Pour les seuls amateurs du grand Jules

Avis sur Baccara

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Touche-à-tout léger et désinvolte, spécialiste des comédies mondaines et des vaudevilles chics, Yves Mirande a signé avec Baccara un de ses plus grands succès, paraît-il ; il est vrai que le bon public de l’époque (1935) se satisfaisait largement des numéros d’acteurs, des intrigues bien ficelées, des épilogues heureux et, comme le populo d’aujourd’hui, qui lit Gala ou Voici, d’incursions dans le décor des maisons de riches…

À ce point de vue, d’ailleurs, on est comblé ; on baigne dans le style Art déco dans toute sa splendeur, son élégance très pure, des demeures luxueuses et des cabarets à la mode ; les messieurs sont souvent en habit, les dames en robes longues et comme on n’est pas encore à l’époque où des videurs patibulaires et des physionomistes méprisants filtrent les entrées des boîtes de nuit, on a droit à des armées de loufiats stylés et obséquieux, ce qui est le moins qu’on puisse attendre dans ces repaires de perdition.

Pour le reste, c’est tout de même assez bêta, et ce serait même totalement dénué d’intérêt sans la présence des excellents acteurs et sans le fumet désuet et délicieux que la bluette dégage.

Ladite bluette a, dans son scénario, une certaine parenté avec le bien plus remarquable Ils étaient neuf célibataires de Sacha Guitry : il s’agit dans l’un et l’autre cas, pour de riches étrangères, de trouver, moyennant finances, un mari français qui leur permettra de ne pas courir le risque d’être expulsées du territoire ; il est assez intéressant de voir que deux films, spirituels et souvent drôles, s’appuient sur un argument qui courrait dans l’esprit du temps.

Dans l’esprit du temps aussi, la prégnance de la camaraderie née durant la Grande Guerre, qui a tant et tant bouleversé le sage paysage stable de la Belle époque qu’elle a réduit des soldats courageux à des expédients, mais qui a aussi développé des fidélités amicales indissolubles ; il m’avait semblé, d’abord que le dévouement absolu que marque Charles Plantel (Lucien Baroux) à André Leclerc (Jules Berry) n’était pas tout à fait dénué d’une sorte d’attraction amoureuse, à la limite de l’homosexualité informulée ; mais la fin du film, et l’évocation des tranchées fait lisière de cette interprétation trop moderne… (toujours se garder de regarder un film d’hier avec les yeux d’aujourd’hui !).

Les acteurs, donc ; bizarre charme (on ne peut écrire beauté) de Marcelle Chantal, à la carrière brève et peu frappante, numéro habituel de Lucien Baroux, à la longue filmographie sans coup d’éclat, qu’on surprend là joueur de guitare et chantre de l’amitié et surtout éclat du magnifique Jules Berry, lui-même joueur invétéré, ce que n’est qu’un peu seulement l’André Leclerc qu’il interprète dans Baccara.

Qu’on ne s’attende tout de même pas, si l’on a la faiblesse de regarder le film, à la grandiose méchanceté du Crime de Monsieur Lange, du Jour se lève, au démoniaque des Visiteurs du soir : Jules Berry, dans Baccara joue, ce qui décontenance un peu, un personnage contraint de vivre d’expédients, mais fondamentalement droit, généreux, voire pur… Bizarre, non ?

Un mot enfin : le DVD est – avec celui du Revenant de Christian-Jaque – une des pires productions du saboteur René Château : image trouble, tremblotante, grumeleuse, quelquefois presque effacée, son médiocre, naturellement ni chapitrage, ni suppléments. Je veux bien que l’éditeur ait acheté les droits… mais il devrait y avoir un minimum de respect…

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