Marvel, ou la connerie infinie

Avis sur Avengers : Infinity War

Avatar Sergent 1er
Critique publiée par le

J'arrive après la bataille. À l'heure où j'écris ces lignes, Avengers : Endgame, la suite de l'épisode dont il est ici question, n'est déjà plus diffusé en salles depuis quelques temps déjà. Autant dire que la déferlante publicitaire titanesque autour de ces deux films n'a eu qu'un effet tardif sur ma personne. C'est donc avec un œil relativement objectif, je veux dire en cela n'être motivé ni par un engouement fanatique ni par un quelconque ressentiment envers les productions Marvel, l'objectivité n'étant fort heureusement jamais absolue, que je vais tenter de remettre à sa place cette immonde chiasse qu'est Infinity War.

Premièrement, cette œuvre accuse d'une terrible impersonnalité de la mise en scène. Je ne vais pas faire semblant d'en être interloqué. C'est chose connue que les films Marvel répondent à un cahier des charges très strict, si ce n'est que pour assurer une certaine cohérence à l'univers qu'ils essayent de construire (d'où, pour moi, la nécessité de ne pas avoir recours à des univers étendus). En fait ce film, comme tant d'autres, résulte plus d'une démarche scientifique qu'artistique : on applique une formule, la même à chaque fois, pour obtenir l'effet recherché, c'est-à-dire le remplissage des salles. On ne favorise pas le talent artistique, au contraire, on l'entrave pour empêcher que celui-ci rende la formule trop ardue à réappliquer. Ce qui donne cette réalisation insipide, qu'on retrouve à chaque fois, dépourvue de toute idée, de toute vision. La mise en scène, au même titre que le montage et d'autres arts indispensables de cet Art qu'est le cinéma, est complètement jetée aux oubliettes, pour n'être réduit qu'au strict minimum : la caméra. Les effets spéciaux à foison viennent combler les abîmes de ces non-choix artistiques. Et dire que certains félicitent ce film de faire acte de prises de risques. Mais où sont-elles donc ?

Deuxièmement, l'histoire d'Infinity War n'est qu'un immense foutage de gueule. Les facilités d'écriture pullulent comme les vers sur une charogne. Dès que le récit semble patauger, v'là t'y pas qu'un gars arrivé de nulle part, qu'un nouveau pouvoir tombé du ciel ou qu'un hasard absurdement heureux débarque pour faire avancer tout ce merdier. C'est grotesque. Autre problème majeur : la multiplicité des points de vue. À force de vouloir inclure tous les super-héros de la franchise, de faire plein d'histoires parallèles pour les réunir lors d'un climax bidon, les scénaristes ont complètement éclatés le récit. Car aucune de ces sous-intrigues n'est développée suffisamment pour véritablement intéresser. Tout du long de ce film à la durée pourtant conséquente, on ne fait que rester en surface, si bien que j'ai l'impression de n'y avoir rien vu. En réalité, ce n'est pas qu'une impression. Dans Infinity War, il ne se passe rien. Rien d'autre qu'une introduction à la suite. Du Marvel dans toute sa splendeur.

Troisièmement, le cinéma met en scène des personnages. Où sont-ils ? Je ne vois que des figurines qui se foutent sur la gueule. Ne me demandez surtout pas de ressentir quelque chose à leur encontre. Ils me sont trop éloignés pour cela. Non seulement se sont des super-héros, donc des gens irréels, aux capacités irréelles, dans un monde irréel, exposés à des évènements irréels répondant à une logique irréelle. Mais surtout, ils sont complètement vides. Aucune complexité dans leur psychologie. Aucune profondeur. Ce sont des Gentils, des automates dont rien ne viendra corrompre la bienveillance suprême et absolue qu'ils lancent dans leur lutte contre le Mal, autre concept irréel. Ils ne sont pas intéressants. Ils ne m'apportent rien, à personne d'autre d'ailleurs. Je me fous de leur sort comme de l'an quarante.

Dernièrement, le défaut ultime de cet étron réside en son public, dans la mesure où celui-ci est gigantesque. Marvel, et Disney donc, tentent de donner à leurs œuvres une place pharaonique dans la culture occidentale d'aujourd'hui. Ils veulent que leurs super-héros deviennent les modèles de demain. Ils veulent inscrire leur univers de merde en remplacement des récits héroïques qui ont bâtis nos civilisations, à commencer par L'Iliade et l'Odyssée, comme certains ici même le démontrent malgré eux. Et ils y arrivent, quitte à offrir de la merde sans même s'en cacher, tant qu'ils parviennent à parasiter nos esprits avec leur marque. Infinity War signe les dix ans du MCU : c'est ce qu'on appelle l'accoutumance. Mon but n'est pas de verser dans la condescendance, ni d'insulter les fans de Marvel. J'ai moi-même déjà succombé à de telles intoxications de l'esprit (beaucoup de notes attribuées sur ce site en sont les témoins), ça m'arrive peut-être encore aujourd'hui, et ça m'arrivera sûrement encore à l'avenir. Mais ce n'est pas une raison pour s'y complaire. La culture est un don incroyable, ne la laissez pas mourir, défendez la !

Et vous, avez-vous apprécié la critique ?
Critique lue 141 fois
3 apprécient · 2 n'apprécient pas

Autres actions de Sergent 1er Avengers : Infinity War