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Babel par Christine Deschamps

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Babel, c'est l'histoire de la mondialisation à travers une triple trame sur trois continents. Au Maroc, une touriste américaine reçoit une balle. Au Japon, une lycéenne muette agonise de solitude. Aux États-Unis, une immigrée illégale veut assister au mariage de son neveu au Mexique. A priori, pas grand-chose ne prédestine ces personnages à entrer en collision, et pourtant. La bonne mexicaine est la nounou des enfants du couple américain en voyage réparateur en Afrique. Le père de la jeune japonaise a jadis effectué un safari dans cette même région du monde.
Babel, c'est aussi l'histoire d'un fusil japonais, précurseur du Coronavirus chinois car lui aussi a eu des conséquences fatales à l'autre bout du monde et entrainé des tas de gens dans un maelstrom imprévisible.
Babel, c'est enfin des stars hollywoodiennes dans un cinéma enfin adulte, grâce à un réalisateur mexicain surdoué. En voisin assez critique, il porte sur les États-Unis un regard assez peu indulgent dans le même temps qu'il accorde aux citoyens des USA la même empathie qu'à tous ceux du reste du monde. Il organise des collisions fertiles entre différents modes de vie, et regarde ses personnages se débattre avec leur culture et leur environnement. Ainsi les touristes américains, tout absorbés par un drame intime, exigent et tapent du pied au milieu d'une population marocaine dépourvue du confort le plus élémentaire. L'arrivée d'un hélicoptère dans ce milieu austère et poussiéreux fait un peu l'effet de l'atterrissage d'un vaisseau spatial dans le jardin de Pierre Rabbi. Le film ne juge pas, il juxtapose et nous laisse nous interroger. Le citoyen américain vocifère par téléphone dans l'oreille de son attaché d'ambassade tandis que les paysans pauvres reçoivent des coups de savate des policiers venus mener l'enquête dans leur village. Deux mondes apparemment aux antipodes l'un de l'autre, avec un gros, gros retard de développement pour les habitants du riff. Sauf que les vraies valeurs (pour employer le mot dont je me méfie le plus au monde...) ne sont pas forcément du côté du portefeuille le plus fourni. Les revers de sympathie et de fortune abondent dans ce scénario aussi dense que le film peut parfois être lent; mais ses accélérations sont autant de déflagrations au long cours. L'interprétation en est un atout majeur, du gamin en djellaba au gros touriste trop bien nourri, en passant par les deux stars au générique, qui livrent là deux de leurs meilleures performances. Bref, une sorte de monument de cinéma, que j'ai vu et revu et fait partager à maintes reprises et que je ne saurais trop conseiller (tout en répétant que le rythme accuse de nettes saccades, histoire de me dédouaner d'avance...).

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