Pour les deux premiers tiers

Avis sur BAC Nord

Avatar Fleming
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Les deux premiers tiers du film sont bons, voire très bons, en tout cas de mon point de vue. C'est intéressant à regarder et à suivre. C'est même passionnant. Peut-être est-ce un peu outré ? Je ne connais pas le Marseille d'aujourd'hui, mais j'ai trouvé le climat de ces cités du Nord de Marseille assez crédible. Certaines descriptions du film m'ont parfois rappelé le Montfermeil des Misérables de Ladj Ly.
L'évocation des forces de police marseillaises, plus précisément celle de la BAC (brigade anti-criminalité) des quartiers Nord de la ville, est, elle aussi, plutôt réussie. Les trois flics (Greg, Yass et Antoine) qui font équipe sont bien typés, chacun dans son genre, et là aussi on y croit. Gilles Lellouche, Karim Leklou et François Civil sont bien entrés dans la peau de leurs personnages respectifs et convainquent dans l'exercice de leurs fonctions. La reconstitution de leur vie commune, de leurs interventions, de leur camaraderie, de leurs différences de caractère se suit sans ennui. Les scènes d'action sont bonnes, bien mises en scène, bien jouées. On y croit, on a l'impression d'assister en direct à tout ça.
Une séquence m'a particulièrement frappé (vers le premier tiers du film). Celle où l'équipe des trois policiers, à la poursuite d'une voiture volée, se heurte, à l'entrée d'une cité "rebelle" des quartiers Nord, aux nombreux "gardes-frontière" de celle-ci. La scène se focalise sur le choc opposant le chef du trio de flics Greg / Lellouche à un impressionnant géant tout en rondeurs, dénégations ironiques et menaces voilées qui, apparemment, est chargé du règlement diplomatique de cet "incident de frontière". C'est parfaitement scénarisé, dialogué et mis en scène, comme remarquablement casté et joué par les deux protagonistes. La prétendue civilité, alternant moqueries et fausse invitation sur ton menaçant, du géant "diplomate" d'un côté, la rage contenue et impuissante du Bacqueux de l'autre... nous offrent un moment conflictuel extrême que l'on vit intensément.

J'ai eu un peu de mal au début avec la prise de son (bouts de dialogue parfois à peine audibles), mais ces petites approximations disparaissent vite et la bande son participe plutôt efficacement au climat tendu du film.

En revanche, le troisième tiers du métrage paraît moins réussi, moins crédible, même si l'ensemble de l'histoire s'inspire (comme le dit le panneau précédant le démarrage du film) de faits réels fictionnalisés. La baisse d'intérêt est nette. Les scènes sonnent moins vraies. On a notamment du mal à croire que Greg / Lellouche, vrai dur à cuire s'il en est, s'effondre ainsi psychologiquement. Qu'il pète un câble au moment des accusations formulées contre lui, c'est compréhensible, mais qu'il soit ensuite révolté, lessivé, anéanti au point de toucher le fond du fond et de risquer de crever, ça paraît complètement excessif, incroyable.
Donc, un dernier tiers plus banal et qui sonne un peu faux, tant du point de vue du scénario que de la réalisation. Dommage, car les 70-75 premières minutes sont réalistes, emballantes, impressionnantes. Il y a un rythme fou ; un montage au cordeau. Les trois acteurs principaux : Lellouche, Leklou et Civil forment une super équipe, un excellent trio hyper à l'aise et très convaincant (un peu moins dans la dernière demi-heure). Adèle Exarchopoulos (la femme de Yass) et Kenza Fortas (la jeune indic d'Antoine) sont très bien également. Les autres rôles secondaires et tous les figurants sont bien dirigés et jouent avec beaucoup de conviction et de vérité. Bref, la reconstitution du monde incroyable et quasi hallucinant dans lequel travaille la Bac Nord a un accent de vérité tel qu'on s'y croirait.
Mais encore une fois, la fin (quand le trio de flics est, si l'on peut dire, rattrapé par la morale du monde normal) déçoit. Cela vient, peut-être, de ce que certains aspects de la situation sur le terrain, auxquels la BAC Nord a été plus ou moins "contrainte" de s'adapter pour être efficace, ne sont pas décortiqués avec suffisamment de rigueur. Que l'entièreté de la faute retombe sur le trio n'est pas crédible. C'est n'expliquer en rien le fait que la BAC Nord se soit sentie "contrainte", pour assumer ses fonctions, d'adopter un comportement schizophrénique. C'est à dire, d'une part des méthodes immorales, brutales, illégales pour contrer (lutter à armes égales avec) les bandes criminelles qui règnent en maître dans ces zones de non-droit du Nord marseillais (et y commercialisent la marijuana sous toutes ses formes, ainsi, j'imagine, que d'autres types de stupéfiants), frôlant ainsi le risque de devenir (ou soupçonnés d'être devenus) des ripoux s'enrichissant de la même façon que les délinquants qu'ils combattent au nom du Droit français et de la République, et d'autre part l'obligation pour cette BAC Nord d'apparaître irréprochable vis à vis des Autorités supérieures (de l'IGPN au ministre de l'Intérieur) comme de la Morale républicaine et de l'opinion publique.

Le dernier tiers du film met en scène les conséquences de ce comportement schizophrénique, mais le fait de façon ni très neuve, ni convaincante. Comment croire en effet qu'après avoir, à la demande de leur hiérarchie, monté et réussi un tel coup de filet (même si via des moyens assez peu orthodoxes), ces trois flics soient traités avec tant de rigueur et d'ingratitude par le système ?
Du coup, je ne mets que "6". Ça aurait pu valoir plus !

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