un studio de petites bites qui veut faire chouiner ses spectateurs (« regardez comment on est des fous, on TUE Spider-Man ! ») mais à bas coût (« mais attention, hein, les enfants, on ne le tue pas TOTALEMENT non plus, regardez, il revient, continuez d’allonger la thune, surtout ! »), et, de l'autre, le plan kamikaze de producteurs radicaux en quête de postérité (« Ouep, exactement, on les a tous zigouillés. Et on n'en a rien à cirer. Faite-nous un procès. »). C'est simple : le fait que les victimes du génocide reviennent à la vie n’en empêchera pas certaines d’y passer pour de bon par la suite : par exemple, Scarlet Witch, Vision, ou encore War Machine n’ont pas de films à leurs noms, et Doctor Strange 2 n’a pas été annoncé, aussi a-t-on un chouïa plus de chances de les voir mourir-mourir. Mais on a beau les apprécier, ça manquerait d’impact. Vient alors la seconde possibilité, plus intéressante : que le génocide ait comme par hasard épargné les Avengers originaux (Iron Man, Captain America, Thor, Hulk, Black Widow) non seulement pour les mettre au centre de l’action d’Avengers 4, mais surtout… pour qu’ils se sacrifient héroïquement à la fin. Ce qui a failli arriver à Stark dans ce film serait simplement reporté d'une année. RDJ ne serait pas contre, lui qui veut raccrocher.
Ce qu’on ne peut pas enlever à cette fin qui n’est pas une fin, c’est que Marvel est parvenu à nous plonger dans le noir total regardant les événements à venir : pour la première fois, le spectateur le plus perspicace doublé du plus gros connaisseur du MCU ne peut affirmer à 100% « voici ce qui va se passer ». C'est plutôt pas mal, dans le domaine de l'entertainment pur et dur, non ? 2019 fera peut-être chuter d'un ou deux bons points la note d'AIW, mais en attendant le résultat des courses, faisons donc nos pop-corneurs mal dégrossis, et déclarons-nous dans l'ensemble satisfaits par cette incarnation radicale du blockbuster amerloque, à la fois satisfaisant et décevant, raté et impressionnant, objet unique et polymorphique dont 2019 nous dira s'il est un colosse aux pieds d'argile, ou le premier opus d'un diptyque à marquer d'une pierre blanche dans l'histoire des films de super-héros...