Le goût de l'asphalte

Avis sur Baby Driver

Avatar Clara_Gamegie
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Qui n'a jamais voulu s'évader par la musique ? Qui n'a jamais branché ses écouteurs et balancé son morceau favori, espérant que cela lui permettrait, l'espace d'un instant, d'être quelqu'un d'autre ?
Baby Driver est un pari générationnel, à l'heure où l'on se coupe du monde par la musique, constat plutôt frappant quand il est huit heures du matin dans le métro parisien ou dans un bus en province et que tous les visages sont absorbés, chacun dans sa petite bulle et le monde éphémère qu'il s'est créé.

Suis-je la seule à me demander : qu'est-ce que tu écoutes, toi ? J'aperçois un sourire, un air mélancolique, un regard triste et perdu dans le vide. Je vois des émotions passer sur le visage de ces inconnus et je sais que parfois, cela est dû à la musique. Qu'elle les fait rêver, s'évader de leur quotidien, repenser à de vieilles histoires d'amour, car c'est ça, le pouvoir de la musique : celui de créer un monde à part, en dehors du nôtre et de la routine, douillet et confortable, un peu comme un refuge.

C'est pareil pour Baby et c'est pour ça que je m'attache à lui.
Le plan séquence d'intro offre une certaine idée de Baby qu'Edgar Wright s'applique à démonter tout au long du film : celle d'un petit gars confiant, branché, beau gosse, impassible et rompu à l'art des braquages de banque. Un mec mutique, ma foi assez cool, mais auquel je ne m'attacherais pas forcément. Seulement, peu à peu, cette image s'effrite et laisse place à celui qu'il est vraiment : quelqu'un comme vous et moi, fait de joies et de peines, qui souffre et que je comprends, que j'ai envie de réconforter (et pas seulement parce qu'Ansel Elgort est très mignon). Alors oui, je m'attache à ce mec pris entre l'enfer et le paradis de l'asphalte, une catharsis pour lui à double tranchant puisqu'elle lui fait revivre sans cesse l'accident de ses parents, en même temps qu'elle lui permet de se libérer, d'être salvatrice.

Baby Driver est un film qui s'assume : qui assume ses références multiples, hommages à Taxi Driver de Martin Scorsese et autres bijoux tels que The Driver de Walter Hill avec Ryan O'Neal, mais aussi foncièrement à Drive de Nicolas Winding Refn. Car Baby est lui aussi un "real human being".

Le film est volontairement dans l'excès. Ça en rebutera certains, en attirera d'autres : dans les clichés mafiosi et les dialogues un peu forcés, jusque dans les chorégraphies, mouvements des personnages et coupes de plans un peu franches. Mais hormis l'excès, on retient aussi cette très belle image, sublimée par la pellicule argentique, la colorimétrie qui fait des scènes d'action de véritables œuvres d'art. Sérieusement, on en prend plein les yeux.

Cet ovni d'Edgar Wright oscille toujours entre le rire et les larmes : c'est pourquoi il est spécial, singulier. Car il n'est ni comédie, ni drame, mais sorte de testament postmoderne - tarantinesque, boule d'émotion, film de gangsters par le prisme de la comédie musicale, comédie romantique pop acidulée : vous voyez, il est tout ça à la fois. C'est une espèce de bonbon sucré, de movie "feel good", qu'on s'octroie et qui nous fait du bien. Comme une bonne partition musicale, qu'on écoute en boucle et à laquelle on revient plusieurs fois.

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