Être un homme

Avis sur Aviator

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J'avais vu ce film il y a bien 8 ans maintenant, c'est fou comment le temps passe vite et comment regarder un film peut pousser à se sonder, à se rendre compte de ce qui est et doit être vrai. Savoir apprécier, et souvent envers et contre tout, espérer. Pas seulement pour ça, mais pour tout ce qu'il contient, ce film est un chef d'oeuvre. Une ode à l'essence de l'homme, à son sens, son rôle et sa façon d'être. Ce film c'est comment être un homme.

On ne peut pas savoir ce que c'est être un homme, cependant l'homme correspond à un ensembles de critères qu'il peut essayer, ou se doit, de respecter. Être un homme c'est faire preuve d'audace, se camper sur ses envies et ses espoirs, ne pas faillir à sa nature, ne pas se mentir, prendre ce que l'on veut, ne pas le lâcher, ne pas perdre ce qu'on désire. Ça ne fait pas de nous quelque chose d'infaillible, fort heureusement, quoi de mieux que l'échec pour apprécier la victoire? Chacun a sa façon de se comporter il s'avère que je fais plus partie de ceux qui ne trouve de la motivation, ou une énergie exacerbée que face à la difficulté. Pas exclusivement, mais le challenge sait faire en sorte que mes sens s'aiguisent. Ce film que j'ai vu ayant 10 ans m'avait beaucoup marqué, j'avais souvent gardé en mémoire cet aspect torturé de Hugues et j'ai toujours eu énormément d'admiration pour ce personnage. Gérer ainsi sa vie, en dépit du rappel de son traumatisme, en faire une arme, une source de force et de contrôle.

Howard Hugues, magnat, richissime réalisateur, aviateur, traumatisé par sa mère dans son enfance à cause des épidémies et des nécessité d'hygiène paroxystique. Plusieurs années de ça vie. Scorsese le virtuose nous en présente des pans de la vie de cet homme. Un ballet, une valse, une réalisation si spéciale, une qualité si extraordinaire, un sens de l'image. Et regardez bien surtout, cette lumière, ces jeux de lumière, juste sublimement évident, sens de la lumière, de l'image, placement et mise en scène, la direction d'acteur et la couleur, la musique et le cadrage, tout est à la perfection, une symphonie de l'image. Un film époustouflant de maîtrise et de communication, le film parle, nous parle.

Je dois être agaçant, mais c'est quand je mets le doigt sur le plus important à mes yeux. La métaphore de l'image, le sens, sa signification. Ici pas réellement de figure de style, du moins évoqué directement. Les couleurs sont importantes, le champs de betteraves, cette scène comporte des tonalités bleues, juste ahurissant d'audace et de justesse. Les éclairages par les flammes, quand il brûle ses habits. Le découpage de l'écran avec les coups de fils. Où alors l'intensité démentielle qui règne dans les scènes de folies. Juste ahurissant. C'est un monologue intérieur.

En réalité Hugues a du mal à contrôler ce que peux ressentir l'homme dans sa vie. Ressentir l'angoisse, la force, la confiance, la terreur, l'obsession, la crainte, l'amour, le désespoir, la détresse, la perte, la déconnexion, l'embarras, la haine, la justesse, l'intelligence, et le bien être. Être un homme c'est se connaitre, se jauger, et se maitriser, ce n'est pas si facile, sa sensibilité est à fleur de peau. Cependant il sait ce qu'il veut. Se donner un objectif et en repousser les limites voilà le but de l'homme, ne pas se ravir de la bassesse ordinaire, vouloir repousser les limites, ne plus rêver pour vivre, repousser la limite de ses envies à chaque instant, faire faillir ses ennemis et ses entraves.

Hugues malgré ses failles, ses tords et ses erreurs vit. Oui il vit, il repousse ses entraves, ça lui prend du temps et de l'énergie, mais il est dans sa voie, il la trace, il détruit sur son passage ce qui empêche son ascension, se déchirer pour savoir par quoi il passe, sans jamais renoncer, c'est se mentir, la faiblesse ne doit pas faire céder, elle doit donner un regain, dans le but de rattraper ce qui nous fuit. En effet Hugues est cette métaphore de l'homme, un héros moderne, dont le regard plissé exprime le plus épique des pouvoirs, volonté et détermination. Se laisser vivre et faillir, voilà le pire destin, quiconque en a la force et l'envie se déchire pour ses envies. Sans cela à quoi bon. Autant ne pas rêver, si c'est pour se mentir il vaut mieux se cacher.

Hugues se revendique. Il s'assume, il ne se ment pas quitte à faire face à de multiples ennemis, à de multiples barrières. Cependant, il ne faillit jamais, il finit toujours par avoir ce qu'il désire, tout ses buts aboutissent. Di Caprio fait une interprétation géniale, criante de vérité et de crédibilité. Les autres acteurs ne sont pas en reste, la reconstitution d'époque et l'ensemble général du film est juste parfait, sans faille, un chef d'oeuvre, une oeuvre référence. Scorsese, je ne pense pas que le film soit reconnu à sa juste valeur, pourtant il est quelque chose de très simple, il parle tout simplement; la fluidité générale et l'adaptabilité du fond devrai se révéler à chacun.

Plus jeune il m'a quasi traumatisé, aujourd'hui il révèle et je le vois autrement. Un ode à la vie. Le film est porté par une musique savamment choisie. Les cadrages, la photo sont juste époustouflants. C'est un film à étudier au centimètre, les images comportent tant de précisions et de justesse. C'est à se taper la tête contre les murs quand on voit tant de daubes. Ça a l'air si facile, mais ça ne l'est pas évidement. Tout ça pour dire que ne serai ce que sur le plan artistique le film est une grande réussite.

On peut aussi voir dans ce film une expression de l'essence de la mentalité américaine. Chacun peut réussir, s'il est dans son droit, il ne peut y avoir d'entraves à son ascension, être américain est un gage d'ascension si on est volontaire. Critique de l'interventionnisme. La lutte contre le monopole de la PanAm, lutte pour les contrats militaires, graissage de pattes. L'Amérique est terre de promesses et de réussites "volontaires", en ce sens il suffit de le vouloir. Mais on peut étendre à tout homme, vouloir c'est pourvoir, avoir c'est faire, être c'est ne pas se mentir, réussir c'est aussi échouer. Il n'existe pas de causes perdues, les échecs ne sont jamais que des marches pour un plus grand succès.

Pour finir cette critique déjà bien longue, un poème épique, à cet héros contemporain dont la lutte n'est plus armée, elle est énergique, décisive à chaque instant. Au risque de mourir autant vivre à tout les instants. Chercher à tout prix à avoir ce qu'on veut, chercher à s'assumer, garder ou retrouver sa dignité bien qu'on nous en empêche. Conserver, récupérer ce qui est à soi, savoir ce qu'on veut et l'avoir, c'est jamais très difficile, et y croire n'est qu'une étape.

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